Le temps sera bientôt au jardinage

CARAQUET – Les serres de la Péninsule acadienne sortent peu à peu de leur état d’hibernation. Même si la neige fait toujours de la résistance devant leurs portes, les pépiniéristes préparent la saison prochaine. Exemple à Bertrand et à Lamèque.

Dans sa serre en retrait du boulevard des Acadiens à Bertrand, Ginette Léger prête une attention particulière à ses plants de tomates cascade. L’intérieur est quasiment vide, mais la propriétaire assure qu’à la fin mai, entre les boutures de fleurs et les plants de légumes mis en vente, il n’y aura plus d’espace de libre.

À l’entrée, une pancarte retient l’attention du visiteur: «Le meilleur homme à l’ouvrage est une femme». Elle illustre ce que l’ancienne comédienne s’est efforcée d’accomplir pendant un quart de siècle: ne jamais rechigner devant l’effort. Une simple formalité pour elle qui fait ce qu’elle aime.

Comme à son habitude, elle a commencé ses premières semences début mars, respectant la routine qu’elle s’impose depuis des décennies. Cette semaine, elle se concentrera sur ses boutures. L’hiver rigoureux qui n’a pas épargné la Péninsule, mais qui semble se retirer n’a pas compromis son emploi du temps. Il fait au contraire ses affaires.

«Plus le temps est mauvais, plus les gens sont tannés et ont hâte de cultiver leur jardin», glisse-t-elle.

Elle sait donc que cette fois encore elle écoulera toute ses variétés de légumes et de fleurs qui se comptent par dizaines. En 25 ans, Ginette Léger s’est construit une solide réputation. Ses clients lui sont fidèles. Dès sa première saison, elle a misé sur des produits de qualité et cultivés de manière naturelle.

«J’utilise des engrais c’est vrai, mais aucun pesticide ni métaux lourds. Jamais! Pour contrôler la croissance, je gère avec la température et l’arrosage, et je surveille la météo.»

Ginette Léger, propriétaire des serres Les Quatre Saisons à Bertrand, se prépare à vendre ses plants de légumes et ses boutures de fleurs. - Acadie Nouvelle
Ginette Léger, propriétaire des serres Les Quatre Saisons à Bertrand, se prépare à vendre ses plants de légumes et ses boutures de fleurs. – Acadie Nouvelle

Aux quantités et infrastructures industrielles, elle préfère offrir une petite production artisanale. Qu’on ne s’y trompe pas, l’habitante de Bertrand prend cette activité qui l’occupe jusqu’à la mi-juin très au sérieux. Elle lui apporte son salaire de la moitié de l’année. «Ici, c’est pas grand mais c’est payant!»

À 64 ans, elle ne pense pas arrêter. Tout au plus ralentira-t-elle le rythme si nécessaire.

À près de 60 kilomètres de là, les serres Chez Eugène sont un des centres de jardin les plus importants de la Péninsule. De façon moins intimiste que Ginette Léger, Eugène Chiasson et sa femme France Bérubé, les propriétaires, ont transformé leur entreprise en véritable institution. Et cela fait 33 ans que ça dure.

Le couple accueille le beau temps de ces derniers jours avec le sourire. Il leur permet d’espérer commencer ses ventes de la saison début mai, soit deux semaines plus tard que la normale. France et Eugène savent que ce retard ne se reportera pas sur celles de mai ou de juin. Que peuvent-ils contre les caprices de dame nature?

Dans la serre de production déjà bien remplie de pots et de barquettes, les employés s’affairent à la confection des jardinières suspendues destinées aux particuliers.

«Celles pour les villes sont déjà prêtes. On a des contrats avec Lamèque et Shippagan», renseigne le maître des lieux.

L’ambiance est tranquille. D’ici quinze jours, elle sera plus agitée. L’effectif de six salariés va doubler. Il faut au moins ça pour assurer la production des plants de légumes et des boutures de fleurs, mais aussi de paniers de légumes frais — «Mon objectif est de pouvoir proposer des concombres début juillet; dans six semaines, les tomates seront mûres.» Sans parler de la culture d’arbustes.

«Cette année encore, on va proposer des nouveautés», annonce France Bérubé.

L’initiative porte ses fruits.

«J’ose dire que nous avons presque toujours été copiés. Ce que vous trouvez pour la première fois chez nous, vous le retrouverez partout ailleurs l’année suivante», n’est pas peu fier de déclarer son mari.

Les époux ont plus que jamais à cœur de répondre aux attentes de leur clientèle. «On s’adapte selon les générations. Les plus jeunes recherchent du tout fait, du tout prêt. Ils veulent profiter de leur jardin, mais pas question d’y consacrer tout leur temps libre. Ils sont tournés vers les loisirs», constate Eugène Chiasson.

Tout comme Ginette Léger, lui et son équipe font attention à leur mode de production. «C’est important de préserver notre environnement. Nous voulons que nos clients soient en bonne santé le plus longtemps possible pour qu’ils continuent à venir acheter chez nous. Nous-mêmes, nous nous nourrissons de nos légumes. Nous ne tenons pas à nous empoisonner.»

L’activité dans les serres de la Péninsule est à l’image de ce printemps. Ils ne sont pas encore totalement installés, mais les signes annonciateurs se multiplient.

Deux parcours, une même passion

Aux serres Chez Eugène à Laméque, le propriétaire Eugène Chiasson se prépare à connaître une nouvelle saison bien remplie. Il est ici au milieu des plants de tomates. - Acadie Nouvelle
Aux serres Chez Eugène à Laméque, le propriétaire Eugène Chiasson se prépare à connaître une nouvelle saison bien remplie. Il est ici au milieu des plants de tomates. – Acadie Nouvelle

CARAQUET – Ginette Léger et Eugène Chiasson sont tous les deux pépiniéristes. Elle travaille à Bertrand, lui à Lamèque. Si la première s’applique à maintenir son activité à petite échelle, le second a développé au fil des ans une institution. Ils partagent la même passion pour la culture des plantes et des légumes.

Rien ne les prédestinait dans ce domaine. Pendant des décennies, Ginette Léger a été comédienne au Théâtre populaire d’Acadie. À cette époque, semer des graines et les faire pousser n’était qu’un passe-temps. «J’ai eu envie de changement.»

Il y a 25 ans, elle a repris ses études à Bathurst en technologies de l’environnement, spécialité botanique. Ce fut la révélation. Son diplôme en poche, elle s’est lancée.

«Ma première serre, nous l’avons construite seuls avec mon mari. Nous avons toujours tout fait par nous-mêmes.»

Quand Eugène Chiasson était petit, il voulait devenir fermier. «C’était mon rêve de gosse», confie-t-il avec un large sourire. Son projet de fin d’études sur la production de tomates l’a conforté dans cette voie.

«Ce n’était finalement pas viable. J’avais beaucoup trop de pertes.» Sans regret, il s’est réorienté vers la production de plants et de boutures.

Les années passent. En dépit du poids des ans, nos deux pépiniéristes conservent leur passion intacte.