Des homardiers forcés de limiter leurs prises

CARAQUET – Depuis lundi, presque tous les pêcheurs de homard du nord-est du Nouveau-Brunswick sont contraints de limiter leurs prises à la demande des intermédiaires qui ont des difficultés à écouler leur stock de crustacés en raison de l’abondance des captures.

Suivant les intermédiaires, les quotas mis en place varient de 600 à 800 lb par jour et par bateau. Ces mesures sont en vigueur dans la quasi-totalité des ports de la région. C’est le cas notamment à Grande-Anse, à Anse-Bleue, à Caraquet et à Maisonnette, d’après les renseignements recueillis par l’Union des pêcheurs des Maritimes (UPM). Son représentant dans le Nord-Est, Emmanuel Moyen, a pu apprendre que seules deux usines n’avaient pas encore mis en place des limitations mardi.

Ces quotas ne pourraient être que temporaires.

«D’après les informations que j’ai eues, cela devrait revenir à la normale d’ici à vendredi», assure le représentant de l’UPM qui témoigne du mécontentement des pêcheurs de homard face à ces restrictions.

Sur le quai de Caraquet, où l’Acadie Nouvelle s’est rendue pour prendre le pouls de la profession, l’ambiance est relativement morose. Rares sont les pêcheurs qui acceptent de s’exprimer ouvertement, mais ceux qui le font ne sont pas tendres envers les acheteurs.

Armand Mainville ne cache pas sa mauvaise humeur.

«Ce n’est pas une bonne nouvelle, surtout que la pêche n’avait pas décollé fort au début de la saison. Maintenant on a du poisson, mais on n’est pas capables de le vendre. Je comprends qu’il y a un gros surplus de homard, mais ce n’est pas le fun», regrette le pêcheur.

Ces restrictions ont un goût de déjà-vu pour les pêcheurs de la Péninsule acadienne qui avaient été confrontés à des limitations de prises la saison dernière, là aussi en raison d’une surabondance de homard.

«Ce qui est écoeurant, c’est que dans certaines places la pêche a été forte, les compagnies elles ne sont pas obligées de couper tous les pêcheurs. Pourquoi elles ne peuvent pas dire qu’elles vont couper la place qui est forte pour en donner plus à celle qui est moins forte pour rééquilibrer sur l’ensemble de la saison?», s’interroge Armand Mainville.

Si le début de saison, lancée voilà un mois, avait été un peu laborieux avec des prises assez maigres, les casiers se sont remplis rapidement par la suite.

«Dans le coin de la baie des Chaleurs, il y a eu de gros débarquements. Certains pêcheurs ont pris plus de 2000 lb en une journée», précise Emmanuel Moyen.

Un pêcheur de Grande-Anse aurait même fait une pêche miraculeuse de 2700 lb de homard la semaine dernière.

Si le homard est au rendez-vous, les pêcheurs ne vont pas s’en plaindre. Ils sont plus tentés de rejeter le blâme sur les usines.

«Le fait que les usines vont chercher du homard dans les autres provinces, c’est un peu plate pour les gars d’ici, regrette Emmanuel Moyen, on me dit qu’elles ont ralenti pour écouler le homard local, mais jusqu’à la semaine dernière ça se faisait (…) Cela fait deux ans qu’on se rend compte que la capacité de transformation est limitée.»

Un point de vue que partage Armand Mainville.

«Il n’y a pas assez de compagnies pour faire le produit. Ici, à Caraquet, il n’y a même pas une usine à homard, ça n’a aucun bon sens.»

Les pêcheurs du Nouveau-Brunswick ne sont pas les seuls concernés, explique le représentant de l’UPM.

«À l’Île-du-Prince-Édouard, les débarquements sont contrôlés à 500 lb par jour et en Nouvelle-Écosse ils ne s’attendent pas à acheter du homard avant vendredi prochain.»