Sommet sur le développement des régions: «C’est important de renverser la vapeur»

DALHOUSIE – L’Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick (AFMNB) amorcera sous peu une réflexion portant sur l’avenir des régions de la province, et particulièrement de ses communautés rurales.

Cette grande réflexion est prévue pour mars 2015.

Toutefois, en guise de prélude, un sommet préparatoire se tiendra à Dalhousie les 14 et 15 juin.

Cette première rencontre sera l’occasion pour les participants de discuter de leurs défis respectifs, mais aussi de faire un constat de la situation globale au niveau provincial.

Pour Frédérick Dion, directeur général de l’AFMNB, il est primordial que les communautés de l’ensemble de la province entament ce dialogue afin de traiter de leur avenir et de leur développement économique.

«Soyons honnêtes, c’est clair que la province vit des moments difficiles. La population vieillit, il y a un exode des jeunes, la situation économique est quasiment catastrophique et les projections ne sont guère encourageantes. C’est donc important de voir comment on peut renverser la vapeur, comment on peut donner aux communautés les moyens de se prendre en main», dit-il.

Selon lui, il est urgent de revoir la façon dont tout un chacun aborde le développement économique au niveau local et régional.

«Actuellement, la question du développement est très centralisée à Fredericton. La majeure partie des communautés n’est d’ailleurs pas habileté à s’occuper de développement économique. Pourquoi? Parce que la province ne leur donne pas la capacité fiscale de le faire. Il faut donc repenser la façon de faire les choses, amorcer une réflexion par rapport à l’avenir de nos communautés. Cette réflexion se doit d’être effectuée par les régions elles-mêmes, car ce sont les régions – à notre avis – qui doivent être porteuses de la solution», dit-il.

Outre l’aspect économique, l’exercice vise également à aborder la question de la livraison des services, notamment dans les régions rurales.

«On veut dialoguer avec les gouvernements provincial et fédéral sur la façon dont ils voient la livraison des services. On a assisté dernièrement à plusieurs fermetures de bureaux et cessation de services ici et là, mais sur quels critères est-ce que l’on se base pour le faire? Quelle est la contrepartie pour la communauté qui écope? On a souvent l’impression qu’on ne fait que suivre une logique comptable alors que bien d’autres facteurs devraient être pris en ligne de compte», dit-il.

Ultimement, le Sommet sur les régions pourrait mener à l’instauration d’une politique visant à décentraliser le développement sur le territoire.

«On espère que la démarche mènera à la création d’une première politique sur le développement des régions comme ça s’est fait avec succès au Québec. On ne veut pas seulement des vœux pieux du gouvernement, mais bien des mesures concrètes, des programmes permettant aux régions de se prendre en main. On ne réclame pas nécessairement plus d’argent, mais on croit qu’il a différentes façons d’utiliser ce qu’il y a en ce moment», souligne M. Dion.

Ce dernier prend soin de préciser que l’exercice n’est pas une question de communautés rurales contre les communautés urbaines.

«C’est vrai qu’il existe un climat économique plus défavorable dans les communautés rurales, sauf que la prise en charge au niveau local doit aussi se faire en milieu urbain. Les deux milieux – ruraux et urbains – sont interdépendants. Si l’un va mal, ça va finir par se refléter sur l’autre. On les voit comme étant complémentaires et non en compétition», note-t-il.

REVENDIQUER LE DROIT À LA RURALITÉ

La réflexion que s’apprête à lancer l’AFMNB est en bonne partie le fruit de la «révolte rurale» initiée l’an dernier à Kedgwick par suite de la fermeture annoncée du bureau des Ressources naturelles de cette communauté.

Le maire de cette communauté rurale, Jean-Paul Savoie, avait alors lancé un véritable cri du cœur, plaidant rien de moins pour le droit à la ruralité dans une province qui, selon lui, mise trop sur quelques axes urbains uniquement. Aujourd’hui, son discours n’a toujours pas changé.

«Les régions rurales ne sont pas suffisamment écoutées. Elles sont pratiquement laissées à elles-mêmes», dit-il.

«Il faut rétablir un certain équilibre entre le monde rural et le monde urbain. Il faut cesser de s’attaquer toujours à la ruralité. C’est pourquoi je revendique le droit à la ruralité, le droit à se développer fièrement dans nos communautés. Et comme ailleurs, ça nous prend certains services comme des écoles et des hôpitaux», lance-t-il.

Il fait ainsi un pied de nez aux récentes études suggérant des coupures massives de ce côté.

«C’est là une solution très simpliste à une problématique beaucoup plus complexe», clame le maire.

À l’autre bout du Restigouche, le maire de Balmoral, Charles Bernard, abonde dans la même sens.

«On sent que les gouvernements s’écartent de la ruralité et préfèrent concentrer leurs efforts de développement sur quelques zones stratégiques uniquement. Mais le Nouveau-Brunswick, c’est plus que seulement ça. C’est aussi des communautés comme Saint-Arthur, Campbellton et Kedgwick. On ne veut pas être en compétition avec les grandes villes, leur enlever quoi que ce soit. Par contre, il faut que la province concède qu’elle est aussi rurale. On semble malheureusement oublier que les régions rurales regorgent de possibilités», dit le maire.

Mais à quoi s’attendre du Sommet sur les régions? Le maire de Kedgwick a bien sa petite idée de ce qu’il aimerait voir émaner de cette réflexion collective.

«Dans mon cas, deux choses me viennent en tête immédiatement, car elles touchent directement ma communauté. Premièrement, il y a toute la question du secteur des ressources naturelles. Je crois dans le principe que la ressource appartient à la communauté et que celle-ci doit en être la principale bénéficiaire. À mon avis, on a laissé nos ressources aller à l’industrie sans toutefois s’assurer d’un maximum de retombées économiques pour la communauté, ce qui n’aide en rien au développement des régions.»

«Sinon il faut également réfléchir sur les politiques gouvernementales. Ce serait important qu’avant de faire des gestes – comme la fermeture de bureaux ou des coupures de services – que l’on évalue tout l’impact que ceux-ci auront sur les communautés et comment compenser celles-ci pour leurs pertes. Ce sont là deux exemples parmi tant d’autres, car les inquiétudes et défis peuvent varier d’une région à l’autre. Mais en fin de compte, on veut tous la même chose, peu importe où en province, soit demeurer des collectivités dynamiques et prospères», mentionne-t-il.