Le vétéran Arthur Haché n’ira pas en Normandie pour des raisons de santé

CARAQUET – Si le vétéran acadien Arthur Haché ne se rendra pas en France pour participer au 70e anniversaire du Débarquement en Normandie en juin prochain, c’est pour des raisons de santé et non en raison d’un refus d’Ottawa de prendre en charge son voyage.

Un refus qui n’a d’ailleurs jamais été une réalité contrairement à ce qu’a pu affirmer lundi soir en marge du conseil municipal de Caraquet un membre des Forces armées canadiennes. L’homme avait expliqué aux élus du conseil municipal de Caraquet que le vétéran Arthur Haché avait été invité par le fédéral à participer aux cérémonies sans qu’Ottawa prévoie d’assurer toutes les dépenses.

L’Acadie Nouvelle a tenté sans succès de joindre depuis mardi celui qui avait fourni ces explications au conseil municipal.

Toutes les personnes présentes lundi soir ont bien compris la même chose. D’ailleurs, aussi bien le maire Kevin Haché que le conseiller Yves Roy avaient aussitôt fait part à l’Acadie Nouvelle de leur indignation devant ce qui apparaissait alors comme un manque de considération flagrant du fédéral à l’égard des vétérans de la Seconde Guerre mondiale et notamment ceux qui comme Arthur Haché ont participé au Débar­quement.

Le maire de Caraquet avait alors proposé une collecte de fonds pour aider le vétéran. Une aide que l’ancien combattant originaire de Bertrand n’a jamais demandée et dont il ne veut pas entendre parler, car elle ne s’impose pas du tout.

Cela pour la bonne et simple raison qu’entre ce qui a été évoqué devant le conseil municipal de Caraquet lundi soir et la réalité, la différence est importante a pu apprendre l’Acadie Nouvelle dans les jours suivants.

Le vétéran, âgé de 91 ans, avait bien prévu initialement de se rendre en Normandie où il a débarqué avec ses frères d’armes en 1944, mais finalement l’état de santé du vétéran ne lui permettrait pas d’entreprendre un tel voyage à Saint-Aubin-sur-Mer.

C’est ce qu’ont confirmé mercredi au journal le président de la Légion royale de Caraquet, Armel Lanteigne, ainsi qu’Arnaud Blin qui organise la Semaine acadienne à Saint-Aubin-sur-Mer.

Ce dernier avait commencé à entreprendre des démarches pour qu’Arthur Haché puisse venir en Normandie et participer aux cérémonies du 70e anniversaire du Débarquement dans cette commune normande où le vétéran s’est d’ailleurs déjà rendu à plusieurs reprises.

«Nous étions en contact depuis plusieurs mois et nous aurions été très heureux de l’accueillir, mais il y a quelques semaines il nous a dit qu’il ne viendrait pas», a expliqué mercredi Arnaud Blin qui a d’ailleurs réalisé un documentaire pour la télévision française sur le Débarquement des soldats du North Shore Regiment (N.-B.) dont faisaient partie Arthur Haché et d’autres soldats acadiens.

Par ailleurs et toujours contrairement à ce qui a été dit lundi soir devant les élus de Caraquet, Arthur Haché n’a pas été formellement invité par le gouvernement fédéral. Du moins pas plus que les autres vétérans canadiens qui ont participé au Débarquement. Ils étaient tous invités sur le site Internet du ministère des Anciens Combattants à remplir un formulaire pour obtenir une aide financière s’ils souhaitaient participer aux cérémonies en France. Il s’agit en fait d’un remboursement des dépenses engagées par les vétérans dans la limite de 2000 $.

«Les Canadiens peuvent être fiers de savoir qu’environ 180 vétérans du jour J se rendront sur les plages de Normandie en compagnie de leurs frères d’armes du Canada et des nations alliées. Une nation reconnaissante rend hommage à leur courage et à leur sacrifice», a précisé mercredi après-midi par courriel Nicholas Bergamini, l’attaché de presse de Julian Fantino, le ministre des Anciens Combattants, en réponse aux questions de l’Acadie Nouvelle.

LA QUESTION ÉVOQUÉE À LA CHAMBRE DES COMMUNES

La question de la prise en charge des frais des vétérans canadiens pour se rendre en France a rebondi jusqu’à Ottawa où elle a été évoquée mercredi après-midi lors des débats à la Chambre des communes au fil d’un échange entre le chef de l’opposition Thomas Mulcair et le premier ministre Stephen Harper.

Interrogé quant à savoir si les vétérans et leur famille devaient payer eux-mêmes leur déplacement pour des commémorations, le premier ministre a assuré qu’il n’en était rien et que la politique du gouvernement était d’assumer les frais de voyage des anciens combattants. Certes, mais la limite de 2000 $ prévue pour le remboursement des frais engagés par les vétérans qui se rendront en Normandie en juin prochain peut sembler relativement basse.

Surtout quand on sait que l’âge moyen des vétérans de la Seconde Guerre mondiale et du Débarquement tourne autour des 90 ans et que rares sont les anciens combattants dont les blessures de guerre leur permettent de voyager en classe économique.