Agressions sexuelles chez les hommes: «un sentiment de honte et de culpabilité»

SHEDIAC – Les victimes d’agressions sexuelles ne sont pas que des femmes. Au Nouveau-Brunswick, ils sont entre 62 000 et 94 000 à avoir survécu à la violence sexuelle en 2013, et entre 2,93 et 4,39 millions à l’échelle du pays

Des chiffres, dont la portée, pourraient en surprendre plusieurs. Ils sont pourtant sous représentés en raison de la stigmatisation qui entoure la dénonciation de l’agression, aux dires du docteur Howard Fradkin, coprésident de la MaleSurvivor Weekends of Recovery..

«On parle beaucoup des femmes, mais la conversation fait un peu d’ombrage aux hommes qui souffrent aussi. Même si l’agression sexuelle touche les deux sexes, les conséquences et l’acceptation de celle-ci au niveau social diffèrent selon le genre de la victime.»

Le psychologue américain de renom était de passage à Shediac lundi pour s’adresser aux intervenants de première ligne dans le cadre d’une conférence organisée par le Centre de ressources et de crises familiales Beauséjour.

Il explique que le sentiment de culpabilité qui habite toute victime d’une agression sexuelle s’en retrouve décuplé chez l’homme lorsque vient le moment pour lui d’aller chercher de l’aide. Ils sont perçus en société comme étant des êtres virils et en contrôle sexuellement, c’est pourquoi ils vont plutôt chercher à se replier sur eux-mêmes.

«Ils veulent éviter de montrer leur vulnérabilité parce qu’ils sont conditionnés à cacher leur douleur par leurs pairs.»

Le Dr Fradkin souligne également certains mythes, comme quoi seuls les hommes peuvent commettre un viol, et qu’un homme adulte ne peut être violé par une femme. Ces idées préconçues, bien ancrées dans le tissu social et dans la croyance populaire, ne servent qu’à perpétrer le malaise entourant le viol chez l’homme, selon lui.

«Vous vous retrouvez dans une situation où vous devez avoir une relation sexuelle avec une femme parce qu’elle est votre patronne au risque de perdre votre emploi. Allez-vous oser porter plainte à la police, à d’autres hommes? Imaginez le sentiment de honte et de culpabilité que vous allez ressentir.»

Selon le psychologue, ces conditions rendent plus difficile la guérison chez l’homme, alors que ce dernier a tendance à nier ou même à minimiser l’incident, et que sa responsabilité dans sa victimisation est parfois examinée plus attentivement que chez la femme.

C’est en ayant des discussions ouvertes et honnêtes avec les enfants que les tabous finiront un jour par tomber, estime Kristal Leblanc, directrice générale du Centre de ressources et de crises familiales Beauséjour.

«Beaucoup de gens pensent que les enfants sont trop jeunes pour discuter d’un tel sujet, mais ils sont beaucoup plus matures qu’on peut parfois le penser. Il faut simplement faire attention à la manière qu’on leur en parle pour éviter de leur transmettre un sentiment de malaise quant à la sexualité.»

Elle invite les parents à entamer la discussion avec leur enfant pour leur faire comprendre les nuances de telles gestes pour les aider à les prévenir, ou à mieux guérir.

La conférence a été organisée dans le but de souligner la Semaine nationale de sensibilisation aux victimes d’actes criminels, du 19 au 25 avril.

Au moins 1 garçon sur 6 a subi une forme de violence sexuelle manifeste avant l’âge de 16 ans, alors qu’un homme sur 4 a subi une forme de violence sexuelle au cours de sa vie.

Statistiques en bref

  • Un homme sur 10 rapporte avoir subi un acte de violence sexuelle inapproprié avant l’âge de 16 ans
  • Une victime de viol sur 8 est de sexe masculin.
  • Près de 3 % des hommes ont été victimes d’un attentat de viol ou d’un viol au cours de leur vie.
  • La majorité des militaires victimes de violence sexuelle sont des hommes, alors qu’il est estimé que seul 1 cas sur 10 est rapporté.

*Données de jimhopper.com/male-ab, Fradkin/MacDonell 2015