Le diocèse de Bathurst envisage de céder l’église de Bas-Caraquet

BATHURST – Si la décision n’est pas encore officielle, la solution apparaît assez distinctement entre les lignes de l’entrevue que l’évêque de Bathurst, Mgr Daniel Jodoin, a accordée mercredi à l’Acadie Nouvelle. Le diocèse pourrait bien décider de céder l’église centenaire de Bas-Caraquet.

L’option pourrait s’imposer d’elle-même si le sondage organisé par le diocèse penche nettement en faveur de la construction d’une nouvelle église dans la paroisse de Bas-Caraquet. À moins que les paroissiens optent pour le maintien du lieu de culte dans l’église actuelle, avec les travaux et les coûts que cela implique.

«Quand on aura une bonne idée des résultats du sondage, je vais réunir toutes les autorités diocésaines et on prendra une décision la semaine prochaine. On veut régler ça avant les vacances», annonce l’évêque.

Il n’écarte pas la solution de céder l’église même si cette option ne figure pas noir sur blanc dans le sondage envoyé à toute la population de Bas-Caraquet. Elle a jusqu’à vendredi pour choisir entre la réparation de l’église actuelle ou la construction d’une nouvelle.

«Si on décide de construire une nouvelle église et qu’on ne veut pas détruire l’église parce que des gens veulent la sauver pour le patrimoine, qu’est ce que ça veut dire à votre avis? (…) C’est l’une des options. Pensez-vous qu’on ne pense pas à ça? C’est certain qu’on y pense. Avant de prendre une décision, je voulais prendre le pouls de la population, savoir ce que pensent monsieur et madame Tout-le-monde.»

En attendant que la décision soit prise collégialement et devienne officielle, l’évêque a des réticences à se montrer plus explicite. Il n’en rappelle pas moins que la mission de l’Église n’est pas de sauver des édifices patrimoniaux.

«En tant qu’Église, notre mission première c’est que les gens puissent prier dans des communautés vivantes, qu’elles aient un lieu de culte pour célébrer et nourrir leur foi. C’est notre but à nous. Ce n’est pas d’entretenir du patrimoine, bien que nous aimions beaucoup le patrimoine et que nous allons le conserver le plus longtemps possible. Mais, quand ça devient un fardeau démesuré sur les épaules d’une communauté, ça ne peut plus fonctionner. Les paroissiens me disent qu’ils sont juste 100 personnes à la messe. Comment 100 paroissiens vont-ils entretenir une église faite pour 800? C’est rendu disproportionné et tout le monde le comprend.»

Pour l’évêque, la seule bonne question à se poser est de savoir si on veut sauver le lieu de culte ou la bâtisse elle-même.

«S’il y en a qui veulent reprendre le flambeau, prendre le relais pour la bâtisse si c’est avant tout le patrimoine architectural qui les intéresse, alors c’est parfait», considère Mgr Daniel Jodoin sans préciser à qui pourrait être cédée l’église pour une somme symbolique.

Reste à savoir aussi qui en voudra et surtout qui aura les moyens d’entretenir un tel bâtiment et de payer les taxes foncières sans le régime favorable dont bénéficient les édifices religieux.

À ce compte, ne s’agirait-il pas d’un cadeau empoisonné?

«Que voulez-vous que je dise, répond l’évêque. Certains peuvent dire ça. Mais s’il est empoisonné pour les autres, il l’est aussi pour nous et pour la communauté de foi qui ne pourra plus supporter ce poids.»

Cette rétrocession pourrait ne pas être immédiate. Une transition serait possible le temps qu’une nouvelle église plus petite et moins coûteuse à entretenir soit construite à Bas-Caraquet.

«Cela ne prendrait pas 10 ans», affirme l’évêque sans pouvoir donner encore de calendrier plus précis.

Pour financer la construction, le diocèse estime avoir des solutions.

«Si les gens veulent un nouveau lieu de culte, on va s’organiser. On a déjà des fonds en réserve, on peut vendre aussi le presbytère et le terrain», poursuit Mgr Daniel Jodoin.

«ON EST SUR DEUX PLANÈTES DIFFÉRENTES»

S’il ne veut pas trop s’étendre sur la polémique entre le diocèse et le comité de sauvegarde de l’église de Bas-Caraquet, Mgr Jodoin regrette néanmoins «la personnalisation du débat».

«Ils visent le messager, car ils n’aiment pas le message, c’est triste. Quand l’évêque parle, ce n’est pas personnel, il parle au nom des autorités diocésaines (…) dont tous les membres sont très acadiens», précise-t-il en réponse à ceux qui avaient mis en avant ses origines québécoises.

«Je n’ai rien contre eux», assure-t-il en regrettant les frictions qui ont débordé sur la place publique. Une pancarte installée devant l’église depuis la semaine dernière affirme que le diocèse veut démolir l’église et fermer la paroisse.

«Ce sont deux affirmations fausses, mais je ne vais pas aller dans la rue avec une autre pancarte», répond l’évêque.

«Ces frictions, je les regrette, mais je n’y peux rien. Ce n’est pas moi qui ai mis le feu et qui ai monté le monde. On n’est pas en opposition, mais on est sur deux planètes différentes, c’est tout», assure Mgr Daniel Jodoin.

«Avec la décision qui sera prise la semaine prochaine, ceux qui sont montés dans les rideaux vont peut-être descendre des rideaux», espère-t-il en souhaitant que la communauté ressorte moins divisée qu’elle ne l’est depuis plusieurs semaines.