Un prêtre de Shippagan a eu une influence sur le gouvernement de Fidel Castro

Le père Léon Robichaud, de Shippagan, garde un souvenir ému de sa mission en Équateur, au milieu des années 1960, la plus longue qu’il ait accomplie. Fraîchement arrivé, il a porté secours à un jeune Cubain en péril qui est devenu un politicien de premier plan sous l’ère de Fidel Castro.

«Un prêtre canadien qui a eu une influence sur le gouvernement de Fidel Castro, ce n’est pas commun», sourit le père Léon Robichaud.

Il en a le sentiment après être venu en aide à un jeune Cubain, en Équateur, en 1964. Cette année-là, il débarque dans ce pays d’Amérique du Sud. Il s’installe dans le village de Los Sapos, dans la région de Guayaquil.

«J’y suis allé en tant que missionnaire. J’avais été mandaté par le cardinal Cushing, de Boston. J’avais 28 ans, j’étais innocent.»

Les conditions de vie sont rudimentaires et le travail ne manque pas.

«Je faisais les baptêmes, les mariages et les enterrements. Je m’occupais des handicapés. J’aidais même des femmes à accoucher. À l’époque, les prêtres étaient très reconnus. On nous accordait un grand pouvoir spirituel. Certains nous apparentaient à des sorciers», se souvient-il.

Ses trajets, il les fait à cheval. Le 1er novembre, le père Robichaud visite les cimetières pour bénir les tombes. Un jeune l’aborde. Il semble perdu.

«Il m’a expliqué qu’il était poursuivi par la junte militaire qui était au pouvoir. Lui et un ami étaient venus dans le pays pour promouvoir les idées communistes. Son ami avait été capturé. Je ne sais pas ce qu’il est devenu.»

Le jeune, dont le père Robichaud préfère taire le nom, lui demande de l’aider à sortir du territoire. Pour ce faire, il doit quitter Los Sapos et prendre un bus non loin.

Problème, les militaires contrôlent les entrées du village. L’homme d’Église a un laissez-passer. La femme du président équatorien le lui a délivré.

«Il y avait des prêtres américains aussi sur place, à l’époque. Mais vu les relations tendues entre son pays et les États-Unis, je peux comprendre pourquoi il est venu me trouver.»

Le père Robichaud perçoit cet individu «comme quelqu’un dans le besoin qu'(il) peut secourir». Il agit sans réfléchir. Il l’invite à le suivre.

Face aux militaires, il le présente comme un ami, sans s’appesantir et l’air le plus naturel qui soit. Aucun papier d’identité n’est réclamé. Les deux hommes sont libres de circuler.

«Je me souviens qu’en partant il m’a dit: « Je ne pourrai jamais vous rendre ce que vous avez fait pour moi, mais je m’efforcerai de le rendre à votre église. » Si c’était à refaire, je prendrais moins de risques.»

Le jeune en question est devenu ministre sous le régime Castro. Le père Léon Robichaud ignore quel rôle il a joué en coulisses. Tout juste observe-t-il qu’à Cuba, les prêtres canadiens n’ont jamais été ennuyés, contrairement à d’autres.

Les deux hommes ne se sont jamais revus. Le prêtre désormais retiré à Shippagan se sent toujours lié à lui.

«Je suis allé baptiser ses enfants en 1988. Il n’était pas présent. En ce temps-là, il était inenvisageable d’être catholique, ou associé comme tel, et communiste à la fois. Les temps ont changé. Depuis la récente visite du pape François, il y a une ouverture.»

Celui qui a consacré sa vie à Dieu compte se rendre sur l’île prochainement, avec son frère. Il espère croiser l’individu auprès de qui il a agi en bienfaiteur.