Avortement: le ton monte devant l’Assemblée législative

FREDERICTON – Les deux camps dans le dossier de l’avortement ont croisé le fer sur le parterre de l’Assemblée législative, jeudi, à Fredericton. Environ 300 opposants à l’avortement ont été rejoints par une vingtaine de défenseurs du libre choix.

La rencontre improvisée a donné lieu à quelques échanges musclés entre les manifestants. Malgré leur petit nombre, les partisans de l’accès à l’avortement ont fait beaucoup de bruit pour tenter de couvrir les discours des opposants.

Les participants à la Marche pour la vie dénoncent le financement public de l’avortement au Nouveau-Brunswick et ailleurs au Canada. Des manifestations ont été organisées notamment à Fredericton et à Ottawa.

Les militants pour l’accès à l’avortement réclament quant à eux la possibilité de subir la procédure en clinique et pas seulement dans les trois hôpitaux autorisés de la province (deux à Moncton et un à Bathurst).

Le père Gerry Laskey de la paroisse anglicane de Derby et Blackville est contre l’avortement. Il n’a pas hésité à adresser la parole à ceux qui sont venus interrompre le rassemblement.

«Je leur ai demandé s’ils croyaient à la liberté d’expression et au dialogue public, mais ils ont simplement continué à faire du bruit. Je leur ai dit qu’un pro-vie n’irait jamais déranger leur manifestation comme ça.»

La porte-parole des Jeunes féministes de Fredericton ne l’entend cependant pas de la même façon.

«Les pro-vie ne viennent peut-être pas interrompre nos manifestations, mais ils font intrusion dans nos corps. Ils font intrusion dans nos droits et dans nos vies. J’ai reçu des courriels de menaces de la part de pro-vie et je ne suis pas la seule», a témoigné Sorcha Beirne.

En pleine manifestation, les partisans de l’accès à l’avortement se sont étendus sur le sol et ont fermé les yeux, tenant sur leur poitrine des pierres tombales en carton sur lesquelles on pouvait lire «Je n’ai pas pu me rendre à Moncton» ou «Je n’ai pas eu le consentement de mes parents».

Le député progressiste-conservateur d’Oromocto-Lincoln, Jody Carr, a pris la parole en présence des membres de son caucus pour accorder son soutien aux opposants à l’avortement.

«Nous devons protéger la vie de toutes les façons et respecter la vie. C’est très important. Nous allons travailler avec vous sur ce sujet, sans l’appui du gouvernement libéral, mais avec l’appui de la majorité au Nouveau-Brunswick.»

L’ex-lieutenant-gouverneur de la province et ancien juge de la Cour provinciale, Graydon Nicholas, s’est également adressé à la foule pour dénoncer l’accès à l’avortement.

«J’ai récupéré ma voix que j’ai dû mettre de côté en 1981 quand j’ai été nommé juge. Notre système juridique ne permet pas de se mêler des affaires publiques. Le poste de lieutenant-gouverneur non plus», a-t-il dit au sujet de son devoir de réserve.

«Mais entre 1981 et aujourd’hui, je n’ai jamais cessé de croire à la vie parce que c’est comme ça que j’ai été élevé et c’est comme ça que je vais continuer à vivre.»