Le maire de Fredericton propose d’abolir la dualité

FREDERICTON – Le maire de Fredericton a enflammé les médias sociaux, jeudi en fin de journée, en suggérant l’abolition de la dualité en santé et en éducation pour réduire les dépenses du gouvernement.

Il a suffi d’un micro-message de Brad Woodside pour mettre le feu aux poudres. Faisant référence à la révision stratégique des programmes du gouvernement Gallant, qui a comme objectif d’identifier des économies de jusqu’à 600 million $ par année, il a dit qu’il faut penser à abandonner la dualité.

«Je comprends le bilinguisme, mais la dualité n’a aucun sens. Cela devrait être sur la table, M. le premier ministre, alors que nous cherchons à économiser de l’argent. Vous l’avez demandé.»

C’est que le gouvernement a clairement indiqué que tout est sur la table, sauf la vente d’Énergie NB et les acquis constitutionnels des francophones en éducation et en santé.

Le maire d’Edmundston, Cyrille Simard, a rapidement répondu par un tweet. «Cher collègue, voulez-vous vraiment mettre la dualité en éducation sur la table?»

Ce à quoi Brad Woodside a rétorqué sans détour. «L’éducation et la santé, monsieur le maire», a-t-il lancé.

Il n’en a pas fallu davantage pour que plusieurs internautes anglophones et francophones se crêpent le chignon. D’un côté, certains ont allégué que la dualité en éducation et en santé est responsable de la piètre situation financière du Nouveau-Brunswick et qu’il s’agit de ségrégation.

De l’autre, des gens ont argumenté que la dualité est nécessaire à la survie de la communauté francophone et qu’il s’agit d’une richesse pour la province. Le maire d’Edmundston, Cyrille Simard, et le directeur-général de l’Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick, Frédérick Dion, ont été du nombre.

Frédérick Dion a par la suite fait part de sa déception face à cet énième débat sur la dualité dans la province. Il s’agit effectivement d’une question qui revient régulièrement au Nouveau-Brunswick. «Ce soir, je suis déçu de l’attitude rétrograde de plusieurs citoyens du NB. Je m’encourage en me disant qu’il ne s’agit pas de la », a-t-il tweeté.

Après plusieurs échanges musclés avec des internautes anglophones, Cyrille Simard a pour sa part exprimé, en anglais, son soulagement que «l’on vit dans un pays gouverné par le règne de la loi, pas par le règne de l’argent ou de l’ignorance.» (traduction libre)

En interview téléphonique avec l’Acadie Nouvelle, vendredi avant-midi, il s’est dit déçu par les commentaires de son collègue de la capitale provinciale.

«Venant du maire de Fredericton, c’est évidemment surprenant et décevant. Nous savons aujourd’hui qu’alimenter ce genre de débat c’est loin d’être constructif. Ça fait seulement ouvrir la porte à tous les hurluberlus extrémistes qui vont se servir de cette occasion-là, pas pour discuter du véritable enjeu, la situation financière de la province, mais plutôt prendre tous les prétextes pour parler d’autres choses. Ça, c’est déplorable. (…) Je ne voulais pas alimenter le feu, mais c’était trop gros pour ne pas intervenir.»

La maire de Dieppe, Yvon Lapierre, s’en est aussi mêlé. «Ignorance complète et regrettable. Ignorance du président de la Fédération canadienne des municipalités. J’espère que ça ne représente pas la position de la FCM», a-t-il gazouillé.

Brad Woodside est en effet président de la Fédération canadienne des municipalités, en plus d’être le maire de Fredericton.

Le maire de Dieppe est même allé jusqu’à menacer de boycotter une activité de la FCM si les commentaires de Brad Woodside ne sont pas rétractés par ce dernier et par la FCM. «Je m’attends à une rétraction de la FCM et du maire de Fredericton ou j’encouragerai un boycott de la conférence nationale en Alberta.»

Le chef du Parti vert et député de Fredericton-Sud, David Coon, a lui aussi réagi. «C’est un problème. La dualité, c’est une question d’égalité entre les deux communautés linguistiques. C’est une question de justice, ce n’est pas une question financière. C’est dans la constitution canadienne. Si on a seulement le bilinguisme, j’ai peur que pour les francophones ça soit le bilinguisme aujourd’hui et l’anglais demain.»

Selon lui, la plupart des gens de la capitale ne partagent l’avis de leur maire. «La dualité, ce n’est pas la duplication, c’est l’égalité et je vais dire la même chose au maire de Fredericton, M. Woodside. Ce n’est pas du tout l’avis de la majorité des gens à Fredericton», a-t-il dit en interview avec l’Acadie Nouvelle.

La Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick a réagi par voie de communiqué de presse. Elle s’est dite «choquée» par les commentaires de Brad Woodside.

Sa présidente, Jeanne d’Arc Gaudet, a dit qu’il faut rappeler à Brad Woodside que la dualité est un droit acquis dans la constitution canadienne et qu’«un droit n’est pas négociable».

« Remettre en question ces droits et acquis, c’est remettre en question le fondement même de notre pays et de nos deux communautés linguistiques officielles. M. Woodside, maire de la capitale provinciale, devrait plutôt profiter de son pouvoir afin de promouvoir les avantages du bilinguisme dans sa ville et dans la province. Il devrait comprendre que la dualité en éducation est un des moyens pour redresser les erreurs historiques et aussi pour permettre aux francophones de freiner l’assimilation et d’assurer la pérennité de la culture acadienne et francophone», a-t-elle dit.

Le maire Woodside tente de calmer le jeu 

Vendredi après-midi, Brad Woodside a publié un autre tweet sur la dualité, moins frondeur cette fois. «Je cherche un dialogue, une discussion et de l’information sur la dualité au Nouveau-Brunswick. Cela n’a rien à avoir avec la FCM», a-t-il dit.

Une sortie qui se voulait sans doute une tentative d’apaisement, puisqu’il était au coeur d’un tempête depuis plusieurs heures déjà. Des centaines de tweets et de commentaires ont été publiés depuis jeudi.

 

Plus de détails à venir.

-Avec la collaboration du journaliste Mathieu Roy-Comeau