Cloué à son fauteuil roulant après un mauvais diagnostic

MONCTON – Les jambes de Pierre Beaudelot sont paralysées à 90 %. Sa situation est, selon lui, attribuable à un mauvais diagnostic reçu au Centre hospitalier universitaire Dr-Georges-L.-Dumont.

À 38 ans, celui qui est au Nouveau-Brunswick depuis six ans est laveur de vaisselle au Casino N.-B., à Moncton. Durant un quart de travail, il a senti un engourdissement dans une de ses jambes. C’était à la fin mai.

Francophone, il s’est rendu à l’urgence du CHU Dr-Georges-L.-Dumont, du Réseau de santé Vitalité. On pensait alors qu’il s’était simplement frappé la jambe et on lui a donné des anti-inflammatoires. Les symptômes ne se sont pas estompés. Il est donc retourné à l’urgence une deuxième fois. On lui a découvert une hernie au dos. On lui a prescrit un autre type d’anti-inflammatoires. Il a aussi dû suivre les traitements d’un physiothérapeute.

Son problème s’est toutefois aggravé. Le physiothérapeute lui a recommandé de retourner à l’urgence du CHU.

«Je retourne à l’urgence de Dumont. Je vois un nouveau médecin. Lui, il me donne de la morphine. Il dit qu’il y a un diagnostic, mais qu’il faut attendre un spécialiste du dos, mais que la liste d’attente est de deux ans à Dumont. Il m’avertit: si j’ai des problèmes avec mes selles et mon urine, ça veut dire que la hernie grossit, donc je dois me rendre à l’hôpital. Je garde ça en tête. Je commence le traitement à la morphine.»

Il y a un peu plus de trois semaines, il marchait vers chez lui. Rien n’allait plus.

«Je me dirigeais chez nous, j’avais beaucoup de difficulté à marcher. Mes mouvements étaient saccadés et je n’avais aucune coordination. J’avais mal à la jambe. J’étais engourdi. J’ai commencé à uriner dans mes pantalons sans m’en rendre compte. J’ai paniqué. Je pensais que c’était ma hernie. L’hôpital le plus proche, c’était le Moncton Hospital. Je me suis rendu là», raconte M. Beaudelot dans son fauteuil roulant.

Au Moncton Hospital, du Réseau de santé Horizon, un médecin l’a ausculté et a consulté son dossier du CHU Dr-Georges-L.-Dumont. Sa hernie n’avait rien à voir avec ses symptômes, a-t-il appris. Un neurologue a, selon lui, immédiatement été appelé et on lui a fait passer une batterie de tests.

«Sa déduction, c’est que j’ai vraiment un problème au niveau des réflexes de mon système nerveux. Il demande un examen d’imagerie par résonance magnétique (IRM), mais à partir de la tête jusqu’à la cage thoracique. C’est là qu’ils ont décelé une myélite, une inflation de la moelle épinière», soutient M. Beaudelot.

Toujours hospitalisé au Moncton Hospital et frustré de sa condition qui aurait pu selon lui être évitée, il se demande aujourd’hui pourquoi ces tests n’ont pas été faits au CHU alors qu’il y a fait de sept à huit visites.

«Moi, pendant des semaines j’allais les voir. Je n’arrive pas à comprendre comment ça se fait qu’un médecin ne veuille pas aller pousser plus loin quand ton patient revient avec les mêmes symptômes et la même pathologie. Quand tu vois que ton traitement ne fonctionne pas, pourquoi s’obstiner sur le même diagnostic? S’ils avaient fait l’IRM immédiatement, ils auraient vu l’inflammation de la moelle épinière», a déclaré M. Beaudelot.

Le Réseau de santé Vitalité refuse de commenter cette affaire en invoquant la Loi sur l’accès et la protection en matière de renseignements personnels sur la santé, mais recommande aux gens insatisfaits des services reçus de porter plainte au Service de la qualité et de la sécurité des patients de l’hôpital ou du réseau.

C’est ce qu’a fait vendredi Pierre Beaudelot qui devra suivre trois mois de réadaptation pour être en mesure de remarcher et vaincre sa paralysie temporaire.