Une moule rare retrouvée dans la rivière Bouctouche

Une espèce de moule d’eau douce rare, l’alasmidonte renflée, a été retrouvée dans la rivière Bouctouche. La découverte du mollusque pourrait mener à de nouvelles mesures de conservation dans la région.

Quand l’alasmidonte renflée a obtenu un statut d’espèce préoccupante, en 2009, un groupe de conservation de la région de Cocagne, l’Association des pêcheurs récréatifs du Sud-Est, a entrepris des démarches pour tenter de la récupérer dans les rivières de la région. Comme elle avait été repérée un peu plus de dix ans plus tôt, on avait de l’espoir qu’elle s’y retrouverait toujours.

«On l’avait avant, et on voulait la retrouver», affirme Tina Sonier, chef de projet de l’association.

L’équipe a enfin entamé ses recherches sur le terrain en 2014. Une première saison de fouilles n’a cependant pas porté de fruits. Refusant de baisser les bras, les membres de l’association sont retournés dans les cours d’eau de la région cet été, toujours avec l’oeil pour l’alasmidonte renflée.

L'espèce préoccupante, l'alasmidonte renflée, habite dans certains lacs et rivières du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse. Sur la carte, on voit les régions approximatives, en vert, où habite la moule d'eau douce. -Ministère des Pêches et des Océans
Sur la carte, on voit les régions approximatives, en vert, où habite cette moule d’eau douce. – Ministère des Pêches et des Océans

Un jour en juillet, un homme local a parlé à Mme Sonier d’un chemin de terre éloigné qui débouche sur un secteur de la rivière Bouctouche qu’elle n’avait pas exploré. Elle s’est rendue sur place le lendemain. En peu de temps, son équipe a découvert des coquilles vides d’alasmidonte renflée. Encouragée, elle a redoublé ses efforts.

«On était très excités quand on a trouvé les coquilles vides. On a continué à chercher et on a enfin trouvé deux moules vivantes», explique celle qui détient une maîtrise en biologie à l’Université de Moncton.

«Le fait qu’on en ait trouvé deux peut sonner comme peu, mais on parle ici d’une espèce qui ne se retrouve jamais en grande concentration. En avoir deux, c’est un signe de sa présence.»

L’alasmidonte renflée est sensible à son environnement, particulièrement aux activités humaines comme l’aménagement du littoral et le ruissellement des produits de la foresterie et de l’agriculture. Sa présence est donc un signe que la rivière Bouctouche est en bonne santé.

L’espèce habite les rivières et les lacs de la côte est de l’Amérique du Nord, de l’état de la Géorgie jusqu’aux Provinces maritimes du Canada. Elle a disparu d’environ la moitié des emplacements qu’elle peuplait aux États-Unis, selon le ministère des Pêches et des Océans du Canada.

L’espèce connue sous le nom latin d’Alasmidonta varicosa mesure jusqu’à 70 mm de long, 40 mm de haut et 30 mm de large. Elle a une forme de rein et une extrémité arrondie et renflée. Sa coquille est lisse, et a des stries formées par des lignes de croissance. L’intérieur de sa coquille est d’un blanc bleuté avec parfois une nuance de vert ou de rose.

En 2009, le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada a donné à l’alasmidonte renflée le statut d’«espèce préoccupante». Le gouvernement fédéral des États-Unis lui a aussi donné un statut d’espèce préoccupante, alors que certains états lui ont donné la mention d’espèce menacée, et même d’espèce en voie de disparition.

En se nourrissant de particules microscopiques dans les rivières, l’alasmidonte renflée joue un rôle important de filtration. L’amélioration de la qualité de l’eau est profitable pour les organismes qui habitent la rivière, particulièrement les poissons.

«On ne peut pas la manger, mais elle filtre l’eau et joue un rôle indirect» dans des pêches commerciales, précise Mme Sonier.

Des membres de l’Association des pêcheurs récréatifs du Sud-Est à l’oeuvre. - Gracieuseté
Des membres de l’Association des pêcheurs récréatifs du Sud-Est à l’oeuvre. – Gracieuseté

Le groupe de conservation de Cocagne se servira de sa découverte et de la loi sur les espèces en péril pour tenter d’obtenir des fonds pour la restauration et la protection de la rivière.

La troupe pense avoir découvert d’autres espèces rares après avoir trouvé l’alasmidonte renflée, en juillet. Elle a envoyé des spécimens au Musée du Nouveau-Brunswick pour tenter de les identifier. Elle attend des confirmations.