L’Aviron imprime sa dernière édition

Une voix vient de s’éteindre dans le paysage médiatique francophone en Acadie.

L’hebdomadaire L’Aviron, qui couvrait depuis 53 ans l’actualité sur le territoire du Restigouche et de la région Avignon au Québec, a publié cette semaine son dernier exemplaire.

Discrètement, dans un encadré, la direction a annoncé ses intentions et expliqué sa décision, prenant soin de remercier ses lecteurs et annonceurs publicitaires.

«La réalité économique et les nombreux changements dans l’industrie des médias nous forcent à revoir, comme tous les acteurs du monde des médias, nos modèles d’affaires», peut-on lire dans la note explicative du directeur régional, Jean Morrisette.

Depuis quelques années, l’hebdomadaire avait grandement diminué ses services sur le territoire, se départissant, entre autres, de son bureau, de son équipe de création (infographistes) et du poste de journaliste à temps plein.

Le journal avait aussi réduit de beaucoup son nombre de pages, étant imprimé au dos de l’hebdomadaire L’Écho de la Baie (Gaspésie). Ce dernier hebdomadaire ne sera d’ailleurs plus distribué du côté néo-brunswickois.

L’Aviron a été fondé à Campbellton en 1962 par Rachel Guérette. Il s’agissait alors du premier hebdomadaire de langue française en milieu minoritaire au Nouveau-Brunswick. Le journal fut éventuellement vendu au groupe Québécor avant d’être racheté en 2013 par Transcontinental Média.

Fils de la fondatrice, Martin Guérette se souvient encore très bien des premières années de ce journal.

«Je n’avais même pas dix ans à l’époque. Je me rappelle que je jouais sous la table de la cuisine pendant que maman et papa faisaient le journal. Ma mère écrivait et mon père, qui était très strict au niveau de la langue française, corrigeait», se remémore-t-il.

«Pendant longtemps, le journal s’est fait dans la maison et tout le monde y participait à sa façon. Une fois qu’il était prêt, on montait tous à Rimouski pour le faire imprimer. On allait se coucher dans la fourgonnette jusqu’à ce qu’on vienne cogner à la porte pour nous dire que les copies étaient prêtes. Ensuite on revenait à Campbellton et on distribuait les exemplaires. À l’époque, il n’y avait rien ici pour les francophones. Pas de radio, pas de journal. L’Aviron avait donc une raison d’être. C’était en quelque sorte l’ancêtre de la radio communautaire», ajoute-t-il.

Déçu de voir cette création familiale disparaître ?

«Oui et non. Oui parce que c’est quand même une partie de notre histoire, de ma jeunesse, qui disparaît. Mais ça me laisse aussi indifférent parce qu’avec les années, le sentiment d’appartenance a disparu. Le journal avait dévié de son objectif primaire d’être un vrai journal qui informe les gens. C’était une question de temps avant qu’on annonce sa fermeture. Je suis simplement content que ma mère soit décédée avant que ça ne survienne», indique-t-il.