Les paroissiens de Shippagan sous le choc

SHIPPAGAN – Un forcené a lourdement endommagé l’église St-Jérome de Shippagan, mercredi soir, alors que les paroissiens s’apprêtaient à célébrer Pâques. Appréhendé sans opposer de résistance sur les lieux du grabuge, Jocelyn Mallet a été formellement accusé jeudi.

Âgé de 26 ans, le résidant de Shippagan a comparu en Cour provinciale de Caraquet jeudi midi pour faire face à une accusation de méfait de plus de 5000 $. Il n’a pas résisté à son arrestation.

La veille, Jocelyn Mallet a foncé dans l’église et saccagé l’intérieur avec son véhicule. Celui-ci subira une évaluation psychiatrique de 30 jours, suite à ses gestes lourds de conséquences. Sa prochaine audience est fixée le 4 mai.

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Son acte serait prémédité et il aurait été sous l’effet de substances illicites, selon l’évêque de Bathurst, Mgr Daniel Jodoin, qui s’est rendu à Shippagan au lendemain de l’incident.

«Le jeune homme, sous l’effet de la drogue, est rentré vers 23 h, minuit, par les grandes portes de l’église avec son auto. Il s’y est pris par trois fois. Ce n’était donc pas un accident, c’était très volontaire.»

À l’intérieur, il a fait des ravages, en allant jusqu’au coeur de l’église. Il a reculé avec son auto et a frappé l’orgue qui est tombé. L’orgue, d’une valeur de près de 500 000 $, a été détruit. Il avait été réalisé par le facteur Guilbault-Thérien, de Saint-Hyacinthe au Québec. C’est une église qui renferme beaucoup d’objets précieux.

«Les banc, très récents, sont saccagés. Toute la façade, l’entrée, a été endommagée. Une poutre est tombée. Il a fait tous les dégâts qu’il a pu jusqu’à ce que la voiture s’enraye», a relaté Mgr Jodoin.

L’évêque de Bathurst compare Jocelyn Mallet au pilote allemand de l’A320 qui aurait sciemment précipité l’avion de 149 passagers et coéquipiers sur les Alpes françaises dernièrement.

«Le système d’alarme s’est déclenché, donc les responsables et les pompiers sont arrivés et ils l’ont trouvé dans la voiture. Il n’avait pas bougé. On m’a dit que c’est un homme qui a de la difficulté depuis sa jeunesse. Beaucoup de souffrance intérieure. Une chance qu’il n’y avait personne à ce moment-là», a-t-il souligné.

Nombreux étaient les badauds à faire du va-et-vient devant l’église, jeudi, pour constater les dégâts. Ils oscillaient entre stupéfaction et consternation.

«Je fais partie de la chorale paroissiale et j’ai eu un choc. Une cérémonie était prévue Vendredi saint et samedi soir, il devait y avoir le Feu nouveau. Les dommages sont considérables. Il faut que ce soit quelqu’un de dérangé pour faire une telle folie», a indiqué Grégoire Robichaud, un paroissien.

Une autre paroissienne de Shippagan se dit qu’elle l’a peut-être échappé belle, puisque si les événements s’étaient produits un peu plus tôt, ça aurait pu être encore plus tragique.

«J’étais ici hier soir (mercredi) pour la célébration du pardon. Je me suis dit ce matin que ça aurait pu arriver à ce moment-là. C’est incroyable que des gens puissent faire ça. C’est triste et terrible, surtout la Semaine sainte», a confié Bernice Arseneau, les larmes aux yeux.

Le curé de la paroisse, Claude Pinet, était trop secoué par les événements pour parler publiquement de la situation.

Les églises voisines et les Chevaliers de Colomb vont accueillir les fidèles de Saint-Jérôme au cours des prochaines semaines.

«Les offices de la Semaine sainte vont avoir lieu dans les églises avoisinantes, à Le Goulet et Pokemouke. Et à partir de la semaine prochaine, les messes dominicales auront lieu à la salle des Chevaliers de Colomb», a signifié Mgr Daniel Jodoin.

Des planches de contreplaqué ont été apposées à l’endroit où se trouvaient les portes de l’église.

«Un geste incompréhensible»

Le président du conseil de gestion de la paroisse, Jean-Gérard Chiasson, est consterné par la destruction. «C’est un geste incompréhensible», dit-il.

Jean-Gérard Chiasson explique qu’après avoir vu les dégâts, il doute qu’il s’agisse d’une simple perte de contrôle du véhicule.

Il explique que la nouvelle est un dur coup pour les paroissiens, d’autant plus que les célébrations de Pâques approchent à grands pas.

«J’ai remarqué la réaction des gens et bien entendu de notre curé. Il était vraiment triste ce matin, même qu’à un moment donné il n’avait presque pas envie de venir voir ça. Là, il est venu faire une visite tantôt et vraiment, il était accablé, vraiment accablé. Puis, chez les paroissiens qui sont venus, les larmes venaient facilement.»

Jean-Gérard Chiasson estime que les dommages «frisent le million» et que l’église sera fermée pendant plusieurs semaines. Il dit que la paroisse détenait une police d’assurance, ce qui le rassure quant à l’avenir de l’église de Shippagan.

La maire de Shippagan, Anita Savoie-Robichaud, est au moins rassurée qu’on ne déplore pas de blessés, mais si c’est un dur coup pour la communauté religieuse.

«C’est  sûr que ça va affecter tout ce qui est religieux. C’est quand même la semaine de Pâques. Puis c’est une semaine de célébrations, tout ça. C’est sûr qu’on est contents que personne n’a été blessé. L’église aurait pu être pleine. Il y avait quelqu’un dans la soirée. C’était la célébration du pardon. Mais il n’y avait personne dans l’église quand ça  s’est passé. Au moins, c’est la seule petite consolation qu’on a. Les gens sont désolés, puis attristés de voir l’état de l’église ce matin. Ça, c’est une très belle église»

– Avec la collaboration du journaliste Pascal Raiche-Nogue.