La passion des huîtres

PAQUETVILLE – Michel Poitras connaît bien les huîtres. L’ostréiculteur de Paquetville est un véritable passionné. Les mollusques sont un gagne-pain et il souhaite voir cette industrie croître dans la région de Caraquet.

La rencontre entre M. Poitras et l’Acadie Nouvelle a duré près d’une heure trente. D’emblée, il lance à la blague: «on pourrait en parler pendant une semaine!»

Son parcours est plutôt atypique. Après avoir œuvré dans le milieu du cinéma pendant plusieurs années, il est retourné sur les bancs d’école à Caraquet en 2005 à l’âge de 42 ans. Lors de ses études au Collège communautaire du Nouveau-Brunswick, il prend le troisième rang d’un concours d’entrepreneuriat organisé par le gouvernement provincial.

Dix ans plus tard, il continue à évoluer dans le milieu. Il exploite un site aquacole de 15 acres dans la baie de Caraquet, au large de Maisonnette. Même s’il y a des défis, il croit fermement au potentiel de l’ostréiculture dans la région.

«Il y a une grande demande. Si j’avais 1 million d’huîtres aujourd’hui, je suis pas mal certain qu’elles seraient toutes vendues à la fin de la journée.»

«Tout le monde veut des huîtres! En France, 90 % de la production est consommée localement et 10 % sont exportées. Ici, c’est le contraire. On exporte 90 % et on en mange 10 %, mais les huîtres au Nouveau-Brunswick sont de qualité. L’élevage est fait en eau froide et ça prend du temps, jusqu’à quatre ou cinq ans, pour produire une huître. C’est comme un bon vin.»

Selon lui, l’élevage d’huîtres constitue un bon moteur économique et un moyen de créer des emplois en région rurale.

Le gouvernement provincial a élaboré une stratégie pour soutenir le développement de la conchyliculture (élevage de coquillages comestibles), mais elle contient des lacunes, croit Michel Poitras.

Il donne plusieurs exemples des obstacles administratifs qui l’attendent. Il y a d’abord les nombreux permis qu’il doit obtenir pour exercer son métier. Lorsqu’il a lancé son entreprise il y a une décennie, il n’a pas pu obtenir les baux demandés.

Initialement, il visait une production de 300 000 huîtres par année, mais le gouvernement lui accorde seulement 15 des 75 acres demandés près de Maisonnette. Il peine toujours à convaincre Fredericton de lui donner accès à plus de sites aquacoles pour étendre ses activités qui ne dépassent pas 125 000 huîtres par année.

Il attend toujours une réponse positive relative à une demande de financement envoyée à l’automne 2014 qui lui aurait permis d’embaucher un employé étudiant pendant la saison estivale.

Ensuite, il y a l’instabilité du climat qui peut complètement mettre en ruine un site d’élevage.

«Avant il n’y avait pas d’ouragans, l’an dernier il a eu la tempête Arthur.»

Outre la baie de Caraquet, on retrouve des gisements d’huîtres à Shippagan, Saint-Simon, dans la baie de Bouctouche, à Baie Sainte-Anne et dans la baie de Néguac.

Selon Pêches et Océans Canada, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse ont produit 1100 tonnes d’huîtres en 2013, soit 12 % de la production totale au pays.

Un potentiel inexploité?

Pourquoi s’intéresser à l’élevage d’huîtres dans la baie de Caraquet? C’est que le conseil municipal de Maisonnette souhaite convaincre le gouvernement provincial de l’importance de cette industrie dans cette zone. Seulement deux entreprises sont actives, soit Aquaculture Chaleur et la Ferme ostréicole Dugas.

Un mémoire rédigé par le conseiller Jules Boudreau a été présenté récemment à un représentant du ministère de l’Agriculture, de l’Aquaculture et Pêches.

Plusieurs ont tenté d’exploiter le potentiel ostréicole dans la baie de Caraquet dans le passé, mais la plupart des tentatives ont été infructueuses à long terme, souligne Jules Boudreau.

Tout commence à la fin des années 1960. Un groupe de citoyens forme la Coopérative des ostréiculteurs acadiens. Un Festival des huîtres est également fondé à Maisonnette à cette époque.

La ressource semblait abondante et les prises étaient bonnes, mais peu après, la production chute considérablement. Plusieurs hypothèses sont soulevées, dont l’acidité de l’eau et un fond marin défavorable aux huîtres, mais un manque de preuves oblige de mettre fin aux activités sans pouvoir apporter de mesures pour corriger la situation, écrit-il.

Le Village de Maisonnette ne souhaite pas se lancer dans l’élevage d’huîtres. Il propose simplement que le gouvernement provincial prenne au sérieux les demandes d’aide financière.

«Notre motivation de départ reste la même, nous sommes convaincus du potentiel de la baie de Caraquet comme bassin de production ostréicole.»