Des routes transformées en piste de course

CARAQUET – On se serait cru dans une scène du film Rapides et dangereux, il y a quelques jours, à Caraquet.

Deux voitures bruyantes, possiblement modifiées, se suivent et filent à toute allure. C’est en fin de soirée, sur le boulevard Saint-Pierre Ouest, dans le secteur où la limite de vitesse passe de 50 à 70 km/h.

Il y a quelques semaines, la même scène se produit, cette fois à Bathurst. Trois jeunes font une course directement devant la maison du caporal Patrice Gauthier, chef d’équipe de l’unité de sécurité routière pour le nord-est de la province. Leurs amis ont filmé le tout.

«Ils pensent qu’ils sont dans des jeux vidéo comme Grand Theft Auto ou dans des films comme Rapides et dangereux», déplore le caporal Gauthier.

«Ça s’est toujours passé, ce genre de situation. C’est une minorité de jeunes, mais ça se fait. On rencontre ce problème-là assez souvent», ajoute-t-il.

Parfois, la réalité rattrape la fiction.

«Il y a cinq à six ans, il y a eu un accident fatal à Bathurst lors d’une course.»

Le chef d’équipe est à la tête d’une unité de six patrouilleurs à temps plein. Le groupe se concentre sur la conduite agressive (vitesse et courses), distraite et en état d’ébriété.

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Le problème des courses et de la haute vitesse – chez les adolescents et les jeunes adultes – est traité de la même façon que la conduite avec les facultés affaiblies et l’utilisation du cellulaire au volant.

«C’est trop commun comme problème dans le Nord-Est. On a zéro tolérance pour ça», indique le caporal Gauthier.

«C’est un problème très sérieux qui implique nos jeunes personnes. Les conséquences et les dangers sont aussi sérieux que la conduite en état d’ébriété.»

Patrice Gauthier précise qu’il y a des endroits légaux pour les amateurs de sensations fortes, comme des pistes de course ou des terrains privés.

Selon MADD Canada, les collisions de la route sont la principale cause de décès chez les jeunes Canadiens âgés de 15 à 25 ans. L’alcool est en cause dans 50 % des cas.

«Les amendes, ça ne ralentit pas tout le monde. La semaine dernière, les policiers ont arrêté un jeune homme sur la route 11, à Bathurst, qui roulait à 150 km/h. Il a dit aux policiers qu’il venait d’avoir un billet de vitesse. Et il en a reçu un autre un peu plus loin», raconte le chef d’équipe de l’unité de sécurité routière du Nord-Est.

Selon lui, les parents ont un énorme rôle à jouer dans la conduite automobile de leurs enfants.

«Il y a un manque de responsabilité des parents, qui doivent avoir les bonnes discussions avec leurs jeunes. L’éducation et les bons parents, ça aide.»

La prévention

Contrairement à l’opinion populaire, la GRC n’est pas seulement là pour faire de la répression. Elle consacre pratiquement autant d’efforts à la prévention.

Patrice Ferron est agent de programmes communautaires pour la GRC depuis cinq ans. Il travaille en amont, en prévention et en sensibilisation, dans 23 écoles du district Nord-Est.

«Si je peux en conscientiser 3 sur 200, ce sera trois victimes de moins, trois accidents de moins. Il faut investir dans la prévention. C’est très important», explique M. Ferron.

L’agent de programmes communautaires rencontre les jeunes quotidiennement. Son champ d’expertise est large et comprend la vitesse et la conduite dangereuse.

«Dans les cours de droit et de compétences essentielles, ou dans des programmes concernant la justice, les jeunes ont beaucoup de questions à propos de la Loi sur les véhicules à moteur. Ça tourne autour des autos, de la vitesse, des règlements, etc. Il faut aller à la base.»

Ferron souligne que la GRC est également présente dans les écoles de conduite.

«Quand les jeunes suivent leurs cours, il y a de la sensibilisation qui est faite. La GRC collabore et répond aux questions.»