L’argent manque pour les déficients intellectuels de la Péninsule acadienne

Chaque été, depuis 11 ans, une petite parcelle de terre à Tracadie devient un petit bout du paradis pour un groupe de personnes de la Péninsule acadienne ayant des déficiences intellectuelles. Elle le deviendra encore cette année, fin août. Mais l’incertitude plane pour 2016.

Le site du Camp jeunesse Richelieu, qui longe la rivière de Tracadie, est le site prisé par le Regroupement des bénéficiaires en installations résidentielles pour l’organisation d’un camp d’été pour des personnes originaires des quatre coins de la Péninsule acadienne vivant dans les foyers de niveaux 1 et 2.

Les résidents de ces établissements ont des déficiences, mais ils sont autonomes et âgés de plus de 18 ans. L’idée du camp est née il y a un peu plus d’une décennie, alors que Bernard Basque, président du Regroupement des bénéficiaires en installations résidentielles, a demeuré dans un établissement spécialisé après avoir reçu une intervention médicale pour traiter son épilepsie.

«Quand tu vis dans un foyer, tu rencontres des amis, mais ensuite, ça se peut qu’ils aillent vivre ailleurs, donc tu perds le contact. Au moins ici avec le camp, ils savent qu’ils vont se rencontrer au moins une fois par année. C’est une grosse rencontre de familles. Ils sont fiers de participer au camp. Les bénévoles et le comité organisateur le sont aussi», dit-il.

Sylvie Ferguson figure parmi ces bénévoles engagés qui permettent à l’activité d’avoir lieu. Mme Ferguson et son conjoint, Donald Godin, sont récemment devenus membres du conseil d’administration du Regroupement afin d’appuyer la cause.

«Il y a quelques années, mon conjoint Donald est allé chanter et jouer de la guitare autour du feu de camp. Au lieu d’être là pour une simple soirée de musique, nous sommes retournés le lendemain et le dimanche pour aider», explique-t-elle.

«Nous avions envie d’aider. Quand Bernard nous a proposé de joindre le comité, on a dit qu’on voulait y réfléchir un peu, mais dans nos têtes, la décision avait déjà été prise.»

Mais pourquoi donner un coup de main aux autres alors que certains rêvent de se reposer sur une belle plage sablonneuse ? Pour Sylvie Ferguson, la question ne se pose même pas.

«Honnêtement, je pense qu’un voyage dans le Sud n’aura jamais le même impact de ce que je vis ici.»

La tradition annuelle risque toutefois d’être interrompue à l’occasion du 12e anniversaire du camp en 2016. À moins que le gouvernement passe à l’action, l’an prochain, les résidents et les bénévoles ont plutôt l’intention d’organiser une manifestation devant l’Assemblée législative à Fredericton.

Les résidents des foyers reçoivent une allocation mensuelle de 135 $ pour subvenir à leurs besoins personnels. Avant les dernières augmentations, ils touchaient seulement 110 $ par mois. Le Regroupement demande au moins 200 $ par mois.

«Si le gouvernement n’ouvre pas ses yeux. On va être à Fredericton», lance Bernard Basque.

«J’ai souvent contacté des ministres et députés aussi. On m’a souvent dit qu’ils ne pouvaient rien faire tant que les conservateurs étaient au pouvoir, mais ça va faire 11 ans qu’il n’y a pas eu d’augmentation. C’est aux libéraux de faire leur part maintenant.»

Il demande également une plus grande participation des municipalités de la Péninsule acadienne. Le Regroupement peut compter sur l’appui du conseil municipal de Tracadie qui a donné 1000 $ pour financer le camp d’été. Le Village de Bas-Caraquet accorde aussi de l’aide financière tous les deux ans.

«Les autres municipalités ne nous aident pas, mais ils oublient que le camp est pour des gens qui vivent dans leur communauté. On trouve ça vraiment décevant.»

Pour les dépenses personnelles

Selon un document publié en 2012 et mis à jour en 2013 par le ministère du Développement social, l’allocation de 135 $ sert à couvrir les dépenses associées à l’achat de vêtements, de médicaments, de l’achat de lunettes, de prothèses dentaires et d’appareils auditifs. Il permet aussi aux résidents de prendre en charge les coûts de transport qui ne sont pas assumés par d’autres programmes.

Il est aussi noté qu’un établissement doit fournir à ses résidents du savon, du shampoing, du dentifrice et autres articles de toilette, mais que les résidents qui préfèrent une autre maque doivent se servir de leur allocation pour en faire l’achat.