Enseigner le français en milieu minoritaire: toujours un défi

MONCTON – Les professionnels de l’éducation se sont réunis pour réfléchir aux enjeux de l’enseignement du français dans le sud du Nouveau-Brunswick, samedi à l’école Le Sommet de Moncton. L’apprentissage de la langue française dans une région dominée par l’anglais reste un défi majeur pour le personnel éducatif.

Le sujet a animé les échanges tout au long de la journée organisée par le District scolaire francophone Sud et le Centre de recherche en linguistique appliquée (CRLA) de l’Université de Moncton. Des élèves francophones dans des villes anglophones ont pu partager leur expérience.

«C’est dur de garder sa francophonie par chez nous, on n’est pas habitués à faire des événements en français», raconte Natasha Bain, étudiante de l’école Sainte-Anne à Fredericton.

Chloé Richard, en 11e année à l’école Samuel-de-Champlain de Saint-Jean, témoigne de ses difficultés. «Certains ont tendance à parler anglais à l’extérieur (de l’école) parce qu’ils sont plus confortables.» Selon Natasha Bain, les enseignants ne doivent cependant pas pour autant forcer leurs élèves à parler français en toute situation, pour qu’ils gardent un rapport positif au français.

«Il ne faut pas démotiver la langue anglaise à la place de promouvoir le français. Il faut plutôt dire que c’est un cadeau qu’on se fait à nous-mêmes d’être bilingue, que c’est une chance d’avoir les deux.»

Annette Boudreau, coprésidente du CRLA, estime que le sentiment d’insécurité linguistique est souvent présent chez les jeunes du Sud-Est.

«Dans mes cours j’ai constaté qu’ils prenaient moins la parole par peur de mal parler.»

Elle affirme que l’accent, l’usage du chiac et de régionalismes peuvent devenir une barrière dans certaines situations.

«Il faut savoir parler différents registres de langue. À l’école il faut pouvoir apprendre à utiliser un langage différent de celui utilisé à la maison.»

Christine Clercy, orthophoniste responsable de la francisation périscolaire, a donné ses conseils aux parents bilingues. Elle préconise que les enfants soient exposés au moins quatre heures par jour à la langue pour l’assimiler correctement.

«On m’a souvent dit que si l’enfant a du mal en français à un très jeune âge, il vaut mieux le basculer dans une école anglophone! Tout petit apprendre deux langues n’est pas plus difficile que d’en apprendre une, ça ne cause pas de retard.»

Valoriser la richesse du français acadien

Un autre débat a été lancé par Karine Gauvin, professeure de linguistique à l’Université de Moncton. Elle propose d’établir collectivement ce que serait le français acadien standard, qui reconnaîtrait des expressions propres aux Acadiens. Quels mots spécifiques à l’Acadie peuvent être acceptés dans une salle de classe?

«On n’a pas déterminé la norme du « bien-parlé » comme au Québec ou en France. On a le droit en tant que peuple de se reconnaître un langue légitime.»

Yves Doucet, enseignant à Dieppe, a présenté l’outil de formation en ligne Pédagogie à l’école de langue française (PELF), conçu pour appuyer la construction identitaire en milieu francophone minoritaire. D’après lui, la variété des accents acadiens est une richesse, il faut sensibiliser à cette diversité pour qu’elle soit plus acceptée.

Les participants ont également consulté les grandes lignes de la Politique d’aménagement linguistique et culturel (PALC), votée l’an passé par le gouvernement provincial.

«C’est une stratégie pour préserver le français dans la province; c’est aussi le résultat d’une immense collaboration avec la communauté francophone», indique Sophie Lacroix, représentante du ministère de l’Éducation. «On a besoin de la participation de tous pour la mettre en place : parents, professeurs, organismes…»

Dans une lettre ouverte distribuée au public, la Fédération des jeunes francophones du Nouveau-Brunswick s’associe à l’Association francophone des parents du Nouveau-Brunswick pour demander davantage de moyens afin que cette politique se concrétise. «Mettre en œuvre la PALC sans ressources suffisantes, c’est acheminer une lettre sans l’affranchir… Elle ne parviendra jamais à destination.»