Relance économique du Nord: un expert mise sur la collaboration

SHIPPAGAN – Les régions qui réussissent à tirer leur épingle du jeu économiquement sont celles où les entrepreneurs et la communauté collaborent.

C’est le message lancé par l’économiste Pierre Marcel Desjardins à Shippagan, lors d’un déjeuner-causerie jeudi matin. Le professeur d’économie à l’Université de Moncton est en tournée avec le Conseil économique du Nouveau-Brunswick.

À la fin de sa présentation, un membre du public a demandé à Pierre Marcel Desjardins de partager quelques idées pouvant mener à une relance de l’économie du nord de la province, qui connaît des défis. Parmi ceux-ci, une diminution de la population (entre 2006 et 2011, il y a eu une diminution de 1,4 % de population dans le comté de Gloucester), le vieillissement de la population (âge médian de 47,9 ans), une faible scolarité (37,1 % de la population n’a aucun diplôme, certificat ou grade) ou encore le chômage (plus de 20 % en janvier 2013).

«Il n’y a pas de solution magique et nous ne pouvons pas mettre en pratique l’approche photocopieuse, c’est-à-dire faire ce qui a été fait ailleurs. Les réalités sont souvent très différentes. Par contre, si nous regardons les régions qui réussissent à s’en sortir, il y a souvent des traits en commun. Le premier et le plus important, c’est que ce sont des communautés qui se prennent en main grâce à des leaders. Dans certains cas, ce sont des élus municipaux, dans d’autres cas, des gens d’affaires ou encore des universitaires», dit-il.

Pour réussir à habilement assurer une prospérité à long terme dans une région comme la Péninsule acadienne, il ne faut pas miser sur la venue d’une multinationale qui promet d’embaucher des centaines de personnes. Il vaut mieux tabler sur la création de plusieurs PME, qui à leur tour créent de nouveaux emplois.

«Si une entreprise de l’extérieur crée 500 nouveaux emplois, tant mieux, mais je vous rappelle que tous les dépanneurs vendent aussi des billets du 6/49. C’est vrai que c’est moins sexy de voir trois nouveaux emplois ici et huit nouveaux emplois là, mais à moyen et long terme, ç’a plus de succès.»

Malgré les défis de la Péninsule acadienne et du Nord en général, Pierre Marcel Desjardins a insisté à maintes reprises sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une affaire linguistique, mais plutôt du caractère rural de l’endroit.

«Si nous examinons les régions anglophones rurales (en les comparant avec les régions rurales francophones), souvent, les différences sont minimes. Dans certains cas, les statistiques dans les régions francophones sont supérieures. Les milieux ruraux ont plus de défis que les régions urbaines.»

Le comté de Queens (qui englobe le sud et l’est de Fredericton), par exemple, est l’une des régions les plus âgée de la province, avec un âge médian de 51,3 ans, et l’une des plus pauvres, avec un revenu total moyennant 28 974 $, soit environ 1000 $ de moins que le comté de Gloucester.

La Péninsule acadienne compte aussi plusieurs exemples de réussites. Reconnaissant qu’il est probablement en conflit d’intérêts en raison de son implication au sein de son conseil d’administration, la présence de la Fédération des caisses populaires acadiennes à Caraquet est un atout économique important pour la région.

«Réalisons qu’à Caraquet nous avons le chef-lieu d’une entreprise qui doit concurrencer avec des entreprises qui ont leur siège social à Montréal, à New York, à Amsterdam ou à Toronto, c’est la démonstration que nous pouvons bien réussir ici dans la Péninsule.»