Église de Shippagan: les paroissiens ont tout de même célébré Pâques

SHIPPAGAN – Malgré le saccage de l’église Saint-Jérôme, les paroissiens de Shippagan ont commémoré Pâques dimanche. Ils se sont réunis à Le Goulet. Bon nombre d’entre eux ont tenu à saluer leur prêtre, Claude Pinet, qui nous a accordé quelques confidences.

C’est dans une église comble à Le Goulet que Claude Pinet, le curé de la paroisse de Shippagan, a présidé la messe de Pâques dimanche matin. Face à lui, les fidèles de Le Goulet et aussi ceux de Shippagan qui en début de semaine dernière étaient bien loin d’imaginer qu’ils se retrouveraient en ces lieux pour célébrer la renaissance du Christ.

L’acte de vandalisme qui a endommagé l’église Saint-Jérôme a tristement contrarié leurs plans. Dans son allocution, le prêtre toujours sous le coup de l’émotion a préféré ne pas en faire mention. «C’était trop dur», commentait-il dimanche après-midi, visiblement encore affecté.

Quatre jours après les événements de mercredi soir, Claude Pinet ne comprend pas le geste de l’automobiliste qui au volant de son véhicule a défoncé les portes de l’entrée principale et saccagé l’intérieur du lieu de culte, renversant au passage l’orgue.

À leur arrivée, les forces de l’ordre ont interpellé Jocelyn Mallet. Le jeune homme a été formellement accusé jeudi lors de sa comparution devant la Cour provinciale de Caraquet.

«C’est maintenant une question de temps, mais le mal est fait», confie le prêtre.

Loin de céder au fatalisme, il promet des jours meilleurs. «L’église ressuscitera!» Il en est certain. L’église de Shippagan est désormais interdite. Les portes en bois ont été remplacées par une planche de contreplaqué. À l’intérieur, le même désordre règne.

«Les assurances nous ont demandé de laisser ça en état», révèle Claude Pinet. Un expert s’est rendu sur place au lendemain du drame. D’autres représentants de la compagnie doivent venir dans les prochains jours pour évaluer l’étendue des dégâts.

Sur le sol, l’orgue explosé en morceaux repose encore. Des ouvriers de l’entreprise de Saint-Hyacinthe au Québec qui l’avait conçu sont censés le récupérer cette semaine et voir s’ils peuvent le réparer. Quoi qu’il en soit, l’opération risque de s’avérer coûteuse. La valeur de cet instrument est estimée à 500 000 $.

«Tant qu’il y a l’orgue par terre, on ne peut rien faire», annonce l’homme d’Église.

Une fois les débris retirés, il sera possible d’envisager une remise en état sommaire pour y accueillir à nouveau les paroissiens. En attendant, tous les offices religieux habituellement célébrés en l’église de Saint-Jérôme sont transférés à l’église de Le Goulet.

«Nous avions pensé les donner dans la salle des Chevaliers de Colomb. Finalement, nous y avons renoncé. Le Goulet, c’est à côté et tout est déjà installé.»

Dimanche matin au sortir de la messe, le prêtre a reçu beaucoup de messages de soutien. «C’est peut-être le bon côté de ce malheur. Il nous rassemble.» Ce qui s’est passé mercredi soir a profondément marqué la communauté de Shippagan, au-delà des convictions religieuses.

«Je ne suis pas nécessairement croyante, et je dois dire que ça me fait quelque chose. Je pense à la famille de ce jeune homme. Il est connu pour avoir des problèmes. Il a voulu adresser un message. Quel qu’il soit, il n’en reste pas moins que ce qu’il a fait, c’est un manque de respect», considère une résidente de Shippagan.