Le Plan sur les langues officielles est déposé

Le nouveau Plan sur les langues officielles du gouvernement du Nouveau-Brunswick dresse un sombre portrait de la fonction publique pour les francophones. Fredericton s’engage à corriger ces lacunes et plusieurs autres.

Le ministre responsable des langues officielles , Donald Arseneault. - Acadie Nouvelle: Mathieu Roy-Comeau
Le ministre responsable des langues officielles , Donald Arseneault. – Acadie Nouvelle: Mathieu Roy-Comeau

«Il est très difficile, voire impossible, de travailler dans la langue de son choix» au sein de la fonction publique néo-brunswickoise «si celle-ci est le français», apprend-on dans le document de 36 pages qui a été dévoilé vendredi.

Le plan intitulé Le bilinguisme officiel: une valeur fondamentale fait suite à la révision décennale de la Loi sur les langues officielles qui a eu lieu en 2013.

L’objectif du plan est «d’éliminer les lacunes qui persistent» en matière d’application de la loi, 46 ans après l’adoption de la première législation en la matière en 1969.

Le plan compte quatre axes: la langue de service, la langue de travail, le développement des deux communautés linguistiques et la connaissance de la loi et des autres obligations en matière de langue.

«Les contraintes de temps et la présence de cadres supérieurs unilingues» sont les principaux obstacles cités par les fonctionnaires au sujet de la langue de travail.

Il arrive que l’on demande à un employé de l’État d’effectuer une tâche en anglais selon l’importance ou la complexité du dossier, «afin d’éviter la traduction», indique-t-on dans le résumé de la situation actuelle.

«Les coûts et la faible demande du public pour un document en particulier sont également cités comme des raisons de demander qu’un travail soit fait dans une langue plutôt qu’une autre», affirment les auteurs du plan.

Le ministre responsable des langues officielles promet d’agir pour faire de la fonction publique une véritable institution bilingue.

«Je veux être très, très clair. L’un des axes, et j’y crois fermement, c’est la langue de travail selon le choix du fonctionnaire. Chaque fonctionnaire du gouvernement a le choix de rédiger son rapport dans la langue de son choix», a déclaré Donald Arseneault lors d’un point de presse, vendredi.

Fredericton entend notamment «mettre en place des mécanismes» afin d’accroître le bilinguisme des cadres «supérieurs» et «intermédiaires» de l’État.

Dans son rapport annuel présenté le mois dernier, la commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick recommandait de rendre obligatoire le bilinguisme pour l’ensemble de la haute fonction publique dès 2020.

L’idée de Katherine d’Entremont avait vite été balayée du revers de la main par le ministre Arseneault.

«Nous voulons continuer d’accroître la capacité bilingue de notre haute fonction publique. Par contre, accroître et avoir 100 % comme la commissaire aux langues officielles (le propose), c’est deux différentes choses», a répété M. Arseneaut, vendredi.

«Nous ne sommes pas ici pour renvoyer qui que ce soit à la maison ou empêcher quiconque d’obtenir une promotion.»

Le gouvernement souhaite offrir un soutien aux gestionnaires afin que les employés puissent travailler dans la langue de leur choix et encourager l’usage des deux langues officielles dans les petites et les grandes réunions de fonctionnaires.

La langue dans la communication entre l’État et les citoyens demeure aussi un problème, admet le gouvernement.

«En dépit du fait que plusieurs années se sont écoulées depuis que la politique sur la langue de service a été mise en œuvre au gouvernement, celle-ci est en grande partie encore mal comprise ou mal appliquée», indique-t-on dans le plan.

Afin d’améliorer l’offre de service, le gouvernement s’engage entre autres à veiller à ce que les contrats avec les fournisseurs de services tiers «respectent les critères de langues».

La commissaire d’Entremont a indiqué par courriel avoir pris acte du plan et vouloir l’analyser au cours des prochaines semaines «afin de vérifier sa conformité avec la loi.»

Il s’agit d’un plan prometteur selon la présidente de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick, Jeanne d’Arc Gaudet, «à condition qu’il soit mis en oeuvre par des gens qui ont le souci et la responsabilité de s’assurer que dans les faits on voit des changements».

Les intervenants du milieu s’entendent pour dire que la mise en oeuvre du Plan sur les langues officielles 2011-2013 n’a pas été à la hauteur. Le gouvernement promet que les fonctionnaires auront des comptes à rendre cette fois-ci.

«Il n’y avait pas d’imputabilité. Il n’y avait pas de façon de mesurer vraiment si nous faisions du progrès ou non. C’est ça vraiment qui fait en sorte qu’avec ce plan nous allons aller chercher beaucoup plus de succès», a mentionné Donald Arseneault.

«Il y a du travail à faire, mais ce n’est pas juste un rapport qui va être mis sur une tablette et que nous n’allons pas travailler.»

Un rapport sera présenté à l’Assemblée législative chaque automne pour rendre compte des avancées du plan. Une évaluation complète du Plan sur les langues officielles doit avoir lieu dans cinq ans.

Le plan peut être consulté sur le site web du gouvernement.