Le nom d’Opportunités NB ne fait pas l’unanimité

FREDERICTON – Le nom de la nouvelle agence de développement économique du gouvernement libéral semble avoir donné du fil à retordre aux traducteurs de la fonction publique.

Avant même le déclenchement de la campagne électorale, le chef du Parti libéral avait promis en cas de victoire d’abolir Investir NB pour la remplacer par une nouvelle société d’État appelée «Opportunités NB».

«Opportunités NB sera en première ligne pour attirer des investissements et des emplois dans notre province», avait déclaré Brian Gallant, dans un communiqué de presse le 11 août.

Chose promise, chose due, le 30 octobre, le nouveau premier ministre s’est présenté devant les médias pour annoncer la création de la nouvelle agence, mais sous un autre nom. Dans le communiqué de presse accompagnant l’annonce, on parlait plutôt de «Possibilités NB».

«Possibilités NB est une nouvelle société d’État, indépendante du gouvernement, qui visera la création d’emplois dans les secteurs bien rémunérés et au potentiel de croissance élevé», peut-on lire dans le communiqué, qui se trouve toujours sur le site web de la province.

Les traducteurs du gouvernement s’étaient-ils finalement emparés du dossier? Il est permis de le croire puisque l’utilisation du mot «opportunité» au sens d’une «occasion d’affaires» est un anglicisme, selon un professeur en traduction de l’Université de Moncton.

«Une opportunité, en français, ce que ça veut dire, c’est quelque chose qui tombe bien», explique Alain Otis.

«Si l’on analyse carrément le choix en traduisant, Opportunities New Brunswick ne peut pas être Opportunités Nouveau-Brunswick. Ça, c’est sûr.»

Le spécialiste de l’histoire de la traduction au gouvernement du Canada ajoute que l’Agence de promotion économique du Canada atlantique (APÉCA) s’est butée au même problème dans les années 1980.

«On a fini par parler de promotion économique» plutôt que d’opportunités d’affaires, raconte-t-il. «Je pense que c’est ce qu’il faudra faire dans ce cas aussi.»

Dans le discours du Trône présenté le 3 décembre, le gouvernement a continué d’utiliser le nom «Possibilités NB». Une appellation qui n’est guère plus appropriée, affirme
M. Otis.

«C’est encore pire. On creuse encore plus creux dans la bêtise.»

Le dépôt du projet de loi créant la nouvelle agence a été le théâtre d’un nouveau rebondissement, jeudi. Lors de la conférence de presse du premier ministre, il a de nouveau été question d’«Opportunités NB».

«Opportunités Nouveau-Brunswick sera le véhicule de croissance économique le plus vif et le plus complet au Canada atlantique», a promis Brian Gallant, dans un communiqué.

«Opportunités NB» est également utilisé dans la version française du projet de loi déposé à l’Assemblée législative par le chef du Parti libéral.

Selon un porte-parole du premier ministre, «il a toujours été dans l’intention du gouvernement actuel, et précédemment de l’équipe libérale avant les élections, de nommer l’agence en question “Opportunités Nouveau-Brunswick”, en français.»

Shawn Berry souligne que plusieurs dictionnaires de renom ont choisi d’accepter le mot «opportunité» dans le sens d’«occasion d’affaires».

«Il n’y a donc pas d’unanimité sur cette question», dit-il.

La version électronique du discours du Trône a été modifiée sur le site web de l’Assemblée législative afin d’être fidèle au projet de loi.

«Nous avons convenu que pour le nom de la nouvelle agence, “Opportunités’’ était le meilleur choix comme titre en français, afin de désigner son rôle et lui donner une image dynamique.»

Au final, on ne peut disputer le choix d’un nom, mentionne Alain Otis.

«C’est un nom propre. On peut choisir le nom que l’on veut. Sur ce plan-là (le gouvernement) est quand même sûr de son coup. C’est un choix.»

Opportunités NB sera officiellement lancée le 1er avril 2015.