Messes de Noël: un véritable marathon pour les prêtres

CARAQUET – C’est à un marathon que se préparent les prêtres du diocèse de Bathurst qui vont, la veille et le jour de Noël, enchaîner les célébrations dans leurs différentes paroisses.

Avec seulement une dizaine de prêtres actifs à temps plein pour une cinquantaine de paroisses, l’organisation de ce temps fort de l’année liturgique représente tout un défi, reconnaît l’évêque de Bathurst, Mgr Daniel Jodoin.

«À cause du manque de prêtres, naturellement c’est un peu compliqué. C’est une célébration importante pour les chrétiens et on essaye de faire de notre mieux. Il a fallu se casser la tête dans plusieurs régions du diocèse pour être sûr qu’on puisse avoir une messe dans au moins chaque église.»

Cela sera le cas encore cette année, même si toutes les messes ne seront pas offertes le 24, certaines aussi le 25 au matin.

«Pour ce Noël, on a fait des miracles», assure l’évêque de Bathurst.

Un miracle rendu possible par le dévouement des prêtres permanents et de ceux à la retraite qui viennent prêter main-forte pour la célébration de cette fête religieuse.

«Ils sont d’une aide incroyable pour le diocèse, sans eux ça ne tournerait pas», rappelle Mgr Daniel Jodoin.

Ce sont aussi de jeunes prêtres comme le père Patrick McGraw et bien d’autres encore qui vont se dévouer à la foi au prix d’une course contre la montre sur les routes de la Péninsule acadienne.

«C’est un peu une soirée marathon», reconnaît le père McGraw qui officie dans les paroisses des îles acadiennes.

«J’ai quatre célébrations la veille de Noël et un confrère plus âgé va en faire deux autres dans mon unité pastorale. J’ai une messe toutes les deux heures jusqu’à minuit (…) Pour qu’on parvienne à survivre à cette soirée, c’est une heure maximum sinon on arrive en retard pour la deuxième célébration. C’est parfois très difficile d’aller d’une paroisse à l’autre. (…) Mes églises sont pleines à chaque célébration de Noël, la foule est là. Il n’y a pas de messe que je peux supprimer. C’est la messe la plus fréquentée de l’année.»

Le père Régent Landry qui officie dans plusieurs paroisses des régions de Caraquet et de Paquetville va offrir rien de moins que six messes au cours de ces deux journées. Sa première le 24, à 10 h 30, dans un foyer de soins de Paquetville, et la dernière le 25, à l’église Saint-Pierre-aux-Liens de Caraquet, pour une messe radiodiffusée sur les ondes de CJVA.

Seul le mauvais temps pourrait venir enrayer cette mécanique de précision dans laquelle les prêtres ont à coeur d’offrir la plus belle messe possible.

«Je ne suis pas sûr qu’il y aurait beaucoup d’artistes qui feraient ça, plaisante le père Patrick McGraw. Quatre spectacles l’un derrière l’autre avec différents publics. Chaque célébration est particulière et on s’adapte à la foule qui est devant nous. On ne peut pas s’adresser à tous de la même façon entre les célébrations où il y a beaucoup d’enfants à 18 h et celle de minuit où on voit les étudiants venir avec leurs parents et leurs grands-parents.»

Pour permettre à un plus grand nombre de paroissiens d’y assister, la traditionnelle messe de minuit porte parfois bien mal son nom. Dans certaines paroisses, elle se tiendra plusieurs heures avant la veillée de Noël ou encore le lendemain matin.

«La messe de minuit n’est plus vraiment à minuit, c’est vrai. Le monde et les habitudes changent. Les gens préfèrent qu’on fasse les messes plus tôt (…) Maintenant, on a des messes à partir de 16 h la veille de Noël ce qui permet aux prêtres d’en faire plusieurs dans la soirée», considère l’évêque de Bathurst qui se rappelle un temps pas si ancien où participer à la célébration de Noël était un privilège pour les paroissiens.

«Les gens sont choyés (…) Autrefois, quand il y avait la messe de minuit il y avait juste celle-là et c’est tout (…) Ce n’est pas tout le monde qui pouvait aller à la messe de minuit. C’était très couru. Il fallait réserver sa place, des familles achetaient des bancs entiers.»

BIENTÔT DES PAROISSES SANS PRÊTRE À NOËL?

Si l’organisation d’une messe de Noël dans chaque église encore cette année tient du miracle, il se peut fort bien que ce soit la dernière fois dans le diocèse de Bathurst.

«On va se donner l’année pour réfléchir à ce qu’on va pouvoir faire l’année prochaine. Je n’ai aucun nouveau prêtre qui s’annonce à court terme. J’ai des prêtres qui sont tombés malades, d’autres qui doivent se faire opérer, d’autres qui sont épuisés, je dois composer avec ça. Il faudra faire des choix», détaille l’évêque de Bathurst.

Il n’écarte pas l’hypothèse que la messe de Noël ne soit pas donnée dans toutes les paroisses.

«Par la force des choses, oui, confirme-t-il, même si ce n’est pas un choix qu’on désire. Mais, quand on regarde les effectifs et ceux qui vont prendre leur retraite cette année, chaque année, on a moins de prêtres. Le recrutement à l’extérieur, ce n’est pas encore pour demain.»

Un constat que partage le père McGraw.

«Cette année encore, on peut donner une messe partout, mais on commence à préparer les gens pour l’année prochaine. On ne sait pas si on pourra avoir une messe par église.»