De l’agriculture à l’échelle humaine

NÉGUAC – L’agriculture à petite échelle est de plus en plus présente et importante partout sur la planète. Ces agriculteurs, profondément enracinés dans leur communauté, souhaitent contribuer à l’économie locale et au développement de leur coin de pays. Ils désirent également manger sainement et vivre une vie active en santé. À Néguac, un jeune couple dans la trentaine pratique ce style de vie.

Selon l’organisme humanitaire Oxfam International, il existe 500 000 petites exploitations agricoles dans le monde. Elles aident à nourrir deux milliards de personnes, soit une personne sur trois, tout en causant beaucoup moins de dégâts environnementaux.

La ferme La Belle Besogne, de Néguac, a vu le jour en 2011. C’est dans une logique de développement durable, de produire des légumes frais et naturels, que Venessa Allain et Martin Krykorka ont mis sur pied leur petite entreprise.

La Belle Besogne respecte les standards nationaux de la culture biologique et utilise ses méthodes. Elle produit une quarantaine de sortes de légumes différents chaque année, sans engrais chimiques ni insecticides.

«Les insectes sont l’un de nos principaux défis, explique l’Acadienne Venessa Allain, native de Néguac. Le désherbage (enlever les mauvaises herbes) prend du temps. Il y a aussi plus de rotation des cultures que dans l’agriculture conventionnelle», ajoute la diplômée en agroécologie de l’Université de la Colombie-Britannique.

«Mais le goût est complètement différent. Avec la carotte, par exemple, il y a une grosse différence», poursuit l’agricultrice âgée de 30 ans.

«Nous travaillons directement avec la terre et nous n’avons pas besoin d’insecticides, de pesticides. Il y a aussi moins de pertes, car nous semons selon la demande, et la terre s’améliore année après année.»

Le couple pratique une agriculture soutenue par la communauté, c’est-à-dire un partenariat entre producteurs et consommateurs. Dans ce modèle, le fermier produit de bons légumes frais et les livre chaque semaine, ce qui lui assure un marché et des revenus stables. La Belle Besogne compte une quarantaine de membres.

«C’est plus durable. C’est bon pour l’économie et les communautés locales», mentionne Martin Krykorka, originaire de la République tchèque, mais qui réside au Canada depuis 20 ans.

Chaque saison de la ferme s’étend de mai à octobre. En juillet et en août, le couple travaille de 50 à 60 heures par semaine. Les jours de récolte, les deux commencent tôt le matin jusqu’à l’heure du souper. Mais pour ces passionnés d’agriculture biologique, la «besogne» en vaut la peine.

«Nous espérons en faire une vie, une vie active en santé. Nous avons la chance de participer à notre économie locale. Et dans mon idée, les légumes biologiques sont meilleurs pour la santé. Je n’ai pas trop confiance aux insecticides et aux produits chimiques», exprime Mme Allain.

Les projets sont nombreux pour La Belle Besogne et l’avenir semble brillant.

«Nous aimerions développer les arbres à fruits, du houblon peut-être, laisse entendre M. Krykorka, qui a suivi des études en art. Nous pourrions aménager un endroit touristique avec restaurant-café qui pourrait accueillir des vernissages.»

Un partenariat avec l’école René-Chouinard de Lagacéville est également sur la table.

«Il y aurait une serre à l’extérieur et les jeunes pourraient apprendre à cultiver les légumes. Il pourrait y avoir des repas sous forme de bar à salades», explique l’Acadienne de Néguac.

Pour plus de renseignements, vous pouvez aller en ligne (fermelabellebesogne.weebly.com).

CERTIFICATION

Au Nouveau-Brunswick, 55 à 60 entreprises possèdent une certification biologique, ce qui n’est pas le cas de la ferme La Belle Besogne de Néguac.

«Tous nos légumes sont vendus à nos consommateurs. Nous n’avons pas d’employés qui vendent à notre place. Nous ne sentons pas le besoin de nous certifier. C’est beaucoup de paperasse», explique Venessa Allain.

Parmi les entreprises qui possèdent cette certification, on retrouve 25 producteurs de fruits et de légumes, 18 producteurs, transformateurs et acheteurs de sirop d’érable biologique, plus ou moins huit transformateurs de tous genres (farines, lait, bière, produits à base de tourbe, etc.), plus ou moins cinq producteurs de bovins et de volailles, ainsi que plus ou moins cinq grandes cultures (céréales, fourrages, houblon, etc.).

«Plusieurs de nos entreprises ont des activités très diversifiées. Elles produisent des légumes, des petits fruits et parfois même du bétail ou des volailles», explique le spécialiste du développement des cultures biologiques et de légumes au ministère de l’Agriculture, de l’Aquaculture et des Pêches du Nouveau-Brunswick, Claude Berthélémé.

«Même si nos producteurs de légumes biologiques ont des entreprises relativement petites, ils produisent généralement une grande gamme de légumes. Ces derniers font la grande majorité de leurs ventes aux marchés des fermiers et à la ferme. Nos producteurs de sirop d’érable sont généralement de grande taille et vendent leur production en vrac pour l’exportation», ajoute M. Berthélémé.

Selon nos informations, l’agriculture biologique coûterait environ 25 % de plus que l’agriculture conventionnelle.

«En général, les coûts de production et de mise en marché sont plus élevés pour plusieurs raisons: frais de certification que les producteurs doivent débourser chaque année, frais pour la tenue de registres obligatoires, coûts de main-d’œuvre, rendement légèrement inférieur, pertes causées par les ravageurs et système de distribution et de mise en marché peu efficace en raison de la petite taille des entreprises et du secteur», dit Claude Berthélémé.

Par ailleurs, le ministère de l’Agriculture, de l’Aquaculture et des Pêches prévoit bientôt adopter une nouvelle réglementation visant à protéger les consommateurs et les producteurs biologiques qui possèdent une certification biologique, des producteurs qui s’affichent comme biologiques ou qui utilisent des étiquettes biologiques.

«Tout produit du Nouveau-Brunswick commercialisé, étiqueté ou affiché comme biologique et vendu au Nouveau-Brunswick devra être conforme au Règlement sur la classe biologique du Nouveau-Brunswick. Cela veut dire que les produits de la province devront être certifiés par une agence de certification reconnue par l’Agence canadienne d’inspection des aliments», indique M. Berthélémé.