U de M: mise en garde du syndicat des profs

MONCTON – La situation s’annonce «catastrophique» à l’Université de Moncton si la direction abaisse les critères de sélection des doyens de l’institution, met en garde le syndicat des professeurs.

La présidente de l’Association des bibliothécaires, professeures et professeurs de l’Université de Moncton (ABPPUM), Marie-Noëlle Ryan, a exprimé cet avis dans une missive adressée au recteur de l’institution acadienne, Raymond Théberge, et dont l’Acadie Nouvelle a obtenu copie.

La nomination imminente d’un candidat au poste de doyen de la faculté a soulevé une polémique lorsque le professeur de droit, Me Denis Roy, a fait circuler une lettre dans laquelle il remet en question les qualifications de la personne choisie, y compris son manque d’expérience universitaire.

Il faut souligner que Me Roy a postulé pour le poste. Il n’a pas été retenu.

Ce professeur n’est toutefois pas seul à exprimer un mécontentement concernant cette nomination, qui pourrait être entérinée dès ce week-end.

Dans une lettre datée du 24 août, Mme Ryan soutient que les exigences établies pour le poste de doyen de la Faculté de droit ont été réduites pour la première fois de l’histoire de l’université, en raison d’un manque de candidatures.

Les exigences d’expérience en enseignement et en recherche de niveau universitaire sont ainsi devenues des atouts plutôt que des compétences essentielles afin «d’élargir le bassin de recrutement». Or, selon Mme Ryan, cet argument ne tient pas la route. Normalement, lorsqu’il y a manque de candidats, une personne devrait être nommée par intérim , dit-elle. Les exigences ne devraient pas être rabaissées.

«Si cet argument était recevable, en effet, l’Université pourrait en venir à engager des plombiers comme professeurs en génie civil (cela dit avec tout le respect que j’ai pour les plombiers)», a écrit la présidente de l’ABPPUM.

«Compte tenu de la gravité de la situation, nous estimons que ce processus de sélection risque de nuire à la bonne réputation de notre situation.»

L’organisme demande au recteur de suspendre immédiatement les procédures de nomination et de nommer un doyen par intérim, avant de lancer un nouveau processus d’embauche qui «ne laissera planer aucun doute sur l’objectivité de celui-ci».

Raymond Théberge, le recteur de l’Université de Moncton, a fait suite à la lettre de l’ABPPUM le 27 août. Il y réitère sa confiance envers le processus de sélection des cadres de l’institution acadienne.

«En somme, je suis confiant que ce processus de sélection s’est fait en respectant l’esprit et la lettre de la Politique de sélection des cadres et j’ai toutes les raisons de croire que la personne recommandée au Comité exécutif du Conseil des Gouverneurs saura faire preuve de compétence et de sagesse afin de contribuer au développement de notre Faculté de droit», a répondu M. Théberge.

Le Comité de sélection était formé de trois professeurs de la Faculté de droit, d’un étudiant, du vice-recteur à l’enseignement et à la recherche, André Samson, ainsi que de Gaston LeBlanc, doyen de la Faculté d’administration. Une adjointe administrative était aussi membre de ce comité.

Le personnel et les professeurs de la faculté de droit ont été invités à une consultation publique concernant la candidature de deux candidats les 22 et 23 juillet. Les membres de la faculté ont ensuite été en mesure de voter pour leur candidat favori, selon des documents soumis au journal par une source anonyme près du dossier.

Dans leur lettre respective, Me Roy et Mme Ryan rappellent tous les deux que sur les 23 doyens de Faculté de droit au Canada, le candidat retenu serait l’un des trois seuls à ne pas détenir un doctorat ou une maîtrise en droit et l’un des deux seuls qui n’étaient pas membres du corps professoral avant son embauche.

Notons cependant que le candidat en question a un diplôme d’études approfondies en droit international des droits de l’Homme.