Des scientifiques canadiens se tournent depuis peu vers une méthode hors du commun afin de combattre les infestations d’un papillon dévastateur: les radars météo.

Rien de plus mignon qu’un papillon, un insecte à la fois libre et fragile. Toujours est-il que dans l’industrie forestière, ces insectes sont parfois synonymes de dévastation. C’est notamment le cas pour la tordeuse des bourgeons de l’épinette, une espèce que l’on retrouve dans toutes les provinces du pays.

Quand cet insecte débarque, il le fait en grand. Ses larves se nourrissent des aiguilles de l’épinette et du sapin, qui deviennent rouges. Elles peuvent tuer les arbres en cinq ans. C’est donc un visiteur indésirable qui a de quoi donner des sueurs froides à bien des gens.

À l’heure actuelle, quelque 3,4 millions d’hectares de la forêt québécoise sont infestés par ce papillon. C’est 34 000 kilomètres carrés, soit un peu moins que la moitié de la superficie du Nouveau-Brunswick. Une infestation de notre côté de la frontière n’est pas hors de question.

Des scientifiques du gouvernement fédéral viennent de commencer à se servir d’un outil qui leur permettra de suivre les déplacements des papillons destructeurs et de voir s’ils se pointent en grands nombres dans la forêt néo-brunswickoise. Ils se servent désormais des radars météo, ces appareils qui produisent des cartes colorées que l’on peut voir à la télévision lors des bulletins.

Des scientifiques canadiens se serviront d’images radar comme celle-ci afin de suivre les déplacements de la tordeuse des bourgeons de l’épinette, un papillon qui fait des ravages dans les forêts canadiennes. – Capture d’écran d’une vidéo de Ressources naturelles Canada
Des scientifiques canadiens se serviront d’images radar comme celle-ci afin de suivre les déplacements de la tordeuse des bourgeons de l’épinette, un papillon qui fait des ravages dans les forêts canadiennes. – Capture d’écran d’une vidéo de Ressources naturelles Canada

Yan Boulanger, chercheur scientifique en écologie forestière au Service canadien des forêts, participe à cette initiative. Il explique que l’idée de suivre les mouvements de ces petites bébittes à l’aide d’un radar peut sembler farfelue, mais ne l’est pas du tout.

«Les échos du radar, plutôt que de frapper des goûtes (de pluie), ils frappent quelque chose de biologique: des insectes. On les voit très très bien avec le radar. Ça nous permet de constater qu’il y a des milliards et des milliards de papillons dans certains nuages (d’insectes) qui voyagent.»

La tordeuse ne fait pas les choses à moitié; elle peut parcourir des distances hallucinantes, dit Yan Boulanger.

«On se rend compte souvent que ces déplacements de masse arrivent pas mal plus fréquemment qu’on pourrait le croire. Et puis que les papillons peuvent se disperser sur des dizaines, voir des centaines de kilomètres durant une seule nuit.»

Les images radar s’ajouteront aux données recueillies à l’aide du programme de trappes lancé récemment afin de suivre la progression de la tordeuse. Plus tôt cette année, près de 300 trappes visant à capturer ces insectes à l’aide de phéromones ont été distribuées à des gens dans l’est du pays, dont 120 au Nouveau-Brunswick.

«Mais évidemment, ce n’est pas complet. Donc en tant qu’outil complémentaire, le radar vient beaucoup nous aider. Il nous permet de voir où les papillons se déplacent, selon quelle densité.»

Le projet n’en est qu’à ses débuts, mais devrait permettre aux scientifiques de mieux réduire les méfaits de la tordeuse dans la région à l’avenir.

«Le but éventuel de tout ça, c’est d’avoir une approche qui nous permet d’aller directement aux endroits où les populations sont en augmentation le plus rapidement possible, de les cibler, et de les traiter rapidement pour contrôler les populations.»

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