Accessibilité à l’avortement: les femmes du Sud-Ouest devront attendre

La question de l’accessibilité au service d’arrêt volontaire de grossesse pour les femmes de Saint-Jean et de Fredericton demeure sans réponse. Le ministre de la Santé s’abstient d’intervenir dans le dossier et lance la balle au réseau de santé Horizon, qui refuse d’émettre tout commentaire.

Le service est dupliqué à Moncton, alors que la demande est proportionnellement plus importante dans le Sud-Ouest.

L’Acadie Nouvelle révélait en exclusivité lundi que, depuis juillet, des 171 avortements effectués à l’hôpital anglophone de Moncton, plus du tiers (59) l’ont été sur des patientes provenant de l’Île-du-Prince-Édouard. Le nombre de femmes des régions de Saint-Jean et de Fredericton ayant eu recours au service est aussi plus élevé (55) que pour celles provenant de Moncton (51).

En conférence de presse, mardi matin, le ministre de la Santé, Victor Boudreau, a fait valoir que le nouveau service d’arrêté volontaire de grossesse du réseau Horizon n’est en place que depuis six mois, laissant entendre qu’il serait encore trop tôt pour établir quoi que ce soit de ces statistiques.

Il a rappelé qu’il est de la responsabilité des deux réseaux de santé de déterminer la meilleure stratégie pour éliminer les barrières à l’accès à l’avortement.

«Après une année, j’aimerais de voir les statistiques, pour déterminer s’il y a un besoin de faire quelque chose au niveau de la capacité existante. À ce jour, rien n’a pas été identifié comme un défi pour aucun des deux réseaux de santé, alors, selon moi [la stratégie existante] répond au besoin.»

Horizon a commencé à offrir le service d’avortement thérapeutique à son hôpital de Moncton en juillet 2015, alors que ce service était déjà offert au CHU Dr.-Georges-L.-Dumont. Plusieurs se sont demandé pourquoi le réseau de santé anglophone n’a pas choisi Fredericton ou Saint-Jean afin d’offrir une meilleure accessibilité aux femmes de cette région.

Jusque là, Vitalité effectuait en moyenne 500 de ces procédures par an, dans ses établissements de Bathurst et de Moncton. Ce chiffre a diminué à l’arrivée d’Horizon (393), mais la somme des avortements effectués sur des Néo-Brunswickoises dans les deux réseaux de santé est demeurée sensiblement la même pour 2015 (505).

Cela veut dire qu’en dupliquant l’offre de la procédure à Moncton, Horizon n’a fait qu’absorber une partie des patientes qui auraient autrement sollicité un avortement auprès de Vitalité, en plus d’offrir un meilleur accès aux Prince-Édouardiennes.

Le réseau de santé francophone parvenait pourtant facilement à subvenir à la demande, indique son directeur régional des communications, Jean-René Noël.

«Les ressources en place au CHU Dr-Georges-L.-Dumont étaient suffisantes pour répondre à la demande avant que l’Hôpital de Moncton ne commence à offrir le service. C’est toujours le cas et aucun changement majeur n’est prévu.»

Vitalité n’a pour l’instant pas l’intention d’offrir ce service dans le nord-ouest de la province.

Horizon a décliné notre demande d’entrevue.

«Un point de vue de gestionnaire»

Le Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick revient à la charge et exhorte le ministre de la Santé d’agir.

«Le gouvernement a démontré sa volonté politique en demandant aux réseaux de la santé de rendre la procédure plus accessible. Nous lui demandons aujourd’hui de s’assurer que ce travail est fait jusqu’au bout et de ne pas baisser les bras au premier obstacle.»

À la lumière des plus récentes statistiques, la directrice générale du regroupement, Amély Friolet-O’Neil, s’explique mal comment réseau de santé Horizon a pu prendre cette décision dans l’intérêt de la santé des femmes.

«C’est sûr que si l’on a un point de vue de gestionnaire, peut-être qu’il n’y a pas de problème, mais nous, la perspective qu’on adopte est celle de l’accessibilité pour les femmes. Il y a une forte proportion de femmes qui n’ont pas la même accessibilité que celles près de Bathurst et de Moncton», dit-elle.

Le NPD et les Verts peu impressionnés

Invité à réagir, le chef du Nouveau Parti démocratique du Nouveau-Brunswick estime qu’il y a «clairement» toujours un obstacle à l’accessibilité à l’arrêt volontaire de grossesse dans la province. Il croit que la procédure devrait être offerte dans un hôpital public du Sud-Ouest, comme à Saint-Jean ou à Fredericton.

«La distance est un facteur important à considérer. Il arrive que des femmes ne puissent s’échapper d’une relation violente. Parfois, elles ne sont même pas capables de se déplacer dans leur propre ville. Il faut garantir un service d’avortement pas seulement pour les femmes, mais pour toutes les femmes», souligne Dominic Cardy.

Il émet également une réflexion quant au fait que le tiers des femmes sollicitant un AVG à Horizon proviennent de l’Île-du-Prince-Édouard.

«Je sais qu’il y a un arrangement entre les deux gouvernements, mais je trouve tout de même cela bizarre que le gouvernement du Nouveau-Brunswick offre des services de santé à une autre province, alors qu’il est incapable de servir ses propres citoyennes de manière adéquate.»

Le chef du Parti Vert croit pour sa part que les réseaux de santé devraient étendre le service d’arrêt volontaire de grossesse aux quatre coins de la province, en l’offrant à Edmundston, à Fredericton et à Saint-Jean. David Coon souligne qu’il existe déjà une clinique privée à Fredericton, et que celle-ci pourrait être financée par Horizon.

«Le coût (pour un avortement) est parfois trop cher pour certaines femmes. L’infrastructure et le personnel sont déjà en place, ce serait simple de mettre un système comme cela en marche.»

Le seul député vert à l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick croit que l’absence d’un système de transport en commun adéquat dans la province ne donne autre choix au gouvernement que de faciliter l’accès à l’avortement.

«Plusieurs personnes n’ont même pas de voiture et c’est pour cette raison qu’il est important que ce service soit disponible dans leur communauté. Il y a un grand centre de population à Saint-Jean et beaucoup de personnes ont besoin de ce service dans cette région. Il faut le rendre accessible».

L’Acadie Nouvelle a offert l’occasion au Parti progressiste-conservateur de commenter, mais personne ne nous a donné signe de vie.

*Avec la collaboration du journaliste Pascal Raiche-Nogue