Les conservateurs passent à l’attaque

DIEPPE – Le chef progressiste-conservateur est passé à l’attaque, mercredi, au lendemain d’un sondage difficile pour son parti. Presque à mi-chemin dans la campagne, la démarche de David Alward pourrait marquer un changement dans la stratégie du parti, selon un politologue.

Contrairement à son adversaire libéral, le premier ministre s’est limité à dévoiler un élément de sa plateforme électorale par jour depuis le début de la campagne. Mardi matin, David Alward a plutôt choisi d’utiliser son rendez-vous quotidien avec la presse pour lancer une attaque en règle contre le chef du Parti libéral.

Entouré de sa femme et de sept candidats locaux, le chef du Parti conservateur s’est employé à démonter la position de Brian Gallant en matière de développement des ressources naturelles.

Selon le politologue Jean-François Caron, il est clair que le sondage dévoilé la veille a eu un effet sur la stratégie des conservateurs.

«Je pense qu’il croyait vraiment que sa promesse de développer les ressources naturelles allait inverser la tendance lourde qui perdure depuis deux ans et demi en faveur des libéraux. Avec le sondage de mardi, il n’y a aucune embellie à l’horizon. Un changement de stratégie s’impose donc», confie M. Caron.

Le sondage de Corporate Research Associates dévoilé mardi accorde une avance de 19 points au parti de Brian Gallant. Les libéraux récoltent 48 % des intentions de vote chez les électeurs décidés tandis que les conservateurs se content de 29 % d’appuis.

Le Parti libéral promet d’imposer un moratoire d’une durée indéterminée sur la fracturation hydraulique, la technique controversée qui permet d’extraire le gaz du schiste. Brian Gallant et son équipe sont cependant en faveur des quatre autres projets dans le secteur de l’énergie et des mines mis de l’avant par le gouvernement conservateur.

D’après David Alward, Brian Gallant «n’a pas la moindre idée de ce dont il parle» quand vient la question des ressources naturelles.

«(Brian Gallant) n’a pas la moindre idée de ce dont il parle. Chacun de ces cinq projets dépend ultimement de l’exploitation du gaz et du pétrole de schiste et de la fracturation hydraulique», a déclaré M. Alward, mercredi matin.

«Comment peut-il dire qu’il est pour le terminal de gaz naturel liquéfié quand il est contre la source du gaz qui y sera exporté? Quelle entreprise investira 3 milliards $ dans un projet si elle n’est pas certaine d’avoir une source d’approvisionnement?», a poursuivi le premier ministre.

D’après Jean-François Caron, le leader conservateur essaie de convaincre l’électorat que Brian Gallant n’a pas l’étoffe d’un premier ministre.

«Il espère que ce message aura plus de résonance auprès de l’électorat et c’est un pari qui peut se révéler profitable, puisque Brian Gallant n’a pas été en mesure jusqu’à présent de montrer sa solidité comme chef», estime le politologue.

Le chef libéral pourrait même être le «meilleur atout» des conservateurs, selon M. Caron.

«Ils vont mettre la table au cours de la prochaine semaine sur la fragilité du chef libéral et espèrent être en mesure de lui passer le K.O. lors des débats», analyse-t-il.

Brian Gallant a répondu aux commentaires du premier ministre en affirmant que son parti était pour le développement «responsable» des ressources naturelles et en soulignant «les risques pour notre eau, notre santé et notre environnement lorsqu’il est question de la fracturation hydraulique.»

«Nous pensons que l’approche prudente, et la bonne approche, est de s’assurer que nous mettons en place un moratoire sur la fracturation hydraulique», a mentionné le chef du Parti libéral.

«Mais nous appuyons de nombreux autres projets de développement des ressources naturelles. Nous appuyons aussi une approche diversifiée afin de faire croître notre économie et de créer des emplois.»

Interrogé à deux reprises lors de son point de presse sur la raison de ces attaques au lendemain d’un sondage défavorable, David Alward a évité la question. Il faut dire que les reproches du chef conservateur à l’égard de son adversaire ne sont pas nouveaux. C’était cependant la première fois qu’il y consacrait un point de presse hebdomadaire en entier.

«Je crois qu’il est irresponsable de ne pas faire tout ce que nous pouvons faire pour nos enfants et les générations futures, avec les mêmes possibilités que nous avons ici, chez nous, pour assurer notre croissance et notre prospérité», a indiqué M. Alward tout près du tarmac de l’Aéroport international du Grand Moncton, à Dieppe.

– Avec la collaboration du journaliste Pascal Raiche-Nogue.