Des règles trop strictes poussent la seule école de coiffure de la région Chaleur à fermer ses portes

BATHURST – La seule école de coiffure de la région Chaleur, Académie La Coupe Plus, ferme ses portes, n’ayant pas les moyens de se plier aux contraintes imposées par l’association qui régit sa profession.

Actuellement, Robert Lévesque, l’instructeur, loue un emplacement comportant 19 postes de travail. Mais comme le bâtiment va être vendu, il déménagera son salon sous la nouvelle enseigne Chez Robert, toujours au centre-ville, le 15 juin. Sauf qu’il n’enseignera plus.

En effet, selon les règlements de l’Association de cosmétologie du N.-B., dont La Coupe Plus est membre, l’école doit disposer de locaux pouvant accueillir 18 étudiants.

L’Académie forme en moyenne six étudiants par année et a demandé à l’organisme une dérogation.

L’établissement, qui a ouvert il y a vingt ans et dispense la formation dans les deux langues officielles, fermera ses portes le 12 juin.

«J’ai demandé à l’association si je peux fonctionner avec une école de 9 élèves parce que ça fait plusieurs années que nous fonctionnons avec 6, 7 élèves, mais elle m’a dit non, qu’il faut que j’ai 18 places, relate Robert Lévesque. Je ne vais pas payer pour le pied carré non utilisé (dans le nouvel emplacement). C’est 16 $ le pied carré et nous avons besoin d’une superficie à peu près de 1800 pieds carrés. C’est cher et c’est sans compter les produits, les assurances, etc»

Le salon doit comprendre un bac à shampooing par groupe de quatre étudiants et un sèche-cheveux avec casque pour six élèves, selon les critères de l’association. L’instructeur se questionne sur les motivations de l’association d’imposer ses règles.

«Nous devons avoir cinq lavabos, mais si je n’ai que six étudiants, j’ai juste besoin de deux lavabos. Est-ce que c’est pour fermer les petites écoles dans le Nord du Nouveau-Brunswick et faire profiter les écoles du Sud?», soulève M. Lévesque.

Il n’enseignera plus, à moins de devenir membre de l’Association des barbiers du Nouveau-Brunswick. «L’Association des barbiers indique que je pouvais faire une école de barbiers avec un ou douze élèves. Voyez-vous comment c’est plus facile avec eux. Ça fait plus de sens», a-t-il lâché.

Selon la Loi sur la cosmétologie, les coiffeurs ne peuvent exercer simultanément le métier de barbier et de styliste. Mais avec le projet de loi 23 sur leur profession, les barbiers se proposent d’accueillir les membres de l’Association de cosmétologie qui veulent pratiquer les deux spécialisations (lire autre texte)

Robert Lévesque met également de l’avant l’impact que la fermeture de son école aura sur le portefeuille qui veulent apprendre le métier, mais aussi des personnes à faibles revenus qui se font coiffer par les élèves. Une teinture coûte 19,51 $ pour cheveux courts, 29,03 $ pour cheveux longs. Une mise en forme, 4,03 $. 10,53 $ pour un shampooing, coupe et mise en pli. Des prix dérisoires comparativement à un salon.

Huguette, une cliente de l’école depuis 15 ans, est mécontente de savoir que l’école va fermer.

«Ça va toucher mon budget. Je n’ai pas les moyens d’aller dans un salon de coiffure. Je crois que je vais laisser mes cheveux blancs», a confié cette la dame qui a refait sa couleur, mercredi.

Contactée, la DG de l’Association de cosmétologie, nous a référé à la section Écoles de leurs règlements administratifs.

LES BARBIERS POURRONT OFFRIR DES SERVICES DE COSMÉTOLOGIE

L’Association des barbiers immatriculés du Nouveau-Brunswick ouvre la porte aux membres de cosmétologie.

Tout de suite, la législation des barbiers stipule que ses membres ne sont pas considérés comme des cosmétologues et ne sont pas assujettis à la Loi sur la cosmétologie.

Le projet de loi 23, modifie cette clause, faisant état que rien «n’interdit ni n’empêche l’exercice de toute profession ou de tout métier autorisés par une loi du Nouveau-Brunswick ou la pratique de cosmétologie par un membre de l’Association de cosmétologie du Nouveau-Brunswick».

Passé en première lecture le 28 avril 2015, il a été étudié, mardi, par le Comité permanent des projets de loi d’intérêt privé.

Le registraire de l’Association des barbiers, Blaine Harris, fut le seul à faire une présentation.

Le comité a recommandé à l’Assemblée législative d’adopter le projet de loi sans amendement.

C’est une bonne nouvelle pour Robert Lévesque, le propriétaire de l’Académie La Coupe Plus, qui se bat pour cela depuis 2007.

«C’est parfait. Ça voudra dire qu’un cosmétologue, qui peut être une technicienne d’ongles ou une coiffeuse, pourra travailler dans un salon de barbier. Ils (les barbiers) veulent que ce soit comme avant», indique-t-il.

Lui-même ne peut pas donner le cours de barbier depuis plusieurs années, malgré sa grande expérience dans le domaine.

En effet, la loi qui régit sa profession ne lui permet pas d’exercer simultanément le métier de barbier et de styliste. C’est écrit noir sur blanc depuis mars 2014.

Concrètement, les hommes qui reçoivent une coupe dans un salon doivent faire un saut chez un barbier pour un rasage à la lame au cou et autour des oreilles.

L’Association de cosmétologie réplique que son pendant pour les barbiers n’aura pas autorité sur ses membres.

«Il (le projet de loi) a été présenté avec une mise en garde afin d’assurer qu’ils n’ont aucune compétence sur les membres de l’Association de cosmétologie ou leurs établissements», a commenté par courriel, Gaye Cail, la directrice générale.

M. Lévesque croit que si les modifications au projet de loi des barbiers sont adoptées, la pression sera forte sur l’Association de cosmétologie pour revoir la sienne.

«Les membres de l’Association de cosmétologie pourront mettre de la pression sur leur organisation pour enlever le point qui empêche de faire les deux tâches».

Barbier depuis près d’un demi-siècle, Lucien Doucet, estime que les deux professions peuvent cohabiter puisqu’elles sont similaires.

«S’ils ont la spécialisation, je n’ai rien contre ça. Ce sont des métiers qui sont comparables. Un va avec l’autre», dit le barbier de Nigadoo.

La proposition de loi doit passer en deuxième et troisième lecture pour son adoption. Robert Lévesque s’attend à être présent à cette occasion.

– Avec la collaboration de Mathieu Roy-Comeau