Les artistes acadiens cartonnent sur scène, mais moins sur disque

NDLR: Nous présentons aujourd’hui la première partie d’un dossier sur l’essor de la musique acadienne dans le monde.

MONCTON – C’est sur scène que les artistes acadiens se démarquent le plus en Europe, estime le rédacteur en chef du magazine français, Longueur d’ondes, Serge Beyer, qui note une plus grande variété de propositions musicales.

Le fondateur de Longueur d’ondes qui suit la scène francophone du Canada depuis 30 ans considère que les musiciens de l’Acadie ont connu une belle évolution en Europe. Celui qui a assisté à plusieurs festivals et événements où les Acadiens se produisent raconte qu’il y a 32 ans, il écrivait surtout sur le Québec et sur quelques artistes acadiens comme Angèle Arsenault.

«Il y a 30 ans, pour moi l’Acadie c’était Angèle Arsenault et c’était des groupes plutôt folkloriques. Puis est apparue Marie-Jo Thério. C’était à peu près la seule qui correspondait à ce que je défendais, à savoir les musiques rock dans l’espace francophone. Après j’ai défendu Zéro degré Celsius qui sont devenus Joseph Edgar, et ensuite, est arrivé Jacobus et Maléco avant de s’appeler Radio Radio, mais le gros boum plus proche de nous, a été Lisa LeBlanc», a relaté Serge Beyer.

Malgré cet essor, encore beaucoup de Français ne peuvent pas faire la distinction entre le Québec et l’Acadie. D’après le journaliste, il y a encore des efforts médiatiques à déployer afin d’améliorer la connaissance de l’Acadie en France. La musique qui arrive de l’Acadie propose un univers singulier, reconnaît Serge Beyer.

«Je trouve que l’Acadie d’aujourd’hui est un mélange qui n’oublie pas le trad en l’incorporant à la musique rock d’aujourd’hui, autant pour Lisa LeBlanc que pour les Hay Babies ou les Hôtesses d’Hilaire qui sont un peu moins trad mais qui ont des évocations dans ce style-là. Je me dis que ce sont des gens qui n’ont pas oublié leurs racines et qui n’essaient pas de calquer quelque chose qui est universel.»

«Même Radio Radio qui fait du rap a une spécificité, ils ont gardé leur parlure et leur façon d’imager des choses. Par exemple, quand Lisa LeBlanc vient en France, elle parle en chiac, et c’est une affirmation, (contrairement aux) Québécois qui, lorsqu’ils passent à la télé, des fois on ne sait même pas qu’ils sont québécois», a exprimé le journaliste.

Serge Beyer constate que la musique acadienne s’exporte plus facilement sur scène que sur disque. Les ventes de disques n’ont pas nécessairement suivi cette vague de popularité des artistes acadiens en France, même pour ceux qui ont signé avec des labels français.  

«Par exemple, Lisa LeBlanc a signé avec un label et il y a beaucoup de promos dans les médias français, mais je ne suis pas sûr qu’elle vende énormément. Par contre quand on voit Lisa LeBlanc sur scène, elle fait un carton partout où elle passe», a poursuivi Serge Beyer.

Celui-ci encourage les artistes acadiens à garder leur spécificité puisque c’est cela que les Français apprécient.

«Il faut rester soi-même et encourager les gens à pouvoir s’exporter et continuer les développements de festivals parce que c’est hyper important et ça crée des ponts. Bravo pour les initiatives des villages acadiens comme ils s’en font cette année à Spa et Lorient. J’espère que ça va continuer parce que c’est une belle carte de visite», a-t-il mentionné.

D’après Pastelle LeBlanc de Vishten et la gérante d’artiste Carole Chouinard, le public européen est de plus en plus ouvert à la musique acadienne.

«Ce sont de vrais fans qui interagissent et qui écrivent beaucoup. Quand j’ai mis l’article sur Lorient sur Facebook, la plupart des gens qui ont consulté l’article au début étaient des Français», a ajouté Carole Chouinard.