Un an après le CMA, la fierté acadienne est discrète au Madawaska

Un après avoir pourtant accueilli le Congrès mondial acadien, la flamme ne semble pas s’être allumée au Madawaska.

Force est de constater le Madawaska demeure frileux à afficher sa fierté acadienne même s’il a été l’un des territoires-hôtes du CMA 2014.

À pareille date l’an passé, la rue Principale dans le quartier Saint-Jacques, à Edmundston, ressemblait à un bastion de la culture acadienne. Pratiquement chaque maison arborait des décorations pour le rappeler. À 48 heures du 15 août, jeudi, elle était loin d’avoir la même verve.

Dans la Ville d’Edmundston, quelques drapeaux ou décorations ont fait leur apparition dans le paysage auprès de commerces ou propriétés privées. La situation est la même dans le Haut-Madawaska.

La question se pose à savoir si les gens ont tout simplement voulu se montrer accueillants en 2014 sans pour autant avoir épousé la «cause acadienne».

Résidant de la rue Principale à Saint-Jacques, Gérard Saint-Onge a confectionné et vendu des décorations acadiennes en 2014. Il est déçu de ce qu’il constate cette année.

Gérard Saint-Onge s’explique mal que les citoyens n’ont davantage afficher les couleurs acadiennes cette année. - Acadie Nouvelle: Gilles Duval
Gérard Saint-Onge s’explique mal que les citoyens n’ont davantage afficher les couleurs acadiennes cette année. – Acadie Nouvelle: Gilles Duval

«Ça me bouleverse, je ne sais pas comment expliquer cela. Les gens ont participé avec coeur aux activités du CMA l’an passé. Je m’attendais à une suite logique des choses. Ils ont acheté des décorations. Je ne peux pas croire qu’ils les ont jetées. C’est à se demander si l’événement n’aura été qu’un feu de paille», a dit M. Saint-Onge.

Acadien de la Gaspésie, le libraire Alain LeBlanc est l’un de ceux qui, dès l’an passé, soutenait que le véritable test serait le 15 août 2015.

«Je l’ai dit que c’était cette année que nous allions voir si le CMA 2014 a valu la peine. On était sur une bonne lancée et ça été le summum l’an passé. Doit-on parler d’un recul? Avec l’événement, les gens ont beaucoup appris sur leurs racines. Mais il reste encore beaucoup de conscientisation à faire. Il y a encore une petite gêne de s’affirmer parfois. Un Brayon peut se dire Acadien. On doit se fêter même si ce n’est pas de grande envergure à chaque année», a dit M. LeBlanc.

Responsable du comité des fêtes dans Edmundston en 2014, Anne Martin, est abasourdie par la situation.

«C’est décevant. L’an passé, des gens ont décoré pour entrer dans le mouvement avec leurs voisins. Cette année, on dirait que la gêne est revenue. Souvent si quelqu’un part le bal, les autres vont emboîter le pas. Même si avons vibré au rythme du CMA en 2014, ça ne veut pas dire que la partie était gagnée. La suite n’a pas été ce à quoi je m’attendais», a-t-elle indiqué.

UN MANQUE DE SUIVI

Outre la question économique qui semble figurer en tête de liste, certains croient que le Groupe des chefs de file, créé en marge du CMA 2014, aurait dû placer le suivi sur la fierté acadienne parmi ses priorités au cours de la dernière année.

Ardent défenseur de la cause acadienne au Nord-Ouest, Hugues Chiasson, estime qu’un pas a été franchi lorsque les gens ont installé des décorations en 2014 afin de se monter accueillants auprès des visiteurs.

«La fierté acadienne aurait dû figurer à l’agenda de ce comité. Ça forme un tout. On peut obtenir des résultats plus rapides à ce chapitre que dans le secteur économique», a-t-il souligné.

Il est d’avis qu’il doit y avoir une base solide en place pour assurer un suivi constant.

«Il serait exagéré de parler d’un échec. Nous avons connu une grosse manifestation acadienne en 2014. Les gens n’étaient pas nécessairement habitués. Peut-être qu’on a trop donné et qu’on veut respirer un peu. C’est à souhaiter que ça revienne en force en 2016», a-t-il ajouté.

Selon lui, il est constamment de mise de s’afficher comme francophone et acadien au Nouveau-Brunswick.

«On s’est fait trimbaler au niveau linguistique au cours de la dernière année au Nouveau-Brunswick avec notamment le transport scolaire ou les soins de santé. Il faut constamment être sur la défensive», a ajouté Hugues Chiasson.

Le Groupe des chefs de file a recommandé que les activités du 15 août se déroulent en alternance sur le territoire pour les trois prochaines années. En 2014, le grand tintamarre a eu lieu à Madawaska, au Maine. Samedi, le rendez-vous sera à Dégelis, au Témiscouata.

Malgré l’idée d’un pôle central, des activités à plus petite échelle se dérouleront à Sainte-Anne-de-Madawaska, Saint-Léonard, Clair, Saint-François, Lac-Baker, Saint-Hilaire et à Saint-Jacques.

Constatant que rien n’allait être organisé dans la localité cette année, la présidente du comité des festivités de 2014 à Edmundston, Anne Martin, s’est remise à la tâche au cours des dernières semaines.

«À Saint-Jacques, nous fêterons le 14 août pour ne pas empiéter sur ce qui se passera le 15. Nous avons travaillé fort pendant deux ans avant le CMA. Ça ne pouvait pas s’arrêter là», a-t-elle insisté.

Une journée familiale avec animation musicale (Marie-Ève Caron, les Bagosseux et La Virée) se déroulera dès 16 h au Café de la Vieille forge. Elle se terminera par des feux d’artifice à minuit.

«Je pense qu’on a négligé de faire un suivi. On n’a pas beaucoup entendu parler au 15 août cette année. Oui, la fête centrale sera à Dégelis mais nous avons aussi le droit de célébrer dans nos communautés», a-t-elle poursuivi.