La santé mentale masculine à l’étude à l’U de M

Quand ils montent un meuble Ikea, les hommes ont tendance à ne pas se fier aux instructions. Quand ils vont se faire couper les cheveux, ils ne sont pas enclins à se confier à la coiffeuse. C’est la même chose lorsqu’il est question de santé, mais là, les conséquences peuvent être beaucoup plus graves qu’une tablette mal ajustée ou une mèche trop courte.

La Dre Jalila Jbilou de l’Université de Moncton, en collaboration avec trois chercheurs principaux de l’institut de recherche de l’Hôpital Montfort et l’Université du Québec en Outaouais, est chercheuse principale désignée pour le projet Coeur à l’esprit. L’initiative nationale a reçu un financement de 3 millions $ de la Fondation Movember.

Coeur à l’esprit est un projet de sensibilisation à la maladie mentale, qui afflige certaines victimes d’accident cardiovasculaire. Lorsqu’on côtoie la mort d’aussi prêt, la tête peut écoper autant que le coeur.

«Quand il y a un événement cardiaque, quand on frôle la mort, c’est un traumatisme autant psychologique que physique. Quelque part, la virilité masculine, dans sa définition traditionnelle, est touchée. Alors, si en plus, la personne développe un syndrome de dépression, ça devient encore plus dévalorisant et ils ne vont pas aller chercher de l’aide», explique la Dre Jbilou.

Comme la chercheuse l’a remarqué en tant que médecin, les hommes ont tendance à dissimuler leurs signes d’anxiété, de dépression ou de choc post-traumatique après une crise cardiaque. Et plusieurs ne terminent par leur prescription.

«On le voit en clinique, les hommes vont avoir beaucoup de mal à demander de l’aide parce qu’il y a toute la question de la stigmatisation. Et avec le rôle social qu’on donne à l’homme – l’homme est plus fort, l’homme est plus stoïque – ils ne se plaignent pas beaucoup. Tous ces aspects sont liés à la culture sociale qui fait en sorte que les hommes ont beaucoup plus de barrières que les femmes pour aller demander de l’aide», avance-t-elle.

Les conséquences du mutisme des hommes face à la maladie mentale peuvent être graves. Quand la dépression survient dans un contexte d’une maladie cardiaque, elle peut augmenter les chances de décès de 15 % à 30 %, rappelle la Dre Jbilou.

Coeur à l’esprit est aussi un projet de recherche. Au Nouveau-Brunswick, en Ontario et au Québec, les chercheurs qui participent au projet piloté par la Dre Jbilou étudieront l’expérience des hommes dans le système de santé, en vue de l’améliorer. Dans chaque province, les chercheurs veulent interroger une cinquantaine d’hommes afin de mieux cerner leurs besoins. Ensuite, un modèle de soins sera élaboré et testé en clinique sur une période de deux ans.

«C’est à nous, aux cliniciens, de nous adapter. C’est au service de santé de s’adapter plutôt que de continuer de penser à créer un patient modèle uniforme. Cela ne fonctionne plus.»

Des trousses de sensibilisation seront créées à partir de ces discussions. Elles serviront à conscientiser en milieu de travail et en clinique. Des activités de sensibilisation sont aussi prévues dans des milieux typiquement masculins, comme les regroupements d’amateurs de voiture.

En plus des 3 millions $ reçus par la fondation Movember, un fonds supplémentaire de 450 000 $ a été octroyé par la Fondation de recherche en santé du Nouveau-Brunswick au projet.