Un contributeur exceptionnel de l’Acadie à Wikipédia

MONTRÉAL – Patrick de Grasse n’est pas historien, mais grâce à des gens comme lui, il n’a jamais été aussi facile d’obtenir des renseignements factuels sur l’Acadie et le monde entier dans Internet.

Il fut une époque, avant Internet, où les encyclopédies regroupaient la plupart des connaissances humaines. Les articles étaient rédigés par des spécialistes. Mais qu’arrivait-il lorsque l’information disponible dans ces ouvrages de référence n’était plus actuelle ou inexacte?

Depuis sa création au début du XXIe siècle, Wikipédia a complètement changé notre façon de trouver de l’information. La version francophone comprend plus de 1 million d’articles et son pendant anglophone, plus de 4 millions. Les articles sont rédigés gratuitement par environ 77 000 contributeurs du monde entier en 287 langues. Patrick de Grasse fait partie de ce groupe. 

L’Acadien originaire de Caraquet a effectué plus de 60 000 contributions sur Wikipédia depuis 2005. Même s’il réside à Montréal depuis 1996, il s’intéresse particulièrement à l’Acadie et au Nouveau-Brunswick. En collaboration avec d’autres internautes, il a même fondé le «projet Acadie».

«Je suis né en Acadie, mais on ne nous enseignait pas vraiment l’histoire à l’école. J’ai un peu appris mon histoire au fil de mes contributions et l’intérêt de la découverte m’incite à continuer. J’ai lu des dizaines de livres au fil des ans et j’en possède maintenant quelques-uns», dit l’étudiant en anthropologie à l’Université de Montréal.

Parfois considéré comme une source d’information non fiable par ses détracteurs, Wikipédia demeure un moyen simple de s’informer, d’obtenir les connaissances sur un sujet donné, croit Patrick de Grasse. Il est demandé aux contributeurs de citer en bas de page leurs sources. Il encourage les étudiants de se servir des renseignements à titre informatif, mais de pousser leur recherche plus loin. 

«Il y a certains sujets où les articles de Wikipédia contiennent plus d’informations que n’importe quel livre à ce sujet, on n’a qu’à penser à la tour Eiffel, ou par exemple la plupart des municipalités du Nouveau-Brunswick.»

«Certains articles sont très complets et bien écrits, d’autres moins. Il y a même eu des études scientifiques ayant prouvé que certains articles de Wikipédia étaient très fiables.»

Si l’homme de 30 ans apprécie particulièrement l’idée de travailler en collaboration avec d’autres internautes francophones du monde entier, d’autres ne sont pas toujours chauds à l’idée. Ils profitent du fait qu’il est facile de modifier un article pour faire du vandalisme ou promouvoir un point de vue au profit d’un autre.

«Il y a plus de 15 000 membres actifs uniquement sur la version francophone. Il y a souvent des chicanes sur l’usage d’un mot ou d’un autre. Je me souviens d’un sujet assez chaud où on se demandait si on devait écrire endive, le mot utilisé par la plupart des francophones, ou chicons, le mot utilisé en Wallonie, d’où vient le légume.»

«D’autres fois, il y a des gens qui s’approprient les articles, qui sont hostiles à ceux qui n’ont pas les mêmes opinions, ou même qui peuvent être racistes ou sexistes. Il y a même une personne qui voulait effacer l’article Acadie. Il croyait que, parce que ce n’était un territoire officiel, ça n’existait pas!»