Réduction de lits: entre craintes et espoirs dans le Restigouche

L’Hôpital régional de Campbellton sera-t-il bel et bien amputé de 25 lits?

C’est la question qui était sur toutes les lèvres lundi alors que les maires du Restigouche, ainsi que certains représentants du corps médical, rencontraient la haute direction du Réseau de santé Vitalité.

Et la réponse demeure vague selon qui y répond. En fait, la rencontre – qui visait à permettre un dialogue franc sur le plan de transformation proposée par le réseau – fut autant qualifiée de positive, de constructive que de perte de temps. Alors, coupera ou coupera pas?

Présent à la rencontre, le député-ministre Donald Arseneault, a été prompt à réitérer que son gouvernement entendait épargner la santé et l’éducation dans son prochain exercice financier. Il estime que le Réseau de santé Vitalité n’a maintenant d’autres choix que de retourner faire ses devoirs et lui soumettre un nouveau plan, cette fois sans coupures de lits…ou beaucoup moins.

«Ils doivent réviser sérieusement leur position», croit-il.

«La santé est une priorité pour notre population. Vitalité estime qu’en faisant certains investissements (notamment au niveau des soins ambulatoires) cela enlèvera de la pression sur les lits existants. Alors, commençons d’abord de ce côté afin de voir l’impact de ces mesures et voir si, grâce à elles, on peut se permettre de couper des lits. Personnellement, je trouve que notre région (Restigouche) a largement fait sa part au cours des années. Il faut se rappeler qu’il n’y a pas si longtemps, on fermait 44 lits à Dalhousie et son urgence 24/7», indique M. Arseneault.

Porte-parole des maires du Restigouche, Jean-Paul Savoie, abonde dans le même sens.

«Le gouvernement a dit qu’il ne toucherait pas à la santé. Ce que nous demandons à Vitalité maintenant, c’est de travailler dans le sens du message du premier ministre. On croit qu’il faut d’abord régler d’autres problèmes, comme l’occupation de lits par des patients qui ne devraient pas se trouver là. Éventuellement, cela mènera peut-être à une réduction du nombre de lits», dit M. Savoie, avouant par ailleurs être satisfait de certains propos entendus de la bouche de la direction de Vitalité.

Car il faut dire que les maires ont obtenu lors de cette rencontre un engagement ferme comme quoi l’Hôpital régional de Campbellton conservera son statut «régional», un terme auquel ils tenaient mordicus, puisque déterminant pour le maintien et le développement de services.

Les maires demandent maintenant un suivi à cette rencontre, suivi qui devrait avoir lieu après le dépôt du budget provincial.

Coupures toujours envisagées

Si la rencontre avec le Réseau de santé Vitalité a rassuré les maires, un fait demeure, soit que la situation n’a pas vraiment changé. En effet, le Réseau de santé Vitalité semble toujours convaincu par le plan déposé à Fredericton ainsi que par les 25 lits en moins proposé pour Campbellton. Son président-directeur général, Gilles Lanteigne, confirme d’ailleurs ne pas avoir mis ce projet en veilleuse.

«Le plan n’a pas changé. On est toujours en attente d’une réponse du gouvernement face à la proposition que nous lui avons soumise», indique-t-il.

Les lits font partie de notre plan de transformation, mais ça va au-delà de ça. Les gens achètent le virage ambulatoire et les services axés en communauté. Ils en sont même emballés. C’est un peu ce qu’est les maires nous ont dit aujourd’hui : on aime la direction, mais on est inquiet pour les lits. Les décisions du gouvernement s’en viennent très prochainement. Selon ces décisions, peut-être serons-nous capables de faire en sorte de trouver des façons différentes d’arriver à mettre notre plan en marche», ajoute-t-il.

Puisque la réponse du gouvernement se fait toujours attendre, M. Lanteigne ne peut dire à ce moment combien de lits seront maintenus ou coupés en 2016.

«Dans notre plan, c’est toujours 25. Mais on ne sait pas quand et comment on va le faire», dit-il, précisant par ailleurs qu’il ne prévoit le faire que lorsque les solutions de rechange auront été mises en place.

Médecins craintifs

Si les maires sont ressortis relativement soulagés de leur rencontre avec Vitalité, ce n’est pas le cas des docteurs présents à la rencontre.

Invité par les maires afin d’avoir un «point de vue médical» de la proposition de Vitalité, le Dr Mark Whalen n’a pas mâché ses mots à sa sortie de la pièce.

«Je ne suis absolument pas rassuré de ce que j’ai entendu. L’attitude de Vitalité n’a pas du tout changé. Elle prévoit toujours la fermeture de 25 lits à Campbellton», indique le médecin, précisant qu’à ce nombre s’ajoutent quatre lits de soins palliatifs coupés l’an dernier à Dalhousie et deux autres en soins intensifs il y a deux ans.

«Donc en une courte période de temps, la région subirait non pas une coupure de 25 lits, mais bien de 31. La région a également perdu une quarantaine de lits avec le nouveau Centre Hospitalier Restigouche. Tout ça, c’est énorme pour la région, tant du niveau économique (personnel) que médical (service). Pour nous, c’est d’abord une question de sécurité et de soins aux patients. Vingt-cinq lits en moins pour Campbellton va également, à mon avis et celui de mes collègues médecins, signaler le début de la fin de notre hôpital comme étant un hôpital régional. Vitalité soutient que nous allons conserver ce titre, mais avec un titre doit également venir des services. Nous avons la certitude qu’avec un aussi grand nombre de lits coupés, nous allons tôt ou tard perdre des services», exprime le Dr Whalen.