Laboratoire d’ecstasy à Lac-Baker: digne de Breaking Bad!

Des policiers ont démantelé un réseau de production d’ecstasy ayant des ramifications au Québec et à Lac-Baker, mercredi. La capacité de production du laboratoire clandestin découvert dans la province est évaluée à 1,5 million de comprimés par semaine.

Les perquisitions effectuées mercredi matin à cinq endroits ont mené à l’arrestation de quatre individus, dont deux qui se trouvaient dans une résidence du chemin Soucy, à Lac-Baker.

Daniel et Charles Cozak, respectivement âgés de 66 et de 26 ans, ont été mis sous arrestation. Ils ont comparu en Cour provinciale à Grand-Sault, mercredi après-midi.

Tous deux originaires du Québec, ils ont été accusés de production de stupéfiants et de possession en vue de faire le trafic.

Devant le juge Paul E. Duffie, le sergent détective Roger Ferland, de l’Escouade régionale mixte de la Sûreté du Québec, a expliqué qu’une enquête avait été instituée en septembre 2014 et a déterminé que les accusés ont procédé récemment à l’acquisition d’un chalet à Lac Baker afin d’y installer un laboratoire complet de fabrication d’ecstasy.

Le policier a également raconté à la cour que l’installation d’une caméra de surveillance à l’intérieur du chalet avait permis d’épier les moindres gestes des accusés.

«On a pu voir travailler les suspects en pleine action», a indiqué Roger Ferland au juge Duffie.

La comparution en cour des deux accusés, qui s’est déroulée en présence de nombreux policiers de la GRC et de la Sûreté du Québec, aura été de courte durée, tout comme l’ensemble des procédures à leur endroit au Nouveau-Brunswick.

À l’instar du personnage principal de la populaire série télévisée Breaking Bad, Daniel Cozak est chimiste de profession.

Détenteur d’un doctorat en chimie, il a été professeur suppléant à l’Université de Sherbrooke et professeur adjoint à l’Université Laval de Québec et a même rédigé plus d’une cinquantaine d’articles scientifiques dans des revues internationales, selon ce qu’indique son CV.

Quelques articles trouvés sur le web font état des démêlés de son fils, Charles, avec la justice pour trafic de stupéfiants.

Les deux hommes n’ont opposé aucune résistance à leur arrestation.

Les deux autres personnes arrêtées, une femme âgée de 55 ans et un homme âgé de 24 ans, de Québec, seraient de la même famille.

Laboratoire sophistiqué

Selon la GRC, les installations du laboratoire démantelé à Lac-Baker étaient très sophistiquées. Dans un communiqué de presse, la police a qualifié sa taille «d’industrielle».

Il s’agirait du plus imposant à avoir été découvert au Nouveau-Brunswick selon le sergent d’état-major, Alain Lang.

Le laboratoire a été démantelé avant que la drogue ne puisse être mise en circulation, a-t-il précisé.

«Il semble avoir été mis en place par des professionnels. Selon nous, les personnes impliquées dans cette affaire connaissaient bien la chimie», a indiqué le sergent Lang.

«La capacité de production des laboratoires découverts au cours de l’enquête était telle qu’ils auraient pu avoir des répercussions très négatives sur les collectivités de l’ensemble du pays et peut-être même ailleurs», a affirmé la GRC dans un communiqué.

Les forces de l’ordre ont aussi frappé à Québec, à Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier, à Lévis et à Saint-Camille-de-Lellis, près de la Beauce.

Dans un communiqué, la Sûreté du Québec a indiqué que les perquisitions – auxquelles ont pris part 70 policiers – avaient permis de saisir une importante quantité de drogue, différentes substances chimiques servant à la fabrication de drogues de synthèse, des armes à feu, des documents et de l’équipement reliés à la production de substances illégales, de même que trois véhicules, deux remorques et deux résidences.

Surprise totale pour les voisins!

C'est dans cette propriété du chemin Soucy à Lac-Baker qu'un laboratoire clandestin de production d'ecstasy a été démantelé, mercredi. - Acadie Nouvelle: Gilles Duval
C’est dans cette propriété du chemin Soucy à Lac-Baker qu’un laboratoire clandestin de production d’ecstasy a été démantelé, mercredi. – Acadie Nouvelle: Gilles Duval

Les voisins de la maison occupée occasionnellement par Charles Cozak ont été surpris par le brouhaha sur le «tranquille» chemin Soucy, mercredi matin.

Même si la propriété a été clôturée après son acquisition il y a quelques mois, ils ne pouvaient se douter de ce qui se tramait à l’intérieur.

Cette enquête a débuté au Québec. Dans le cadre d’opérations de surveillance, les suspects ont été surpris à se rendre fréquemment au Nouveau-Brunswick, plus précisément à Lac-Baker.

Selon des voisins, la propriété, qui était en vente depuis quelques années, a trouvé preneur à la fin du printemps ou au début de l’été.

Comme la maison était un peu reculée du chemin, il était difficile de l’apercevoir. Selon un porte-parole de la GRC, rien, de l’extérieur, ne pouvait laisser présager ce qui se passait entre ses quatre murs.

«Il y a de plus en plus de gens de l’extérieur qui viennent s’établir ici pour la tranquillité ou qui sont des gens de la région qui reviennent à la retraite. On ne pouvait pas se douter de ce qui se passait là, il n’y avait pas nécessairement de va-et-vient. Je n’ai jamais pensé que quelque chose comme cela se produirait ici», a dit Jackie Beaulieu.

En voyant tout le déploiement à l’aurore, mercredi matin, son conjoint, Rosaire Beaulieu, pensait que des équipes de voirie venaient pour réparer le chemin Soucy.

«On a vu quelques fois l’homme. On savait que la maison a été vendue à un bon prix puisque c’était une saisie. Le propriétaire a installé une barrière dans son entrée. On trouvait cela bizarre, car nous vivons dans une communauté tranquille, mais pas nécessairement surprenant, car des fois, le propriétaire y était, des fois, il s’absentait», a indiqué M. Beaulieu.

(Avec la collaboration du journaliste Sébastien Lachance)