Des pesticides utilisés au N.-B. classés «cancérigènes probables» par l’OMS

MONCTON – Le Conseil de conservation du Nouveau-Brunswick demande au gouvernement provincial d’interdire l’herbicide «glyphosate». L’ingrédient actif des produits Roundup et Vision a été classé «cancérigène probable» par une agence de l’Organisation mondiale de la santé.

Un groupe de travail du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), tire la sonnette d’alarme par rapport au glyphosate.

L’ingrédient actif de l’herbicide Vision est utilisé en grande quantité au Nouveau-Brunswick depuis les années 1970, selon le Conseil de conservation du Canada. Le gouvernement avait alors permis aux entreprises de pâtes et de papiers de «couper à blanc la forêt naturelle et de la remplacer par des plantations.»

«Près de 13 000 hectares de la forêt de la Couronne de la province en sont arrosés chaque année. L’épandage par des hélicoptères sur près de 35 % des terres à bois d’oeuvre coupé au cours de l’année est fait pendant environ 40 jours aux mois d’août et septembre», affirme dans un communiqué le conseil.

Des militants environnementalistes néo-brunswickois n’ont pas été surpris d’apprendre que le glyphosate pourrait causer le cancer. Ils comparent les efforts pour sensibiliser la population aux risques associés aux herbicides à la lutte antitabac des années passées.

«C’est un procédé qui est long. Quand on disait que la cigarette causait le cancer, on le savait tous, mais on ne voulait pas prendre de position officielle. Combien de scientifiques que ç’a pris pour dire que ça causait le cancer avant qu’on réagisse? Ç’a trainé une vingtaine d’années», a dit Charles Thériault, cinéaste engagé envers les forêts du Nouveau-Brunswick.

«Ce que tu dis là, je savais ça 15 ans passés. J’ai plusieurs papiers qui dit que ce qu’ils utilisent pour arroser peut causer le cancer», a avancé Léo Goguen, un militant qui a pris part à des manifestations contre les herbicides dans le comté de Kent, l’an dernier.

MM. Goguen et Thériault s’en prennent au géant de l’herbicide, Monsanto. La compagnie américaine, dont le siège social est à Saint Louis, dans l’État du Missouri, vend des produits contenant le glyphosate, dont Vision et Roundup, à travers le monde.

«Quand on parle d’une grosse compagnie comme Monsanto, qui a une portée mondiale, puis que tu lui dis qu’il doit ôter son produit du marché… ça ne se fait pas du jour au lendemain», a dit M. Thériault.

En 2001, le Québec a interdit l’utilisation du glyphosate, préférant avoir recours à des équipes de débroussaillage. Plus récemment, la Nouvelle-Écosse a mis fin à son programme de financement de l’épandage d’herbicides.

Pour sa part, le Nouveau-Brunswick investit chaque année jusqu’à 1000 $ par hectare pour arroser quelque 13 000 hectares des forêts de la Couronne, selon le Conseil de conservation du N.-B.

Le rapport du CIRC, préparé par 17 experts provenant de 11 pays, a été publié en ligne dans la revue scientifique The Lancet Oncology, le 20 mars. Le groupe a également classé comme cancérigène probable deux insecticides, le diazinon et le malathion.

Le court document affirme que des traces de glyphosate ont été trouvées dans le sang et dans l’urine de travailleurs exposés à l’herbicide. Il ajoute que le glyphosate est l’herbicide le plus utilisé au monde. On le retrouve dans plus de 750 produits des domaines de l’agriculture et de la foresterie, ainsi que des produits d’usage urbain et domestique.

L’Acadie Nouvelle a tenté d’obtenir des réactions de Fredericton, mais nous n’avons pas obtenu de réponse avant l’heure de tombée. Une porte-parole a expliqué que les experts du domaine du gouvernement n’étaient pas disponibles pour la journée.

Sur le site Internet du ministère des Ressources naturelles, on affirme que «l’Organisation mondiale de la santé affirme que ces herbicides peuvent être utilisés sans risque en forêt, sans (sic) menacer les personnes, les animaux ou l’environnement.»

Cela ne serait vraisemblablement plus le cas.

Les administrateurs de Monsanto «outrés»

SAINT-LOUIS – La compagnie américaine Mosanto, producteur de l’herbicide Roundup, a publié deux communiqués de presse, un vendredi et l’autre lundi, pour dénoncer la conclusion du Centre international de recherche sur le cancer, qui a classé un ingrédient du produit comme «cancérigène probable».

Monsanto nie catégoriquement toute allégation voulant que son produit pose des risques à la santé humaine. La compagnie affirme que la conclusion du Centre international de la recherche sur le cancer n’est pas fondée scientifiquement et qu’elle contredit des «douzaines» d’études qui soutiennent que le glyphosate (l’ingrédient) est sécuritaire pour les humains.

«Cette conclusion contredit des décennies de révisions de sécurité compréhensives par les meneurs en réglementation à travers le monde qui ont tous conclu que l’utilisation prescrite du glyphosate est sécuritaire pour la santé des humains. Ce résultat a été atteint avec sélection de données biaisée», a dit Dr Robb Fraley, directeur de la technologie chez Monsanto.