Marijuana médicale: la frustration commence à se manifester dans le Restigouche (vidéo)

ATHOLVILLE – La lenteur du processus d’accréditation de l’usine Zenabis par Santé Canada commence à irriter certains élus et gens d’affaires du Restigouche qui comptent sur l’arrivée de cette usine pour relancer en partie l’économie de la région.

Dans un point de presse conjoint, le maire d’Atholville, Michel Soucy, et le président de la Chambre de commerce régionale de Campbellton, Régis Maltais, ont demandé à Ottawa d’accélérer le pas dans ce dossier qualifié de «porteur d’espoir» pour le Restigouche.

«On ne veut pas brûler les étapes. Nous voulons que tout soit fait de façon appropriée. Mais est-ce qu’on pourrait accélérer les choses afin que puisse se concrétiser ce que tous attendent avec impatience de cette compagnie, soit la création de bons emplois pour notre région?», lance le maire d’Atholville.

«Nous avons confiance que ce projet ira de l’avant. Mais nous avons de la difficulté avec les délais. Si jamais ce projet n’est pas bon ou qu’il n’ira pas de l’avant, on aimerait le savoir rapidement, car les gens ici fondent énormément d’espoir sur la venue de cette usine», ajoute-t-il.

Il faut dire que depuis les changements apportés à la loi, Santé Canada est submergé de demandes d’entreprises similaires à Zenabis voulant se lancer dans la production de marijuana médicinale.

Le dernier bilan fait état de plus de 1115 applications. Chacune d’entre elles doit faire l’objet d’une vérification de sécurité de la GRC aux fins d’approbation. Mais ce processus est lent, si bien qu’il n’existe qu’une vingtaine de producteurs autorisés au pays et qu’aucune licence n’a été octroyée depuis plusieurs mois.

Selon M. Soucy, tous les documents nécessaires pour la vérification policière ont été envoyés à Ottawa en septembre 2013. Un accusé de réception datant de juin confirme que le ministère a maintenant tout entre ses mains pour prendre une décision. Mais depuis, plus de nouvelles.

«Tout ce qu’on attend maintenant, c’est de savoir s’ils passent le test», indique le président de la Chambre de commerce régionale de Campbellton. À son avis, si la demande de la compagnie est acceptée, la prochaine étape consistera à apporter les rénovations et modifications nécessaires à l’usine actuelle. «Je sais qu’il y a beaucoup de communautés à travers le pays qui sont contre ça (marijuana médicinale), mais nous, on est pour», mentionne ce dernier, soulignant que l’idée fait l’objet d’une énorme acceptation de la part des citoyens.

Pour M. Maltais, la région n’a pas de temps à perdre.

«La population est vieillissante et nos jeunes quittent la région. Depuis 10 ans, le Restigouche perd peu à peu tout ce qu’il avait. En 20 ans, Campbellton est passée d’une ville de plus de 17 000 habitants à une communauté de 7800. C’est très frustrant de savoir qu’on peut aller chercher de 400 à 800 emplois de qualité – environ 3000 si l’on compte les emplois indirects – et que ça n’avance pas. L’impact économique de Zenabis dans la région serait incroyable. Ça ramènerait nos jeunes et ça nous offrirait une alternative à l’économie de la foresterie», dit-il. 

MOBILISATION DES ÉLUS?

Si la pression exercée aujourd’hui par le maire et le président de la chambre de commerce ne fonctionne pas, ceux-ci se disent prêts à mobiliser les élus de l’ensemble de la région. Entre-temps, des lettres d’appui au projet seront envoyées au gouvernement fédéral pour essayer de faire débloquer le dossier.

À noter que deux joueurs de taille étaient absents à ce point de presse, soit le ministre et député de Madawaska-Restigouche, Bernard Valcourt, ainsi que la direction de Zenabis. Dans les deux cas, ils n’avaient pas été conviés.

«On ne veut pas que la compagnie soit mise dans une position inconfortable. Ils ont leur travail à faire, soit démontrer qu’ils ont la capacité de produire, et c’est suffisant pour le moment», dit le maire.

Pour ce qui est du ministre, son dévouement au projet ne fait aucun doute selon M. Maltais. 

«Je sais qu’il travaille sur ce dossier et je crois qu’à cette étape-ci, c’est lui qui a besoin de notre appui et nous la lui donnons», dit-il.

Les deux hommes entendent néanmoins solliciter une rencontre avec le ministre pour essayer de faire avancer le dossier. «On veut lui démontrer notre intérêt par rapport à la compagnie et aussi lui signifier notre insatisfaction quant à la lenteur du dossier», soutient M. Soucy. Signe de l’intérêt de Zenabis auprès de la population restigouchoise, plus de 1200 personnes ont postulé pour un emploi.