Le réseau de santé envisage la suppression de 10 % de ses lits dans les hôpitaux francophones de la province. Le projet suscite l’indignation.

La régie de santé Vitalité propose au gouvernement provincial de réduire le nombre de lits, dans les quatre régions du réseau. D’après Radio-Canada, Vitalité étudie la possibilité de fermer 95 lits. Actuellement, l’ensemble des hôpitaux francophones compte en 1161.

La zone Acadie-Bathurst est la plus visée: le scénario actuel prévoit une réduction de 41 lits dans le Nord-Est.

Douze lits sont menacés dans le Restigouche, contre 22 pour le Nord-Ouest et 20 dans le Sud-Est (Beauséjour).

On ne sait pas encore quels hôpitaux pourraient subir ces compressions. Les services d’urgence ne sont pas ciblés, «pas dans le moment présent», précise Luc Foulem, agent de communication de Vitalité.

Mardi, le président-directeur général Gilles Lanteigne a déclaré que des rencontres ont eu lieu avec les maires des communautés concernées. Des propositions de réforme du système de santé ont été transmises au ministre de la Santé.

«On a proposé au ministère un plan assez global qui englobe l’ensemble du réseau Vitalité, a expliqué M. Lanteigne. Si on met tous nos établissements à contribution, on pense qu’on est capables d’améliorer les services, d’atteindre certains objectifs financiers et d’accroître l’efficacité.»

Le ministre Victor Boudreau refuse de réagir, indiquant qu’il n’a pas encore lu le document. Le plan doit être approuvé par le ministre, et sa mise en application se fera progressivement.

«L’approche du Réseau propose de faire les choses différemment et préconise une transformation par étapes qui serait étalée sur plusieurs années, ajoute le PDG de Vitalité.  L’objectif est de prendre un virage vers les soins ambulatoires et d’assurer une accessibilité accrue aux soins et services.»

Le Dr Hubert Dupuis, président d’Égalité santé en français, juge que Vitalité fait fausse route. «On ne va pas du tout dans le bon sens. Il faut améliorer notre productivité et l’utilisation de nos ressources. On n’est pas assez performant. On a décidé de s’attaquer à la quantité et non à la qualité: on coupe des lits, on ferme des services.»

Dr Dupuis dénonce une pression accrue dans les établissements de santé: moins de services à la population et des listes d’attentes plus longues.

«Ça va être un débordement qui se fait déjà sentir. Ça va être le débordement au niveau des urgences, des unités de soins, des cliniques. Ça va augmenter le marasme des centres hospitaliers qui sont déjà congestionnés. Les patients vont être dans les corridors, en attente à l’urgence.»

La stratégie: réduire la fréquentation des hôpitaux

Le PDG de la régie francophone explique quelques points clefs du plan. «Les mesures proposées permettraient un réinvestissement dans des secteurs ciblés pour la mise en place de solutions autres que l’hospitalisation, et une meilleure prise en charge des patients.»

Le Nouveau-Brunswick compte 38 lits d’hôpitaux pour 10 000 personnes, contre 30 en moyenne au Canada. Les autorités du secteur de la santé souhaitent réduire la tendance du public à se diriger vers l’hôpital. La stratégie provinciale D’abord chez soi vise ainsi à maintenir les aînés à domicile et éviter les placements en foyer de soins ou en milieu hospitalier.

«Il faut commencer à mettre en place des programmes et des incitatifs pour garder les gens à la maison, a déclaré mardi M. Boudreau. C’est la solution à moyen et long terme. C’est l’option qui coûte le moins cher au gouvernement.»

Le ministre de la Santé dit vouloir faciliter l’accès aux médecins généralistes. «Si on ne peut pas avoir un rendez-vous chez le médecin en 24 ou 48 heures, on se présente à l’urgence et c’est ça qui cause l’engorgement.»

Stéphane Robichaud, directeur général du Conseil de Santé du N.-B., estime qu’une réduction de lits peut se justifier si les économies sont utilisées pour améliorer les services de santé primaires.

«C’est une bonne idée, mais il faut que les gouvernements investissent dans les soins en communauté, commente le Dr Hubert Dupuis. «On peut nous chanter une chanson, mais il doit ajouter des ressources dans la communauté. Actuellement, on ne parle que d’austérité.»

Inquiétudes pour les petits hôpitaux

Pierre Leblanc est médecin généraliste à l’Hôpital Stella-Maris-de-Kent, où circule la rumeur d’une possible fermeture. Il est préoccupé par les conséquences d’une réduction des lits pour le confort des patients.

«Les lits sont toujours pleins, presque 100 % du temps, il y a souvent des patients qui attendent. Leur séjour sera peut-être rallongé.»

Dr Leblanc reconnaît que des économies doivent être faites, mais s’attend à un impact sur les conditions de travail. «Ça augmente la charge de travail des infirmières et de l’équipe lorsqu’il y a plus de monde à l’urgence.»

Louise Blanchard, porte-parole du comité Action H, qui défend l’hôpital de Caraquet, juge l’idée de couper des lits inacceptable. «À Caraquet on a seulement 12 lits, et on en demande déjà davantage. Pour les médecins, c’est très difficile de travailler dans ces conditions.»

Selon Mme Blanchard, cela ne ferait que déplacer le problème, sans réaliser d’économie. «Les transferts de patients en ambulance coûtent très cher, donc on ne sauve pas d’argent. Ce n’est pas une solution.»

Elle parle d’une décision désastreuse et appelle Vitalité à revoir ses plans pour donner la priorité aux patients. «On ne peut pas accepter ça. S’il n’y a pas de lit, c’est difficile de faire fonctionner l’urgence. Pour sauver des vies, ça prend des petits hôpitaux!»

Les restrictions budgétaires devraient se limiter à l’administration, ajoute Louise Blanchard. «Entre le ministère et la régie, il y a un dédoublement de fonctionnaires. Dans les régions, on paie aussi des taxes, on a droit aux mêmes services que les grands hôpitaux.»

Des consultations à venir?

«Nous comptons poursuivre le dialogue avec les collectivités afin qu’elles puissent être parties prenantes de l’élaboration des solutions», écrit le réseau Vitalité dans un communiqué.

Roger Doiron, maire de Richibucto, demande qu’une rencontre soit organisée avec les maires de Kent et les dirigeants du réseau Vitalité.

«On veut les voir dans les plus brefs délais pour comprendre de quelle façon la communauté va être touchée. On a parlé de compressions, on veut savoir ce qu’il en est.»

«Pour le moment, on a plus de questions que de réponses», renchérit Richard Keel, maire de Grand-Sault, qui craint que ses urgences ne ferment leurs portes. «C’est dommage, encore une perte de services pour nos citoyens», commente-t-il.

La mairesse de Saint-Quentin Nicole Somers a rencontré la régie de santé le 1er octobre. Elle ignore toujours combien de lits pourraient disparaître à l’hôpital Hôtel-Dieu Saint-Joseph.

«On s’est entendu sur des séances de consultations. On sera écouté pour voir comment on voit les choses, comment on peut améliorer le service et ce qu’on est prêt à accepter.»

Mme Somers propose la mise en place d’un comité représentant la région, de Menneval à Saint-Quentin.

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