Caraquet: Évolution mode ferme ses portes

Fleuron du commerce à Caraquet, le magasin de vêtements Évolution mode vit ses dernières heures. Il est en liquidation depuis la semaine dernière. Après des décennies d’activité, sa propriétaire a envie de tourner la page.

Nicole Landry gère le magasin Évolution mode depuis 35 ans. Il était encore un magasin général, ouvert en 1960, quand elle en a pris les commandes avec son mari.

«Nous nous sommes spécialisés dans la vente de vêtements en 1998», se souvient-elle.

Mais depuis quelques années, la lassitude l’a gagnée.

«J’ai fait le tour de la question. Je ne vois plus rien à apporter. J’ai envie de passer à autre chose.»

Elle a décidé de mettre la clé sous la porte. Les employés – huit postes à temps plein – l’ont appris ce mois-ci. Ce n’était pas vraiment une surprise. Nicole Landry le laissait sous-entendre depuis un moment.

«Ça ne m’inquiète pas. Je suis passé par plusieurs magasins. Chaque fois, j’ai rebondi», commente Alvine Savoie, vendeuse à Évolution mode depuis huit ans.

Colette Thériault, sa collègue, 14 ans d’ancienneté, aborde l’avenir tout aussi sereinement.

«Je suis proche de la retraite, mais il me reste encore quelques années. Ça va être un défi. J’aviserai le moment venu.»

Tout au plus espère-t-elle retrouver la même ambiance de travail.

«Nous sommes une bonne équipe. On travaille bien ensemble. C’est ce qui va le plus me manquer.»

La clientèle, elle, a été prise de court. Des habituées ne s’y attendaient pas. Elles se sont épanchées sur le net. Les promotions de fermeture ont de quoi les consoler.

Toute la marchandise est à vendre. Des rabais de 20 % sont proposés sur chaque article. «Il y aura d’autres réductions d’ici notre dernier jour», renseigne Nicole Landry.

Quand aura-t-il lieu? La responsable ne le sait pas encore. La liquidation d’Évolution mode ne passe pas inaperçue et attire les acheteurs.

Il y avait foule jeudi matin, jour de lancement des ventes. Cela a même provoqué des problèmes de circulation à l’entrée du boulevard Saint-Pierre Ouest.

«On a accueilli près de 400 personnes à 9 h, quand on a ouvert les portes. C’est du jamais vu. Il n’y avait plus beaucoup de place dans les allées du magasin», s’étonne encore Nicole Landry.

L’achalandage n’a pas atteint ce pic depuis, mais reste important. Des articles sont déjà en rupture de stock, tout comme certaines tailles.

«On manque de chaussures. Les manteaux d’hiver s’écoulent bien. Pour ça, la météo de ces derniers jours nous aide bien», poursuit la propriétaire.

L’équipement professionnel, tel que les étagères, les portants et les bureaux, est aussi offert. Des commerçants de la région, ainsi que des particuliers, se sont manifestés en se disant intéressés.

Lundi après-midi, tandis que les électeurs défilaient dans les bureaux de vote, certains ont fait le choix de magasiner (avant ou après s’être acquittés de leur devoir civique). Sylvie Savoie, de Sainte-Marie-Saint-Raphaël, a fait quelques emplettes avec sa belle-fille.

«Il y a des choses intéressantes. J’ai remarqué quelques sacoches.»

Cliente occasionnelle, elle apprécie le choix et la qualité des produits proposés. Savoir l’enseigne condamnée la contrarie.

«Il n’y a pas beaucoup de magasins comme celui-ci dans la région.»

En dépit de quelques rumeurs de reprise, rien n’est officiel quant à ce que sera l’après-Évolution mode. Les locaux sont à vendre.

L’emplacement en plein cœur de Caraquet et la superficie (10 000 pi² de surface de vente auxquels s’ajoutent les entrepôts à l’arrière et un espace de stationnement aux abords extérieurs) ont de quoi séduire.

«Ça peut être l’occasion d’un renouveau, ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose», suggère Nicole Landry.

Le changement: aux dernières fédérales, certains partis en ont fait leur slogan de campagne.

«Inquiétant»

La fermeture du magasin Évolution Mode, à Caraquet, fait réagir les acteurs économiques.

«J’ai appris la nouvelle comme tout le monde, la semaine dernière via les réseaux sociaux. En tant que présidente de Centre-ville Caraquet, je trouve cela inquiétant. Nous voulons un centre-ville vivant et dynamique», commente Mai Tran.

Selon elle, le commerce ne sera pas facile à remplacer. Une rencontre avec le Comité de développement économique de la ville est prévue pour en discuter.

La responsable voit dans ce changement l’occasion de réfléchir aux mesures à mettre en place pour aider les entrepreneurs, coller au plus près de leurs attentes, et soutenir les commerces.

La fin d’Évolution Mode désole Claude L’Espérance, le président de la Chambre de commerce du Grand Caraquet.

«C’était une importante enseigne qui s’était transmise de génération en génération. C’est une lourde perte pour Caraquet.»

Il ne perçoit pas cette fermeture comme un signe d’essoufflement de l’activité commerciale dans le centre-ville de Caraquet.

«Nous sommes plutôt en phase de transition, avec des changements de propriétaire. C’est ce qui s’est produit pour Vêtements Jacqueline. La nouvelle gérante déborde d’énergie et d’idées, et ça va très bien.»

L’organisme Centre-ville Caraquet mise sur la prospérité du cœur du village. Le recrutement d’un coordonnateur de projets est en cours.

«Nous avons diffusé l’offre début octobre et avons reçu beaucoup de candidatures. Nous faisons passer les entretiens cette semaine. Nous espérons que le candidat choisi pourra commencer début novembre», renseigne Mai Tran.

Une vente en anglais

Les affiches tout en anglais sur la devanture du magasin ont créé un malaise. - Acadie Nouvelle: Vincent Pichard
Les affiches tout en anglais sur la devanture du magasin ont créé un malaise. – Acadie Nouvelle: Vincent Pichard

Difficile de ne pas les remarquer, elles encombrent tout l’espace des vitrines du magasin. Jaune, bleue ou rose fluo, les pancartes annonçant la liquidation d’Évolution mode sont immanquables et ont suscité quelques commentaires embarrassés.

Le problème? Elles sont toutes écrites en anglais. «Ici à Caraquet, c’est honteux», s’indigne Guylaine Doiron sur le compte Facebook du magasin. De même, Karine Elward confie sa surprise sur le réseau social.

Nicole Landry, la propriétaire, a conscience du malaise engendré. Elle assure que ce n’était pas un choix délibéré.