Les militants francophones chez les conservateurs n’étaient souvent que des ombres. Mais avec une vingtaine de députés libéraux hors Québec élus le 19 octobre, une nouvelle ère s’annonce pour les communautés.

Jean-Pierre Dubé
Francopresse

«Le gouvernement de Justin Trudeau devra créer un groupe de travail pour évaluer la situation des langues officielles, estime la politicologue Linda Cardinal de l’Université d’Ottawa. La nomination du cabinet le 4 novembre nous donnera un sens de ses intentions. Le Québec est de retour à Ottawa, les hors Québec aussi.»

La chercheuse dresse une liste de francophones et francophiles débutant avec les députés réélus: l’Acadien Dominic LeBlanc, le Néo-Écossais Scott Brison, les Ontariens Mauril Bélanger et David McGuinty. Elle ajoute les recrues Randy Boissonneault (AB), Daniel Vandal et Robert Falcon-Ouellette (MB), Paul Lefebvre, Andrew Leslie, Francis Drouin, Michel Serré, Aris Virani et Julie Dubrasin (ON), Serge Cormier, René Arseneault, T.J. Harvey, Pat Finnigan et Ginette Petitpas-Taylor (NB) ainsi queDarrell Samson et Colin Fraser (NÉ).

«Une nouvelle génération de députés arrive au pouvoir, souligne Linda Cardinal, on est en droit de s’attendre à une autre approche. Mais tout ne va pas arriver tout seul. Il faudra rester vigilants et ne pas perdre tout esprit critique.»

«Avec Justin Trudeau, il y a la nostalgie pour le bon vieux temps, ajoute la professeure. Où sont passées les quelque 80 structures consultatives créées avec les communautés francophones? Il faudra relancer ces mécanismes, en particulier sur la Feuille de route pour les langues officielles.»
Pour un nouvel engagement

Linda Cardinal souhaite que le premier ministre invite la majorité de la population à renouer avec le bilinguisme. Un contexte inspirant permettrait de renforcer l’utilisation générale du français, notamment dans la fonction publique.

Le retour du Québec au pouvoir signale un renouvèlement d’un engagement envers le Canada, croit-elle. «Ce n’est plus une menace pour les communautés francophones. Les Québécois joueront un rôle clé pour faire avancer les langues officielles. Les nouveaux députés comprennent-ils la situation des minorités? Il y aura un travail pédagogique à faire.

La Fédération des communautés francophones et acadiennes souhaite que le nouveau gouvernement agisse rapidement sur trois priorités : «la reconnaissance des réalités et besoins distincts de nos communautés, un appui accru aux activités et services en français créés par et pour nos communautés, et des mesures concrètes pour le plein respect de la Loi sur les langues officielles.»

«Les libéraux se sont d’ailleurs engagés à développer avec les communautés un plan amélioré pour les langues officielles, rappelle la présidente Sylviane Lanthier. Quand nous aurons un interlocuteur au niveau politique, nous voudrons nous asseoir avec cette personne pour discuter de la mise en œuvre de ces engagements.»

Le professeur de sciences politiques de l’Université Simon-Fraser (CB), Rémi Léger, rappelle que deux anciens ministres de l’équipe Trudeau ont déjà été responsables des Langues officielles: le Québécois Stéphane Dion (2001-2004) et l’Ontarien Mauril Bélanger (2004-2006).

«Mauril Bélanger est toujours un candidat très valable, dit-il. Mais aucun député à Ottawa ne connaît mieux le dossier que Stéphane Dion. L’auteur du premier Plan d’action demeure le plus à jour sur la question des minorités.»

«Ça prend une volonté politique en haut du totem, note Rémi Léger. C’est Jean Chrétien qui avait demandé à Stéphane Dion de faire une tournée nationale. On n’aurait pas eu de Plan Dion sans Chrétien.»

Le professeur s’attend à une approche différente de Justin Trudeau. « Ça fait partie de sa plateforme de se distinguer avec une nouvelle génération de députés, plus jeunes et hautement éduqués. Dans l’Ouest, on trouve quelques candidats très intéressants.»

«Randy Boissonneault a été très actif dans la communauté franco-albertaine, explique Rémi Léger, il a siégé au Conseil de développement économique et à la Fédération du sport francophone. Un des quatre députés libéraux de l’Alberta sera au cabinet.»

«Le député manitobain Robert Falcon-Ouellette est un autochtone francophone au très beau parcours. Après un doctorat à l’Université Laval, il enseigne à l’Université du Manitoba.»

Le groupe hors Québec comprend deux femmes. Ginette Petitpas-Tylor, de Moncton, est une intervenante sociale ayant œuvré auprès des femmes et des victimes d’actes criminels. L’avocate Julie Dabrusin, de Toronto, est une militante écologique et communautaire.

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