Vieillir dans sa langue maternelle est souvent pénible

OTTAWA – Fraude, abus à l’endroit des aînés, lacunes au niveau des soins de santé. Vieillir en français, c’est tout un défi pour les aînés francophones en situation minoritaire au Canada. Le portrait change d’une province à l’autre mais quand on sait que l’on retourne à sa langue maternelle en vieillissant, la qualité des soins de santé en français prend tout son sens.

Huguette Young
Francopresse

En Saskatchewan, quand on a le «minimum du minimum» de services en français, on peut espérer mieux. C’est la mission de la Fédération des aînés fransaskois qui tente de convaincre le gouvernement de créer des centres de santé dans les villages et d’offrir une formation à ceux-ci, par le truchement de Skype, s’il le faut, pour parler du mélange nocif de médicaments.

Il y a un réseau de santé en français en Saskatchewan, certes, mais il y a beaucoup de services à créer et il faut convaincre, rappelle la présidente de la fédération, Annette Labelle. On sait que l’on part de loin lorsqu’on appelle une ligne de services de soins de santé gouvernementale en français en Saskatchewan, et que c’est au Manitoba qu’on vous répond. Souvent, les aînés francophones sont laissés à eux-mêmes et il faut constamment innover et faire preuve de patience…

Les francophones du petit village de 563 âmes de Ponteix, dans le sud-ouest de la Saskatchewan, à plus de 80 km de Swift Current, en ont pris bonne note. Il n’y a pas de médecin francophone à Ponteix, rappelle Mme Labelle, et on peine à avoir une conversation médicale en français avec une infirmière.

Entraide

Mais il y a depuis quelque temps une pharmacie dans le village et bien qu’on n’y livre aucun service en français, au moins les médicaments sont à portée. Pour aider les malades, les membres de la fédération ont créé une chaîne téléphonique où on essaye d’expliquer les directives du pharmacien en français. Quand l’ambulance n’est pas disponible ou qu’un aîné francophone ne peut se le payer, c’est un francophone qui transporte le malade à l’hôpital à Swift Current.

On a aussi convaincu un entrepreneur de créer un genre de taxi francophone pour permettre aux aînés de se rendre à leurs rendez-vous chez le médecin ou le dentiste, service qui en a pris un coup puisqu’il n’est pas rentable.

Côté positif, Mme Labelle parle des cuisines collectives et des jardins collectifs en français qui sont offerts au centre culturel Royer du village. Il y a même un « club de la mort » où les aînés peuvent discuter de tracasseries administratives ou de leurs états d’âme face à la mort.

Mobilisation

Dans les plus gros centres, la situation se présente différemment. À Edmonton, le Centre de santé Saint-Thomas est un exemple de mobilisation de la communauté francophone. Mais quand ce seul centre de services bilingues tombe à l’eau et que sa gestion est reprise par la province, les francophones, qui y ont fait don de 2 millions $, ont le sentiment d’être trahis car ils n’ont pas un accès prioritaire lorsque des places se libèrent. La province ne retient pas la langue comme critère de sélection.

Au Nouveau-Brunswick où les francophones représentent environ le tiers de la population, les services de santé sont beaucoup plus étendus. Mais rien ne garantit une place dans un foyer de soins en français ou la visite d’une infirmière francophone à domicile car ces services qui relèvent du secteur privé, ne sont pas assujettis à la Loi 88 reconnaissant l’égalité des deux communautés linguistiques, signale le directeur général de l’Association francophone des aînés du Nouveau-Brunswick, Jean-Luc Bélanger.

De façon générale, la fraude et la pauvreté chez les aînés francophones inquiète grandement la Fédération des aînées et des aînés francophones du Canada. Les gens sont de plus en plus endettés et n’ont aucun plan de retraite, précise le directeur général, Jean-Luc Racine. Selon lui, il aurait fallu augmenter le Supplément de revenu garanti de 100 $ par mois au lieu de 50 $. C’est tout de même un pas dans la bonne direction, croit-il. «On a de bonnes discussions avec le gouvernement.»