Collecte de vêtements: des boîtes unilingues anglophones dans la Péninsule

CARAQUET – Les boîtes de collecte de vêtements usagés de la Canadian Diabetes Association ne sont pas vraiment les bienvenues à Caraquet en raison d’un affichage unilingue anglais.

À tel point que l’un des commerçants, parmi ceux qui ont accepté il y a deux semaines d’accueillir sur leur stationnement une de ces boîtes rouges, a décidé lundi de demander purement et simplement son retrait.

Aurèle Albert, le propriétaire du salon de quilles de Caraquet, ne décolère pas. Touché par la cause des diabétiques, il avait accepté de bon cœur que l’association installe la boîte pour recueillir des vêtements usagés. Ces vêtements sont ensuite vendus pour financer des actions en faveur des malades.

Sauf qu’il ne savait pas que les boîtes allaient arriver en version 100 % anglaise, sans le moindre mot de français.

«Tous les jours il y a un client qui me disait – qu’est-ce que ça fait là cette machine-là en anglais à Caraquet? – beaucoup de gens n’étaient pas contents et moi aussi ça me choque énormément. Imaginez un peu si des français avaient ça dans une place anglaise…»

Dès l’installation de la boîte, Aurèle Albert a tenté d’obtenir des explications sur le caractère unilingue des messages inscrits sur la boîte. Mais, c’est seulement lundi qu’il a pu joindre l’association et, à bout de patience, a demandé le retrait de la boîte.

«Je ne veux plus en avoir, ils sont censés venir la chercher», assure le commerçant qui témoigne des réactions négatives de ces clients.

«Ils me disaient que ça n’avait pas d’allure. Il ne faut pas oublier que Caraquet c’est la capitale de l’Acadie et ils viennent avec quelque chose entièrement en anglais, ça n’a aucun bon sens. Rien que de la voir, ça me tombe sur les nerfs.»

Au moins cinq boîtes similaires ont été installées à Caraquet ces dernières semaines par la Canadian Diabetes Association. Toutes affichent un message uniquement en anglais.

L’Acadie Nouvelle a tenté sans succès de joindre les responsables provinciaux de l’association canadienne dont le site Internet, soit dit en passant, est lui aussi seulement en anglais.

UNE CONCURRENCE POUR AMI SOLEIL

L’arrivée des boîtes rouges de l’Association canadienne du diabète fait beaucoup parler d’elle ces derniers jours dans la région de Caraquet et pas seulement pour le caractère unilingue des messages qui sont inscrits dessus.

Elles font appel à la générosité de la population pour y déposer des vêtements usagés, sauf que l’organisme Ami Soleil est sur le même créneau depuis bien longtemps. Lui aussi reçoit des vêtements usagés qui sont triés et vendus dans la boutique de Bertrand au profit de la banque alimentaire.

«Oui, on a des inquiétudes, ça nous met en danger, car ça pourrait diminuer l’apport des dons de la communauté», reconnaît le responsable d’Ami Soleil, René Pinet.

Sans les vêtements donnés par la communauté, la banque alimentaire ne pourrait proposer qu’environ la moitié des colis alimentaires qui sont actuellement offerts. La générosité du public et le soutien financier du centre de bénévolat de la Péninsule acadienne permettent d’offrir chaque mois plus d’une centaine de colis alimentaires aux familles les plus démunies de Caraquet et d’une trentaine de municipalités avoisinantes.

René Pinet regrette également de ne pas avoir été contacté par l’Association canadienne du diabète avant qu’elle ne déploie ses boîtes de collecte dans la région de Caraquet.

«On aurait pu discuter. Je n’ai rien contre eux, la cause est noble, mais ils devaient tout de même savoir qu’on existe», estime-t-il.

Le responsable d’Ami Soleil parvient néanmoins à trouver des raisons de se réjouir. Cette exposition médiatique permettra, espère-t-il, à l’organisme de se faire connaître et surtout reconnaître par son action.

«Nous, on aide les gens localement. Je sais que c’est difficile de faire des choix, mais la communauté doit se poser la question. Est-ce que tu choisis d’aider la cause du diabète ou tu choisis d’aider à nourrir des gens locaux?»

Il est encore trop tôt, après seulement deux semaines, pour analyser l’impact sur les dons de vêtements de l’arrivée des boîtes rouges, mais Ami Soleil suit la situation de près. À ceux qui se demandent pourquoi l’organisme local ne propose pas lui aussi des boîtes de collecte, René Pinet met en avant les coûts financiers autant pour la fabrication des boîtes que pour la collecte. «Le dépôt de Bertrand est ouvert 24 heures sur 24 et sept jours sur sept», rappelle-t-il.