Arthur Richard: pompier dans l’âme

DIEPPE – Fidèle au poste depuis 1974, le capitaine Arthur Richard tire sa révérence, il met fin à une longue carrière au sein du Service d’incendie de Dieppe. Rencontre avec un travailleur infatigable.

Sa casquette DFD (Dieppe Fire Department) fièrement posée sur la tête, «Art» comme on le surnomme ici, fait défiler les années passées à la caserne. Engagé pompier volontaire en 1974, il aura voué son existence à la passion d’une vie. À l’heure du départ à la retraite, les souvenirs heureux comme les moments douloureux refont surface.

«Quand tu retrouves quatre personnes mortes, prises par le feu, c’est de quoi qui te marque. Ça ne s’oublie pas.» Quelques regrets ne se dissiperont jamais. «Dans un feu, ce sont les quatre à cinq premières minutes qui comptent. Des fois on se dit qu’on aurait pu faire mieux si on avait trouvé l’escalier tout de suite dans la fumée.»

Le visage d’Arthur s’éclaire lorsqu’il évoque le réconfort apporté par son équipe, sa «deuxième famille», confie-t-il. «On travaille tous ensemble pendant 24 heures, ça crée des liens. Il faut pouvoir faire confiance à celui qui est en arrière de toi quand tu entres dans une maison en flamme.» Chez lui sont d’ailleurs conservées toutes les coupures de journaux traitant de ces interventions à risque.

Le pompier vétéran se souvient encore de l’époque où on luttait contre les incendies avec des moyens rudimentaires. «Nos bottes remontaient jusqu’aux hanches, les bouteilles d’air pesaient 50 livres», s’amuse-t-il en désignant le matériel désormais exposé en vitrine. Dans ses débuts au sein de l’association des pompiers volontaires, il a participé à de nombreuses collectes de fonds, permettant au service d’acquérir un nouveau véhicule de secours. «Dans ce temps-là la Ville n’avait pas autant d’argent.»

En 1984, Art est finalement embauché à plein-temps, il n’a rien oublié de «ce jour heureux». Pour lui, devenir pompier professionnel était la suite logique d’une vocation profonde. «Tu travailles pour la société. Il faut pouvoir donner de ton temps et avoir ça en toi.» Ses plus grandes récompenses: les cartes de remerciements envoyées par les personnes qu’il a secourues. «Là tu sais que t’as accompli quelque chose.»

Pour son dernier jour, jeudi denier, l’équipe lui a remis une casquette de pompier à son nom avant de le ramener chez lui à bord du plus grand véhicule de la caserne. Son fils, sa fille et ses cinq petits-enfants l’attentaient. Charles LeBlanc, chef pompier du service depuis 10 ans, gardera en mémoire Arthur comme un «travailleur qui mettait du cœur à l’ouvrage». «Son expérience sera difficile à remplacer», ajoute-t-il.

Une chose est certaine, le nouveau retraité ne raccrochera jamais ses patins pour de bon. «Je vais continuer à visiter mes collègues pour sûr! Je reviendrai s’il y a de quoi que je peux faire pour aider.» Son sourire à la vue des véhicules rouge vif n’est pas prêt de disparaître.

La carrière d’Arthur Richard

1974: Arthur s’engage comme pompier volontaire

1985: Le service l’engage en tant que professionnel

1989: Il obtient le grade de lieutenant

2010: Arthur Richard devient capitaine

2012: La Ville de Dieppe lui remet la médaille du jubilé de la Reine