Taux très élevé de radon dans le Nord

Le sous-sol de la région de Paquetville contient des concentrations très élevées de radon. - Acadie Nouvelle: David Caron
Le sous-sol de la région de Paquetville contient des concentrations très élevées de radon. – Acadie Nouvelle: David Caron

PAQUETVILLE – Le sous-sol de Bas-Paquetville, dans la Péninsule acadienne, contient des quantités très élevées de radon, un gaz radioactif cancérigène. Les taux de radon détectés dans cette communauté figurent au deuxième rang à l’échelle nationale, démontre une étude menée par Santé Canada.

Un taux de 5590 becquerels par mètre cube (Bq/m3) a été détecté dans une résidence à Bas-Paquetville, soit environ 28 fois plus élevé que les taux jugés acceptables par Santé Canada, confirme des données obtenues par le réseau anglophone de Radio-Canada. Le seuil maximum toléré par l’organisme fédéral est de 200 bq/m3.

L’Acadie Nouvelle a tenté d’obtenir des réactions de citoyens dans la région de Paquetville, mais sans succès. Plusieurs n’étaient pas du tout au courant de la situation. La plupart se souviennent cependant d’un incident il y a quelques années concernant une découverte de radon à l’intérieur de l’école Terre-des-Jeunes de Paquetville.

La plupart des gens rencontrés ont soulevé des inquiétudes lorsqu’on leur a expliqué qu’une concentration élevée de radon augmentait les chances de développer un cancer du poumon.

André Gozzo, maire de Paquetville et président du Forum des maires de la Péninsule acadienne, était lui-même surpris d’apprendre la nouvelle.

«J’étais surpris d’apprendre que nous avons le deuxième taux le plus élevé au pays, mais je n’étais pas surpris d’apprendre que nous avons du radon parce que nous avons déjà eu des problèmes à l’école primaire (Terre-des-Jeunes). Les parents avaient retenu leurs enfants à la maison jusqu’à ce que le problème soit réglé», dit-il.

André Gozzo compte informer la population de Paquetville à ce sujet et va demander aux autres maires de la Péninsule acadienne d’en faire autant. Il pense que les gouvernements provincial et fédéral doivent agir rapidement.

«C’est alarmant. C’est dangereux. Nous pouvons avertir les gens, mais nous ne pouvons ni prévenir ni corriger la situation.»

Les problèmes de radon ne sont toutefois pas limités à Paquetville. Le gaz radioactif est présent un peu partout dans le nord du Nouveau-Brunswick.

Yves Basque, propriétaire de Radon Solution Basque, réalise des évaluations du taux de radon dans les bâtiments résidentiels et commerciaux. Il n’a jamais détecté un montant de radon aussi élevé que celui de Bas-Paquetville, cependant il visite régulièrement des maisons où les taux dépassent de loin les 200 Bq/m3 jugés acceptables par Santé Canada.

Il explique que le radon peut s’infiltrer dans une maison de différentes façons, soit par les fissures dans les murs et le plancher de la fondation, les sols en terre battue, les joints de construction, les écarts autour des tuyaux de branchement et les vides sanitaires. Les concentrations varient toutefois selon l’endroit, même dans des maisons situées seulement à quelques mètres de distance les unes des autres.

«J’ai déjà été dans une maison où le taux était de 3050 Bq/m3 et en face, c’était moins de 200. Dans le bout de Fredericton, il y avait des maisons attachées. Sur les cinq maisons, il y en avait deux où le taux était moins de 200 et trois où c’était au-dessus de 200», explique-t-il.

Puisque le radon est un gaz invisible et inodore, mais radioactif, il est impossible de savoir s’il y a des concentrations dans une maison sans faire une évaluation. Yves Basque souligne qu’une maison sur quatre au Nouveau-Brunswick fait face à ce problème. Une évaluation à court terme prend 48 heures et coûte moins de 40 $. Les méthodes de réduction de radon (colmater les fissures et sceller les ouvertures) sont plus coûteuses, soit entre 2000 $ et 3000 $, mais peuvent sauver une vie, car un non-fumeur exposé à des concentrations élevées a un risque de développer un cancer du poumon une fois sur 20. Les chances sont de une sur trois pour un fumeur.

Il pense que le gouvernement devrait aider ceux qui ne peuvent couvrir ces frais.

Lors d’une conversation avec un intervenant du milieu médical, Yves Basque apprend que les traitements du cancer du poumon pour un patient coûtent environ 300 000 $ à la province en une année. Il estime que des investissements de la part de Fredericton permettraient d’améliorer la santé de ses citoyens.

LES PIRES CAS DANS LA PROVINCE

Des concentrations élevées de radon dépassant les 1000 Bq/m3 ont été détectées à l’intérieur de 13 autres résidences au Nouveau-Brunswick, démontrent les données dévoilées par Santé Canada. Les chiffres suivants correspondent aux taux de radon découverts dans des résidences spécifiques, mais les taux varient d’une maison à l’autre. C’est dans la petite communauté d’Armstrong Station, au nord de l’Ontario, où les concentrations sont les plus élevées (5657 Bq/m3) au Canada.

Île Miscou: 1702 Bq/m3
Saint-Simon: 1172 Bq/m3
Bas-Paquetville: 5590 Bq/m3
Bathurst: 1944 Bq/m3
Miramichi: 1458 Bq/m3
Sainte-Rosette: 1096 Bq/m3
Dundee: 1330 Bq/m3
Tide Head: 1312 Bq/m3
Saint-Jean-Baptiste: 1291 Bq/m3
Saint-André: 1346 Bq/m3
Castlecreek: 1162 Bq/m3
Moncton: 1147 Bq/m3
Cocagne: 1309 Bq/m3

QU’EST-CE QUE LE RADON?

Selon Santé Canada, le radon est un gaz radioactif qui provient naturellement de la désintégration de l’uranium dans le sol. Il s’infiltre dans des bâtiments principalement par des fissures et d’autres voies d’entrée dans le sous-sol. À l’extérieur, le radon se disperse et ne pose aucun problème pour la santé.

L’exposition à une concentration élevée de radon augmente les risques de cancer du poumon. En fait, après le tabagisme, c’est la deuxième principale cause de cette maladie.

Pour détecter des concentrations de radon à l’intérieur d’un bâtiment, Santé Canada suggère d’embaucher un professionnel certifié ou d’acheter une trousse de mesure du radon disponible dans certaines quincailleries.

Santé Canada recommande d’utiliser un test de mesure à long terme pendant au moins trois mois. Le meilleur moment pour la détection est entre les mois de septembre et avril, lorsque les fenêtres sont fermées la plupart du temps.