Les viticulteurs du N.-B. anticipent une récolte décevante

Le printemps tardif et les températures froides de juillet causent des maux de tête à certains viticulteurs du Nouveau-Brunswick. Ils se croisent les doigts et espèrent que la chaleur de la fin de l’été suffira pour une bonne récolte.

Serge Maury, propriétaire de la Ferme Maury, à Saint-Édouard-de-Kent, au nord de Bouctouche, parle d’une saison «normale» en ce qui a trait à ses raisins et ses petits fruits. Le viticulteur originaire de la région de Bordeaux, en France, estime qu’il ne récoltera que la moitié des fruits qu’il aurait cueilli dans des conditions idéales.

«Pour moi, je n’aurai pas la qualité que je m’attendais. Il y a ce risque-là, avec la température. On est à la limite. La vigne, c’est le soleil. C’est pour ça qu’il y a plus de gens qui vont s’installer en Nouvelle-Écosse.»

En plus d’une production moins qu’idéale, M. Maury parle d’une absence relative de touristes québécois. Il s’attendait à un grand achalandage en raison d’un taux de change du dollar américain qui décourage les voyages aux États-Unis.

«C’est de la survie. On le voit bien: je fais les marchés locaux et les ventes diminuent. Il y a une atmosphère qui règne, qui n’est pas très bonne.»

Robert Bourgeois, du Verger Belliveau de Memramcook, s’occupe d’une vigne sur la propriété de la ferme depuis quelques années. Il ne vend pas encore du vin fabriqué à partir de ses propres raisins à l’échelle commerciale, mais pourrait le faire dès l’an prochain. Il témoigne d’un été tardif dans son coin de la province.

«Nous autres, ce n’était pas trop mal, sauf que c’était un peu tard au printemps. Je ne sais pas si ça va maturer comme la coutume. Mais à part de ça, on n’a pas eu de dommages», assure-t-il.

Les effets de la météo ne sont pas limités aux vignes, mais auraient touché tous les agriculteurs de la province, selon David Craw, propriétaire d’un des plus grands domaines viticoles de la province, Mott’s Winery and Viniards. L’homme de Cambridge Narrows demeure tout de même optimiste.

«Même le blé d’Inde était pas mal plus tard que d’habitude», souligne-t-il.

«Je pense cependant que nous sommes de retour sur la bonne voie. Tout va dépendre de Dame nature. Nous avons eu beaucoup de chaleur en août. J’espère donc que s’il y avait des cultivateurs qui avaient du retard, ils ont pu se reprendre durant les dernières semaines. Ça ne sera pas une année excellente, mais ça pourrait en être une bonne.»

Le Nouveau-Brunswick se retrouve à la limite des régions où la culture de raisins est possible. Le climat nordique explique en grande partie pourquoi la viticulture est une coutume relativement nouvelle dans la province. Elle est seulement possible depuis que des scientifiques ont conçu des cépages plus tolérants au froid.

«Nous avons commencé en 2002, et nous avons passé à travers 36 variétés de raisins. Il nous en reste huit avec lesquels on peut passer l’hiver avec succès et faire du vin», mentionne M. Craw, ajoutant que le Nouveau-Brunswick se retrouve près de la même latitude de Bordeaux, en France.

Le viticulteur admet qu’à ses débuts, des collègues l’ont découragé de se lancer dans l’industrie du raisin. Plus de dix ans ont passé et son entreprise avance toujours à bon train.

«Nous faisons de très bons vins, selon moi. La météo limite la variété de cépages que nous pouvons utiliser.»

Malgré les obstacles, Motts Landing produit quatre types de vins blancs, deux vins rouges et un rosé. n