Élections 2014: rien n’est joué, mais…

NDLR: À six mois de l’élection générale provinciale de septembre 2014, l’Acadie Nouvelle vous présente aujourd’hui un dossier sur l’humeur de l’électorat, les analyses de politologues et la préparation des principaux partis.

FREDERICTON – Lorsqu’on lui demande si les jeux sont faits pour les progressistes-conservateurs, le politologue Jean-François Caron répond que rien n’est coulé dans le ciment. On n’a qu’à regarder ce qui se passe actuellement chez nos voisins québécois, dit-il.

«Le Parti québécois est parti avec presque 10 % d’avance dans les sondages. Et dans l’espace de dix jours ou deux semaines, c’était en train de fondre comme neige au soleil.»

Mais force est de constater que les libéraux sont en avance depuis belle lurette. Et ça, c’est une constatation qui pèse lourd dans la balance, dit-il.

«Si j’étais un député progressiste-conservateur, j’aurais peur pour mon emploi. Je commencerais à regarder s’il n’y a pas des opportunités d’emplois ailleurs. Pour reprendre l’expression de Jean Lapierre: le Jell-O est pris.»

Les sondages n’augurent effectivement pas bien pour les progressistes-conservateurs. Jean-François Caron remarque même que cela a un effet marqué sur le pouvoir d’attraction des libéraux.

«On voit apparaître des candidats quand même intéressants qui veulent se présenter pour le Parti libéral, comme Daniel Bourgeois à Moncton et Serge Rousselle à Tracadie-Sheila. Veut ou veut pas, ces chiffres contribuent à attirer des candidats connus et de qualité.»

Le portrait est tout autre chez les progressistes-conservateurs, note-t-il.

«Je n’ai pas vu grande annonce, à part des annonces de retraite ou de députés qui ne se représenteront pas. On a toujours l’expression que les rats quittent le navire avant le naufrage. Est-ce que ça commence à être ça?»

Il reste toujours la possibilité que les sondeurs se soient trompés, comme ce fut le cas au cours des dernières années en Alberta et en Colombie-Britannique, ou que l’opinion publique change son fusil d’épaule, dit-il.

«Il n’est pas trop tard», selon le politologue Roger Ouellette

M. Ouellette demeure un peu plus prudent que son collègue. Si l’opinion publique semble résolument acquise à Brian Gallant, le vent pourrait très bien tourner, met-il en garde.

«Il n’est pas trop tard. On l’a vu en Colombie-Britannique, où les jeux étaient faits, semblait-il, et le NPD avait le vent dans les voiles. On a vu que ç’a été complètement inversé pendant la campagne et les libéraux ont pris le pouvoir avec une majorité. On l’a aussi vu avec le Wild Rose en Alberta.»

Il poursuit en rappelant que Camille Thériault semblait se diriger vers une élection facile, en 1999, avant d’être défait par Bernard Lord. Ce même Bernard Lord voguait vers une victoire facile, en 2003, avant de passer à un cheveu de perdre contre Shawn Graham.

Au final, tout cela démontre que les jeux ne sont pas faits, dit Roger Ouellette.

«Ce gouvernement a fait un mandat. À mon avis, il n’y a pas eu de scandale significatif et il n’a pas l’usure du pouvoir. Le premier ministre n’est pas très populaire, mais il n’est pas haï. De l’autre côté, les libéraux ont le vent dans les voiles pour le moment, et c’est très bien pour eux, mais les jeux ne sont pas faits.»

Brian Gallant sera la cible de choix

Brian Gallant et les libéraux trônent toujours en tête des sondages d’opinion, à six mois des prochaines élections. Une position qui en fera les cibles de prédilection des autres partis, affirment les politologues Jean-François Caron et Roger Ouellette.

«Je m’attends à ce que ce soit une campagne agressive de la part des progressistes-conservateurs», prédit Jean-François Caron, professeur de sciences politiques à l’Université de Moncton.

Six mois avant le scrutin, les attaques envers le chef libéral et son parti ont déjà commencé; le parti au pouvoir remet régulièrement en question les compétences des libéraux et leur approche sur de nombreux dossiers.

Plus tôt ce mois-ci, lors d’un échange particulièrement chaud, le ministre Hugh Flemming a même remis en doute la formation juridique universitaire de Brian Gallant.

«J’ai l’impression qu’ils (les conservateurs) vont continuer dans cette veine-là. Les libéraux vont essayer d’avoir une campagne constructive, mais à un moment donné lorsque tu es attaqué et qu’on remet en question tes qualifications professionnelles comme avocat, il va y avoir des répliques. C’est à partir de ce moment-là que la campagne devient une campagne d’attaques personnelles et d’insultes», dit Jean-François Caron.

Son collègue, le professeur Roger Ouellette, abonde dans le même sens.

«Brian Gallant se fait attaquer de toutes parts parce qu’il est en avance», dit-il.

Il note qu’il n’y a pas que les progressistes-conservateurs qui s’en prennent au dernier arrivé du club sélect des chefs des trois partis principaux.

«Le NPD ne ménage pas particulièrement les libéraux et Brian Gallant. On le voit. Et ça va s’intensifier, à mon avis. Les progressistes-conservateurs vont passer à l’attaque, aussi. Leurs cibles sont carrément Brian Gallant et les libéraux.»

Des événements imprévus pourraient bien sûr changer la donne, dit Roger Ouellette, mais il prévoit que cette tendance lourde se poursuivra jusqu’en plein coeur de la campagne.

«On peut penser que dans le débat des chefs, Brian Gallant va beaucoup se faire attaquer par David Alward et aussi beaucoup par Dominic Cardy, qui est assez redoutable.»

Quant aux néo-démocrates, il ne s’attend pas à ce qu’ils soient trop incommodés par les progressistes-conservateurs. La raison est simple, dit-il; le NPD peut faire mal aux libéraux.

«C’est sûr que dans une lutte, si le NPD peut faire belle figure, ça divise le vote.»