Le contrôle du message du gouvernement Harper dénoncé en Acadie

CARAQUET – Il y a quelques jours, Steve Campana, un ex-biologiste de Pêches et Océans Canada a profité de sa retraite pour critiquer ce que plusieurs voient comme un musellement des scientifiques qui travaillent pour le gouvernement fédéral. Ce contrôle du message est profondément enraciné dans la philosophie des conservateurs de Stephen Harper, dénonce des spécialistes des médias en Acadie.

L’Acadie Nouvelle a récemment rencontré des difficultés alors que nous souhaitions réaliser une entrevue avec les initiateurs d’un projet ayant reçu une subvention du programme Nouveaux Horizons pour les aînés. Ce programme géré par Emploi et Développement social Canada a pour mandat «d’aider les aînés à avoir une influence positive sur la vie des autres et sur leur collectivité.»

Plus d’une cinquantaine d’organismes du Nouveau-Brunswick ont profité de cette subvention en 2014-2015. Certains ont reçu jusqu’à 25 000 $.

Après avoir entrepris des démarches avec les responsables du projet en question pour une entrevue de base, on nous informe que cela ne peut se réaliser, car ils doivent se plier à des exigences spécifiques imposées par le gouvernement Harper, soit d’informer un représentant du programme «15 jours ouvrables à l’avance de toutes activités de communication, publications, annonces publicitaires et communiqués.»

Après vérification, Marie-Claude Faucher, une fonctionnaire d’Ottawa confirme que les «activités de communication» comprennent également les entrevues avec les médias.

«Ainsi, le gouvernement peut saisir l’occasion et de collaborer avec l’organisation, si nécessaire, afin d’assurer que les initiatives de financement soient communiquées efficacement et clairement», dit-elle.

«L’objet de la clause en matière de communications consiste à assurer que le financement fourni par le gouvernement du Canada est reconnu.»

Le journalisme est un métier qui demande parfois de la patience et des compromis, précise Pascal Raîche-Nogue, président de l’Association acadienne des journalistes, surtout lorsqu’il s’agit d’un dossier complexe.

«Si ça nécessite beaucoup de recherche de leur côté, je ne vais pas réclamer une entrevue dans 45 minutes. Si le journaliste pose des questions précises et pointues, il peut accepter d’envoyer des questions et ainsi de suite, mais ce sont des cas particuliers pour avoir des renseignements techniques comme des chiffres, des budgets, des statistiques, etc. Ça peut être acceptable d’attendre quelques jours dans un cas semblable», analyse-t-il.

Il est toutefois très inhabituel que des fonctionnaires d’Ottawa veuillent scruter à la loupe une simple entrevue pour un projet communautaire.

«Quand on parle d’une entrevue plutôt simple sur un sujet simple, 15 jours c’est beaucoup trop.»

Depuis son entrée au pouvoir il y a près d’une décennie, les conservateurs de Stephen Harper ont été critiqués à plusieurs reprises, notamment par la communauté scientifique qui se dit muselée. Ce contrôle du message risque de pousser la liberté d’expression au Canada sur une pente glissante, souligne pour sa part François Giroux, responsable du programme d’Information-communication de l’Université de Moncton.

«Le danger d’une telle pratique est qu’à force de contrôler le message, on le tue. La santé de notre société démocratique repose beaucoup sur la transparence de nos gouvernements. Les contribuables paient de leur poche l’existence même de leurs gouvernements.»

«Ce libre accès aux informations gouvernementales passe par de la transparence des gouvernements,  par la liberté de presse, mais aussi, dans le cas d’un organisme subventionné, d’un scientifique ou d’un député, par une liberté de parole.»