Brian Gallant ne peut pas se risquer à fermer des hôpitaux en région, selon deux observateurs

La faible majorité de son gouvernement et les leçons apprises lors de sa première année au pouvoir pourraient expliquer pourquoi Brian Gallant a l’intention de «protéger» la santé et l’éducation dans son prochain budget.

Le premier ministre en a pris plusieurs par surprise lundi en annonçant à la presse que son gouvernement allait épargner la santé et l’éducation dans son budget du 2 février, qui marquera aussi l’étape finale de la Révision stratégique des programmes.

Les secteurs de la santé et de l’éducation, qui représentent pas moins de 42,5 % de l’ensemble des dépenses de la province, sont généralement considérés comme des incontournables lorsqu’il est question de rationaliser les finances d’un gouvernement.

Fredericton proposait encore la semaine dernière de fermer de six à dix hôpitaux et de réduire le nombre d’enseignants et d’assistants à l’enseignement dans les écoles.

Selon l’ancien député libéral de Caraquet, Bernard Thériault, l’apparente volte-face du gouvernement pourrait s’expliquer par les déboires qu’ont connus les libéraux après la première ronde de compressions suivant le précédent budget.

La fermeture du bureau de Service NB à Saint-Quentin ou du Palais de justice à Grand-Sault ont été des décisions trop impopulaires pour la taille des économies en jeux et pour les ennuis qu’ils ont causés au gouvernement, explique M. Thériault.

«Là où il a fait des erreurs stratégiques, c’est en essayant de faire des petites coupures à des petits endroits. Ça, ça fait mal. Et ce n’est plus la population qui est enragée, c’est un groupe d’individus à Kedgwick, pis un autre à Saint-Quentin, pis un autre à Bas-Caraquet.»

Les libéraux n’ont probablement pas le goût de répéter l’expérience à plus grande échelle en fermant les petits hôpitaux ruraux, croit celui qui a également été le chef de cabinet du premier ministre Shawn Graham.

«(Le gouvernement) s’est aperçu par exemple que la bataille des hôpitaux, ça ne valait pas la peine de la faire. Qu’il y avait trop de pertes pour les gains qu’il y a à faire. Ça ne valait pas le coup de se lancer là-dedans. Tous les gouvernements qui ont essayé ça n’ont pas réussi», souligne Bernard Thériault.

«Le gouvernement doit faire des réductions qui ont un impact égal sur tout le monde plutôt que d’aller blesser des petits groupes ici et là.»

Un autre facteur pourrait expliquer le commentaire de lundi du premier ministre d’après le politologue Roger Ouellette. Les libéraux de Brian Gallant comptent seulement trois députés de plus que les partis d’opposition, rappelle le professeur de l’Université de Moncton. La défection d’une poignée de députés pourrait donc signaler la fin du gouvernement.

«C’est ça le talon d’Achille de ce gouvernement-là, il a le pouvoir avec une toute petite majorité très fragile. Et les décisions à prendre, c’est justement dans les régions où se trouvent ces députés-là qui sont importants pour le maintenir au pouvoir», affirme M. Ouellette.

«Demain matin, s’il demandait au député de Caraquet ou au député de Shipaggan ou peu importe d’aller expliquer à leur population que l’on doit fermer l’hôpital ou que l’on doit fermer des écoles. Qu’est-ce que vont faire ces députés-là?»

Le premier ministre n’a pas clairement défini ce qu’il entendait par «protéger» la santé et l’éducation.

«Les gens ne devraient pas s’attendre nécessairement à ce qu’il n’y ait pas de restrictions budgétaires dans ces ministères-là», prévient Bernard Thériault.

La politique sur la viabilité des écoles (et sur la fermeture des établissements peu fréquentés) est toujours en place et le Réseau de santé Vitalité a toujours l’intention de fermer une centaine de lits dans les hôpitaux francophone, rappelle-t-il.