Ottawa exige d’un vétéran acadien de 91 ans qu’il paie son voyage en France

CARAQUET – Vétéran de la Seconde Guerre mondiale, Arthur Haché a été invité par le gouvernement fédéral canadien à participer en France au 70e anniversaire du Débarquement en Normandie, mais s’il veut y aller il devra payer lui même le billet d’avion a appris l’Acadie Nouvelle en marge du conseil municipal de Caraquet.

«Je trouve que c’est un flagrant manque de respect pour nos vétérans», s’est indigné hier soir le conseiller municipal de Caraquet Yves Roy, à l’issue de la réunion du conseil.

Quelques minutes auparavant il venait justement de souligner l’honneur que faisait Arthur Haché d’être présent lundi soir devant les membres du conseil municipal. L’ancien combattant, bardé de ses médailles, était là avec des représentants du North Shore Regiment pour présenter aux élus de Caraquet la cérémonie qui marquera le 70e anniversaire du Débarquement en Normande des forces alliées, le 7 juin, à Bathurst.

«Ça a l’air qu’ils ne veulent pas que j’y aille», s’est contenté de déclarer Arthur Haché sans vouloir polémiquer sur la décision du gouvernement canadien de ne pas prendre en charge tous ses frais pour se rendre de l’autre côté de l’Atlantique. Il aurait appris cette décision du fédéral par une simple lettre reçue récemment.

Le vétéran aujourd’hui âgé de 91 ans est originaire du village de Bertrand où il est retourné vivre depuis plusieurs années. Il a participé au débarquement avec les autres soldats canadiens du North Shore Regiment dans le secteur de Saint-Aubin-sur-Mer.

Pour avoir contribué à libérer la France de l’occupation nazie, le soldat canadien a reçu en 2011 les insignes de Chevalier de la Légion d’honneur, la plus haute distinction de la République française.

«Ce n’est pas 2000 ou 3000 $ qui vont faire mal au fédéral, surtout pour des gens qui ont risqué leur vie pour que nous soyons libres aujourd’hui. Oui, c’est choquant», déplore le conseiller Roy.

Il est d’autant plus outré par la décision d’Ottawa que les années ont clairsemé les rangs des vétérans acadiens ayant participé à la Seconde Guerre mondiale. Arthur Haché est l’un des derniers encore en vie, semble-t-il le seul de la Péninsule acadienne.

L’indignation du conseiller Roy est partagée par le maire de Caraquet, Kevin J. Haché.

«On vient d’apprendre ça que le gouvernement fédéral ne voulait pas payer. C’est déplorable. Je trouve que ces vétérans ont donné une bonne partie de leur jeunesse et ont vu des atrocités. Cela devrait être payé par le gouvernement pour pouvoir se rendre à ces cérémonies-là», considère-t-il.

Quant à savoir si la Ville de Caraquet est prête à s’investir pour aider Arthur Haché, le maire n’écarte pas l’idée et espère qu’une mobilisation de la communauté va permettre au vétéran de se rendre aux cérémonies en France.

«À 91 ans, il n’a peut-être pas la force de se lancer dans une campagne de financement, mais peut-être que des collectes de fonds pourraient être faites à l’initiative du régiment ou des cadets. Si ce monsieur veut se rendre et qu’il peut le faire, c’est important qu’il y aille pour commémorer le sacrifice que les soldats comme lui ont consenti.»