Oui à une nouvelle église à Bas-Caraquet

BATHURST – Le diocèse de Bathurst a finalement décidé de céder pour 1 $ l’église centenaire de Bas-Caraquet et d’autoriser la construction d’une nouvelle église plus petite et moins coûteuse à entretenir.

La décision prise par l’ensemble des autorités diocésaines a été annoncée lundi matin par l’évêque Mgr Daniel Jodoin et le vicaire général le père Wesley Wade. Ce choix s’appuie notamment sur le sondage organisé par le diocèse et dont les résultats ont été dévoilés.

Selon les informations communiquées par les autorités diocésaines 50,7 % des répondants ont choisi l’option B, soit la construction d’une nouvelle église. Ils ont été 40,7 % à préférer l’option A qui était de réparer l’église centenaire comme le souhaitait le comité de sauvegarde et 8,5 % ne voulaient ni l’une ni l’autre de ces deux solutions. Il est à noter que le taux de réponse au sondage a été de 49 %.

L’évêque de Bathurst juge suffisante cette majorité pour aller de l’avant.

«Ce n’était pas un référendum, mais c’était chercher l’opinion de tous ceux qui veulent bien donner leur opinion. Il y en a 60 % qui ne veulent pas du projet».

Une majorité des paroissiens sont donc selon Mgr Daniel Jodoin opposés à la sauvegarde de l’église centenaire dont l’entretien et les réparations avaient été chiffrés par le diocèse à 3,3 millions $ pour les sept prochaines années.

Pas question pour autant de détruire l’édifice, même s’il constitue «un fardeau financier dépassant largement les capacités financières et humaines de la paroisse», comme l’a dit le père Wesley Wade.

Aussi le diocèse propose de céder, pour la somme symbolique de 1 $, l’église et son terrain, à la municipalité de Bas-Caraquet ou «à tout autre organisme à but non lucratif qui souhaiterait en assurer la survie».

Le diocèse de Bathurst attend une réponse d’ici le 31 août.

Même si elle est de plus en plus courante ailleurs dans le monde, cette solution de céder un lieu de culte constitue une première dans le diocèse de Bathurst.

«On a déjà vendu des églises, mais en donner une comme ça, c’est une première fois», reconnaît l’économe du diocèse Sylvie Saint-Pierre.

Le diocèse de Moncton a lui déjà été confronté à des situations similaires, poursuit le père Wesley Wade.

Quant à savoir si le diocèse envisage de reproduire la décision prise concernant la paroisse de Bas-Caraquet à d’autres paroisses confrontées aux mêmes difficultés financières pour entretenir le patrimoine religieux, Mgr Daniel Jodoin répond «probablement».

«Au Québec, c’est une paroisse par mois qui ferme. Dans le diocèse de Bathurst, deux paroisses ont déposé le bilan la semaine dernière, deux autres ne vont pas bien et on doit les rencontrer (…) C’est partout pareil en Amérique du Nord et en Europe.»

UNE PLUS PETITE ÉGLISE

Si le diocèse proposait jusqu’à présent la construction d’une nouvelle église de 400 places à Bas-Caraquet, les commentaires reçus avec les réponses à son sondage l’ont conduit à réviser le projet. Il est question désormais d’une église de plain-pied d’environ 250 places. Elle serait «munie de salles communautaires polyvalentes pouvant au besoin s’ouvrir sur le lieu de culte afin d’y ajouter au besoin 150 places supplémentaires», précisent les autorités diocésaines. Elles ajoutent aussi que «la possibilité de modifier un édifice existant vacant pourrait aussi être envisagée».

Le diocèse n’a pas avancé lundi de calendrier précis, mais prévoit d’organiser des rencontres avec les paroissiens. Une période de transition est envisagée entre le moment où l’église actuelle sera cédée et celui où les paroissiens pourront emménager dans le nouveau lieu de culte. Ils ne devraient pas être trop dépaysés, car le diocèse prévoit de réintégrer dans la future église, les objets religieux de l’actuelle église.

«UNE ÉGLISE VIDE, JE NE SAIS PAS SI TOUT LE MONDE VA EMBARQUER»

BAS-CARAQUET – La réaction du comité de sauvegarde de l’église de Bas-Caraquet, face à la décision du diocèse est pour le moins «mitigée», comme le dit son porte-parole le Dr Gilbert Blanchard. S’il se dit «heureux» qu’elle ne soit pas détruite, il l’est moins qu’elle soit désacralisée à terme.

«C’est une victoire oui, mais elle est un peu amère. Le mandat du comité de sauvegarde était de sauver l’église, mais avec le culte», rappelle le Dr Blanchard qui prend acte de la décision des autorités diocésaines.

Il n’est pas vraiment surpris par l’issue de la consultation. «C’est un peu ce qu’on constatait, la moitié des gens étaient pour, l’autre moitié contre», témoigne le porte-parole du comité de sauvegarde.

Quant à savoir si les bénévoles vont se constituer en association pour se porter acquéreurs de l’église, la décision n’a pas encore été prise. Les membres du comité doivent se rencontrer et prendront une décision dans les deux ou trois prochaines semaines.

«Le patrimoine c’est le bâtiment, mais aussi l’intérieur et tout ce qu’elle contient, sans ça, elle va perdre beaucoup de valeur patrimoniale. On va continuer d’aller de l’avant pour sauver l’église, mais une église vide, je ne sais pas si tout le monde va vouloir embarquer», s’interroge le porte-parole du comité.

La question se pose également pour les dons et les promesses de dons qui avaient été faits dans l’objectif de sauver une église en activité, pas juste un bâtiment désacralisé.»

Des rencontres avec la municipalité sont aussi prévues. L’Acadie Nouvelle a tenté sans succès d’obtenir l’opinion d’Agnès Doiron, la mairesse du Village de Bas-Caraquet.

La municipalité avait ces derniers mois montré son attachement à la préservation du patrimoine architectural du village. Reste à savoir si cet attachement pourrait aller jusqu’à prendre possession du bâtiment qui nécessite toujours d’importants travaux, sans que cela se transforme en un fardeau insurmontable pour la municipalité.

Le poids financier ne se limitera pas aux seuls travaux et à l’entretien courant du bâtiment. Que ce soit un organisme à but non lucratif ou la municipalité de Bas-Caraquet, celui qui prendra possession de l’église centenaire devra notamment payer la taxe foncière dont était exonéré le diocèse en vertu du caractère religieux du bâtiment. La facture s’annonce salée, autour de 14 000 $, alors que l’église et son terrain sont actuellement évalués à un peu moins de 1 million $.