Les effets pervers de la pornographie sur les jeunes

SHIPPAGAN – Le temps où une simple revue Playboy était en mesure d’émoustiller les esprits est révolu. Aujourd’hui, ce type d’images est presque devenu chose courante. En effet, de jeunes enfants, particulièrement les garçons, accèdent facilement à de la pornographie dure (couramment appelée le hardcore) sur Internet et leur téléphone intelligent.

Cet accès presque illimité à du contenu érotique et pornographique n’est pas sans conséquence. Il accélère le phénomène de l’hypersexualisation, prévient la sexologue et travailleuse sociale Pascale Sonier.

Elle était l’une des participantes à une soirée de réflexion, mercredi, à l’Université de Moncton, campus de Shippagan, ayant pour thème «La pornographie dans Internet et ses conséquences: comment intervenir?». La sexologue Michèle Chiasson-Bezeau et la dramaturge Emma Haché sont également intervenues sur la question.

Habituée à travailler avec des enfants ayant des comportements sexuels problématiques, Pascale Sonier s’intéresse de près aux conséquences des médias et de la pornographie sur le comportement des jeunes. Lors de ces rencontres, elle constate que plusieurs enfants confondent amour et sexualité.

«C’est surtout des garçons que je rencontre qui ont des comportements sexuels inappropriés. Probablement qu’ils ont été exposés à ce genre de contenu.»

«J’ai déjà vu des garçons âgés d’à peine 7 ans me demander si une fille pouvait tomber enceinte en pratiquant la sodomie.»

Elle est persuadée que la montée de l’hypersexualisation des jeunes est directement liée à l’hypersexualisation des médias. Les exemples sont nombreux. Il suffit de feuilleter des revues au supermarché pour s’en rendre compte.

«Ils sont quotidiennement exposés à ce genre de message. Nous sommes tellement rendus désensibilisés à ça qu’on dirait que c’est normal. C’est important que les jeunes et même les adultes développement un sens critique face à ça.»

La dramaturge et écrivaine Emma Haché s’intéresse à ce problème depuis plusieurs années. Sa pièce Trafiquée, finaliste en 2010 pour un Prix littéraire du Gouverneur général, transporte le spectateur dans l’univers sordide de la prostitution.

Neuf mois de recherche ont été nécessaires avant d’entamer l’écriture de son oeuvre. Elle découvre des faits troublants. Elle est préoccupée par le contenu violent et décadent qu’il est maintenant possible de trouver sur Internet en quelques clics.

Des scènes qui s’apparentent à des viols collectifs; des actes sexuels violents et dégradants. Pendant l’acte, l’homme n’hésite pas à abaisser sa partenaire avec des insultes déshumanisantes… les tabous n’existent plus.

«En fait, c’est de la torture qui mène à la haine des femmes.»

Elle n’hésite pas à établir un lien entre ce contenu et la culture du viol.

«Un consommateur ne va pas nécessairement commettre un geste, mais il y a quand même des liens à faire. On ne peut pas isoler la pornographie violente de l’équation.»

des enfants mieux informés des risques

Le Centre canadien de protection de l’enfance et le gouvernement du Nouveau-Brunswick unissent leurs forces afin de mieux protéger les enfants et les adolescents contre l’exploitation sexuelle et les risques associés à l’utilisation d’Internet.

Ce partenariat vise la promotion des programmes et des services du Centre canadien dans toute la province ainsi que de l’intégration du programme interactif d’éducation à la sécurité Enfants avertis au curriculum des écoles publiques du Nouveau-Brunswick

Lianna McDonald, directrice générale du centre canadien s’est déclarée enchantée de l’entente. «Ensemble, nous contribuons à réduire les risques de maltraitance des enfants en faisant de l’éducation à la sécurité une partie intégrante de leur vie.»

«Cette entente constitue une avancée importante pour la province dans son travail de protection des jeunes Néo-Brunswickois contre les cyberprédateurs, a affirmé la ministre Blais. Le gouvernement provincial n’a pas précisé les coûts associés à cette initiative.